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Revue de presse internationale

5 min

Mariano Rajoy espérait certainement fêter ses 100 jours à la tête du gouvernement espagnol d’une autre façon. Mais hier, c’est tout un pays qui est descendu dans la rue, en Espagne, pour cette journée de grève générale. Une marée humaine, l’expression prend tous son sens au regard de cette photo, en une d’El Pais ce matin. Des centaines de milliers de madrilènes qui convergent vers la Puerta del Sol, symbole du mal-être social des espagnols, théâtre ces derniers mois du mouvement des « indignados ».

Des centaines de milliers de manifestants dans toute l’Espagne. Un million de personnes rien qu’à Madrid, selon les syndicats. Partout, dans toutes les villes, la mobilisation était forte. 800 000 personnes à Barcelone, toujours selon les syndicats. Barcelone, où manifestation a rimé avec incidents : des vitrines fracassées, et des images saisissantes, là aussi, comme cette photo, toujours dans les colonnes d’El Paiss : celle d’une commerçante, terrorisée, les mains jointes, qui implore la rue, et qui regarde avec impuissance, sa vitrine fracassée depuis l’intérieur de son magasin.

Dans la rue, les espagnols brandissaient des pancarte, avec des mots simples, et clairs : "Réforme du travail, NON". Cette réforme déjà appliquée par le gouvernement, qui assouplit les conditions de licenciement et permet aux employeurs de baisser les salaires, dans le but de combattre le chômage - fléau national en Espagne - qui frappe près de 23 % des actifs. Mais pour tous ceux qui sont descendus dans la rue, hier, cette réforme a un autre goût, celui d’une austérité très sévère, elle n’a fait qu’aggraver la situation, alors que le gouvernement espagnol, lui-même, prévoit la destruction de 630 000 emplois cette année.

Et c’est dans ce contexte, après cette grève générale, que Mariano Rajoy doit présenter son budget pour cette année,marqué par des coupes sévères, sous l’œil des partenaires européens qui s’inquiètent. C’est donc « le jour d’après » titre El Pais, ce matin. Ce budget de l’Etat, ce "fardeau", et le malaise de l’Europe qui craint la contagion à d’autres pays de la zone euro. "Car les problèmes sont toujours aussi graves que la veille de la grève, poursuit le quotidien espagnol. Cela ne veut pas dire que la légitimité du gouvernement est remise en cause, mais cette grève générale montre que la population ne lui a pas donné un chèque en blanc", analyse le quotidien. "C’est donc le temps des alliances au sein des institutions, qui doivent tenir compte de l’agitation sociale. Il est également temps de respecter ce qu’ils décident", conclue El Pais, qui appelle donc à la sérénité.

El Mundo, de son côté, s’inquiète pour l’image de Mariano Rajoy auprès des partenaires européenns en particulier. « Le drame du mouvement du grève générale c’est le risque de montrer à l’étranger que Rajoy ne contrôle plus la situation, et si tel est le cas, il sera encore plus difficile de faire valoir ses droits » analyse le quotidien espagnol.

Pour El Mundo, "cette grève générale arrive au moment économique le plus délicat de ces 30 dernières années, avec un gouvernement occupé chaque jour à montrer à ses partenaires européens qu’il est décidé à honorer tous ses engagements". Le quotidien conservateur, à cette occasion, pointe du doigt les syndicats et l’opposition socialiste, "qui protestent conttre une réforme du travail, après avoir laissé le chômage franchir la barre des cinq millions de sans emploi", dit le quotidien. Les syndicats et les partis doivent être conscients que cette grève ne punit pas le gouvernement, mais le pays. Car il n’y a pas d’autre politique économique possible, tranche El Mundo.

"L’Espagne inquiète ses partenaires européens, mais aussi les marchés. Pour autant, il ne faut pas ignorer la colère des travailleurs", poursuit El Mundo. Mariano Rajoy doit en tenir compte. Une situation regrettable, conclue le quotidien, car du coup, Rajoy se retrouve écartelé entre deux options. Difficile équation… Mais le chef du gouvernement ne pourra pas faire marche arrière dans ses réformes, car l’Europe veut qu’il aille plus loin encore, en particulier concernant le travail et les coupes budgétaires dans les régions. Les comptes de ces dernières sont devenues le talon d’achille de l’économie espagnole, et le gouvernement ne donne pas l’impression d’être capable de les maitriser, analyse le quotidien.

L’Espagne est dans l’œil du cyclone, titre le quotidien suisse Le Temps. Le pays qui détient le triste record des sans-emplois est de nouveau au cœur des turbulances économiques. Alors, Mariano Rajoy ne changera pas d’un iota sa réforme, et pousuivra sa politique d’austérité. Les nouvelles mesures budgétaires, annoncées aujourd’hui, seront donc bien draconiennes, poursuit Le Temps. Gel du salaire des fonctionnaires, baisse de 15 % des dépenses des ministères nationaux et obligations pour les 17 communautés autonomes de ramener leur déficit sous la barre des 2% d’ici à la fin de l’année « sous peine de sanctions pénales ».

Un regain d’austérité, alors que la morosité gagne du terrain, et que le crédit se ressere. La croissance peine à être relancée, analyse El Pais, à tel point que l’Espagne coiffe l’Italie au poteau : elle devient la lanterne rouge des investisseurs de la zone euro. Ce qui fait dire à Joaquin Estefania, dans les colonnes du quotidien espagnol, que dans ce contexte, alors que le budget 2012 est présenté aujourd’hui : "l'Espagne se dirige vers une économie de guerre". "Ce dont notre pays a besoin, lance l’éditorialiste, c’est d’un compromis historique.Il faut œuvrer au bien être de la population, par un pacte, poursuit Joaquin Estefania, qui tienne compte des différentes collectivités, et prévoie à la fois des mesures d’assainissement, des réformes structurelles…mais aussi, et surtout, des politiques de croissance !"

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