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Revue de presse internationale

5 min

Le numéro 8674 de News of the World a paru hier matin, un tirage d’un peu plus de cinq millions d’exemplaires et une dernière une comme on tire sa révérence : « Adieu et merci ».

Dans les présentoirs des kiosques anglais, c’est au contraire l’irrévérence des jeux de mots parfois douteux qui saille des premières pages des tabloïds : « The World’s End » pour le Sun , « Hacked to Death » pour le Daily Mirror , soit l’ambivalence entre « poignardé à mort » et « piratés à mort. » Même le très sérieuxTimes s’y est mis avec son « End of the World », la fin du monde.

La fin d’un monde du moins mise en son et en image sur le site du News of the World . Sur la chanson de REM, un diaporama des meilleures unes de l’hebdomadaire en surimpression de photos de pin-up dénudées et de rails de cocaïne : « le footballeur Peter Crouch a payé une jeune prostituée 800 livres », « l’animateur télé Kerry Katona prend de la coke », « En exclusivité, la vidéo des propos racistes du prince Harry »… et cætera, et cætera.

Alors plutôt que la fin d’un monde, le quotidien communiste italien Il Manifesto salue la fermeture d’une « usine à fange ». Pour aussitôt revenir à l’actualité italienne.

La boue anglaise, celle des scandales, elle n’épargne personne, elle coule sur tout le monde, toutes les célébrités, tous les footballeurs et tous hommes politiques. Alors que chez nous en Italie, accuse Il Manifesto , l’usine à fange de la presse à sensation est une machine bien huilée, gérée non pas pour faire du business mais pour briser la démocratie.

Car le propriétaire d’une bonne partie de la presse people italienne n’est autre que le Président du Conseil, Silvio Berlusconi. Le Cavaliere est à la tête d’un empire audiovisuel… Mediaset… mais il est également propriétaire du plus grand éditeur de la presse magazine transalpine, Arnoldo Mondadori.

Et toute la presse italienne bruisse encore ce matin de cette affaire « Mondadori ». Il Tempo rappelle les faits, et le premier, d’importance : Silvio Berlusconi et son ami et avocat Cesare Previti ont été reconnus coupables de corruption. En 1991, ils ont acheté la décision d’un juge de la Cour d’appel de Rome qui devait trancher un contentieux dans la vente du groupe Mondadori. Deux tycoons, deux richissimes entrepreneurs des médias se la disputaient, explique La Stampa . Carlo de Benedetti et Silvio Berlusconi. Le second doit verser 560 millions d’euros de dommages et intérêts au premier.

Le quotidien de droite, Corriere della Sera s’emporte : quel jugement sévère pour le président du Conseil ! Il relaie les propos de la fille du Cavaliere, Marina Berlusconi, qui dirige la holding Fininvest mise en cause dans cette affaire : « Mon père est persécuté il est littéralement volé par les juges, leur décision est politique, c’est sûr ».

Un refrain repris en chœur dans presque tous les titres de la presse de droite en Italie. Et comme on n’est jamais mieux servi que par les siens, c’est le Giornale du petit-frère Paolo Berlusconi qui mène la vindicte, sans vergogne. Il fait le portrait du juge d’instruction qui –je cite- a dépecé Silvio Berlusconi : Raimondo Mesiano.

Le journal s’étonne de sa nomination au Conseil supérieur de la magistrature, seulement dix jours après avoir mis un terme à son instruction de l’affaire Mondadori. Il y a eu une longue standing-ovation des juges qui ont salué l’indépendance et l’impartialité de leur illustre collègue ironise-t-il. Mesiano, c’est le fer de lance de la justice monocratique.

Cette amende est grotesque s’irrite un autre titre berlusconien, le Foglio milanais. C’est un comble, l’argent de Berlusconi va financer le Parti démocrate d’opposition, et son organe officiel La Repubblica .

A l’énoncé de la décision, Berlusconi a piqué une grosse colère, dans un communiqué officiel, il se dit victime d’un « vol à main armé ». Mais depuis, silence radio, le bouillant Président du Conseil se repose dans sa propriété de Sardaigne rapporteLibero .

Il a laissé la parole à sa fille, Marina, qui en use avec la verve paternelle. Comme dans ce long entretien donné au Tempo :

« L’agression contre mon père dure depuis 17 ans. Un guet-apens permanent est orchestré par une partie de la magistrature et une certaine presse. Carlo de Benedetti se sert des journaux qu’il possède comme d’une épée de diamant pour blesser mon père. »

Le quotidien catholique, L'Avvenire , relève que, depuis le rendu de la décision, se joue en effet une guerre des déclarations par médias interposés. Car, c'est vrai, Carlo de Benedetti soutient le Parti Démocrate et il est bien l'actionnaire majoriatire des deux titres nationaux anti-Berlusconi, le quotidien La Repubblica et l'hebdomadaire L'Espresso .

A eux deux, Berlusconi et de Benedetti possèdent presque tous les médias télévisés privés et une bonne partie de la presse italienne.

Or "la culture d'une institution journalistique est décidée de haut en bas par son propriétaire" nous apprend ce matin le journaliste Carl Berstein. Berstein qui révéla le Watergate quand il travaillait au Wahshington Post en 1973. Bernstein qui sonde aujourd'hui les enjeux du Murdoch's Gate.

Murdoch, c'est la culture du caniveau. Mais cette presse-là existe, et elle a de nombreux lecteurs. Ce qu'il faut, c'est bannir les procédés journalistiques illégaux et même retors, c'est une véritable réforme déontologique. Mais réformer un empire médiatique, c'est difficile. Plus de déontologie, c'est davantage d'indépendance.

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