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Revue de presse internationale

6 min

Aujourd’hui je ne vais vous parler que de manifestations en commençant par la Biélorussie. La situation économique désastreuse dans laquelle se trouve le pays a redonné des couleurs à l’opposition au président Loukachenko.

Je rappelle qu’Alexandre Loukachenko est au pouvoir depuis 1994 et qu’il dirige d’une main de fer, à la soviétique, ce pays de 10 millions d’habitants. Ce qui fait de la Biélorussie la dernière dictature d’Europe.

Alors évidemment, dans des conditions, ce n’est pas dans la presse locale que l’on va chercher les informations sur l’opposition biélorusse. Non, pour ça il faut se tourner vers la presse polonaise, britannique ou encore américaine.

C’est dans le New York Times que j’ai trouvé cette information surréaliste : à compter d’aujourd’hui, les manifestations silencieuses sont interdites en Biélorussie. Sitôt adoptée, c’était vendredi, la loi est entrée en vigueur.

Ca vaut le coup de citer un des articles de cette loi : « la présence massive de personnes dans un lieu public convenu à l’avance, dans le but d’accomplir des actions convenues à l’avance ou des INACTIONS » est désormais interdite.

A première vue, c’est la loi la plus stupide jamais votée : elle revient à interdire, par exemple les files d’attente : une queue devant une boulangerie, c’est « une présence massive dans un lieu public convenu à l’avance ».

En fait, pour comprendre l’absurdité de cette loi, il faut revenir un peu en arrière. L’opposition au président Loukachenko, harcelée par le régime, s’est réfugiée dans les pays frontaliers et sur Internet.

Comme dans le monde arabe, en somme, elle a investi la toile et surtout les réseaux sociaux. Et elle doit faire preuve de créativité pour ne pas mettre en danger ses militants restés au pays.

Une de ses dernières idées a été de convoquer des rassemblements silencieux dans les parcs, sur les places ou dans les cafés de Biélorussie. La loi de Loukachenko est donc une sorte de réponse sinistre du berger à la bergère.

Il faut dire que l’opposition biélorusse passe son temps à imaginer de nouvelles formes de protestation. La dernière consistait à se rassembler et à applaudir, tout bêtement. Ca s’est terminé par 2000 arrestations.

Et on part maintenant en Israël

Oui, en Israël où vous le savez, ce qui avait commencé par quelques dizaines de tentes installées boulevard Rothschild à Tel Aviv il y a deux semaines c’est terminé par 150 000 manifestants, samedi, dans toutes les villes du pays.

Et ce n’est pas fini puisqu’une marche d’un million de personnes est convoquée – via les réseaux sociaux, toujours eux – pour le 3 septembre. Alors qui sont ces manifestants et que veulent-ils ?

L’article le plus intéressant que j’ai déniché pour bien comprendre ces manifestations qui ont pris toute la classe politique israélienne par surprise est un édito du Jerusalem Post .

Ces manifestants ne sont « ni des pauvres, ni des ultra-orthodoxes, ni des colons », c’est à dire qu’il n’appartiennent à aucune des catégories de la population soit soutenue par le gouvernement, soit organisée en lobby.

« Ils sont jeunes, bien éduqués, ils appartiennent tous à la classe moyenne, il ont passé 3 ou 4 ans à l’armée et pourtant, la société israélienne semble incapable de leur mettre le pied à l’étrier ».

Et surtout, selon le Jerusalem Post , les partis politiques israéliens les ont oublié. Obnubilé par le conflit israélo-palestinien, à droite comme à gauche on a oublié la classe moyenne.

Or c’est elle qui, en payant l’essentiel des impôts, supporte l’énorme effort de défense, les colonies en Cisjordanie ou encore les programmes sociaux destinés au plus pauvre. En échange, elle a le sentiment de ne rien recevoir.

Autrement dit, les manifestations israéliennes n’ont pas grand chose à voir avec les Révolutions arabes. Par contre, cette révolte de la classe moyenne a beaucoup à voir avec celle des indignés madrilènes ou Athéniennes.

Enfin, un dernier tour par la Syrie où le massacre se poursuit à huit clos

Là aussi, inutile de chercher dans la presse locale autre chose que des entrefilets lénifiants. Pour trouver de l’info, il faut passer la frontière libanaise. Au Liban, je le rappelle la presse est libre.

C’est si vrai que 2 quotidiens libanais prosyriens ont été interdits à Damas. Il s’agit d’As-Safir et d’Al Akhbar. Leur crime ? Avoir laissé quelques lignes à l’opposition syrienne face à des articles fleuves défendant Bashar Al-Assad.

Mais c’est un article du quotidien beyrouthin The Daily Star qui a retenu mon attention. On a lu partout que si l’armée syrienne avait tiré à vue dans la ville d’Hama et ailleurs, c’était pour en finir avant le Ramadan.

Pourquoi avant le Ramadan ? Pour des raisons religieuses ? Ce n’est pas le genre du régime syrien de se laisser impressionner par des impératifs religieux. Surtout que le parti Baas au pouvoir est plutôt laïc de tradition.

La raison est ailleurs et c’est donc le Daily Star qui en donne la clé. Pendant le Ramadan, il est interdit de manger, boire, fumer de l’aube au crépuscule. Par contre, dès la nuit venue, il est de tradition d’aller en masse à la mosquée !

Autrement dit, le régime qui jusqu’à présent n’avait à contrôler « que » la sortie des mosquées les vendredis, va devoir être à l’affut toutes les nuits dans tout le pays et ce pendant un mois entier.

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