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Revue de presse internationale de Claude Guibal - L'union civile ouvre une breche au Liban.

5 min

Il s'appelle Nidal Darwish, elle s'appelle Khouloud Soukkarieh, ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont libanais, ils sont amoureux, bref, normalement, dans les contes de fées, vous connaissez la suite, ils se marièrent et ils eurent beaucoup d'enfants. Or ça c'est dans les contes de fée et la réalité est toujours un brin plus complexe...

Car Khouloud est sunnite, et Nidal est chiite.

Au Liban, pays qui réunit 18 communautés religieuses, et où la guerre civile entre 1975 et 1990 a fait plus de 200 000 morts civils, les questions communautaires sont au cœur de l'équilibre électrique du pays. Alors l'histoire de Khouloud et Nidal, histoire que nous raconte le Boston Globe ressemble à celle que vivent chaque année des centaines de jeunes libanais dans ce pays où la loi n'autorise que les unions religieuses, mais où on reconnait, en revanche les mariages civils contractés à l'étranger.

Plutôt que de se convertir à la foi de l'autre, les amoureux libanais grimpent dans un bateau ou un avion taxi, direction l'île voisine de Chypre, qui a fait une véritable industrie du marché du mariage pour tous, enfin, plutôt pour tous ceux qui, raisons confessionnelles obligent, ne peuvent pas se marier civilement chez eux.

Ce qui provoque, nous explique le Boston Globe, des situations assez croquignolesques quand se croisent, sous la houlette du même tour operator spécialisé dans le mariage, des jeunes couples venus du Liban, et d'autres venus d'Israël, Israël où le même problème se pose. Scènes à la limite de l'absurde quand on sait que les deux pays sont quasiment en guerre depuis 1948 et qu'aucun contact n'est théoriquement toléré avec cet ennemi quand on est libanais.

C'est donc ce qu'ont fait en janvier dernier Nidal et Khouloud. Tout en entamant en parallèle une croisade pour réclamer le droit au mariage civil dans leur pays. La polémique qui couve depuis plus de 70 ans au Liban a donc fait rage ses derniers mois. Nidal et Khouloud ont reçu le soutien du président libanais, Michel Sleimane. Mais ils ont provoqué la fureur des leaders religieux, comme le mufti de la république, Mohamed Rachid Kabbani qui a prononcé une fatwa menaçant d'apostasie, d'excommunication, tous les musulmans qui se déclareraient en faveur du mariage civil. Une fatwa qui avait scandalisé l'écrivain Firas Maksoud. Dans les colonnes de Now Lebanon, il avait apostrophé le mufti " votre éminence, votre Liban me fatigue et me fait honte, à moi comme à des milliers d'autres. Assez de vos menaces d’éternelle damnation. Au lieu de prêcher l’espoir et l’unité, nos représentants communautaires se déchirent à propos de lois qui ne font qu’accentuer nos divisions. "

Et c'est vrai qu'au Liban, ce n'est pas peu dire. Tout au Liban, est basé sur le confessionnalisme, rappelle le Boston Globe. Les politiciens briguent des sièges en fonction de leur répartition religieuse. Les emplois du secteur public sont attribués sur base confessionnelle. Et le mariage, le divorce, l'héritage sont évidemment contrôlés par les codes religieux.

Alors, le Liban n'est pas le seul pays à fonctionner ainsi. Quasiment tous les pays arabo-musulmans et Israël n'ont pas de lois civiles pour régler les questions de statut personnel. La Tunisie de Bourguiba, certes a été la première changé la donne. Puis ces dernières années, l'Egypte, l'Algérie, ont un peu bougé notamment sur les questions de divorce, et par là, vers le droit des femmes, la transmission de la nationalité par exemple, de la mère aux enfants, ce qui n'était pas le cas avant.

Ce poids de la religion dans la région, est aujourd'hui accentué au moment où les partis islamistes surfent sur la vague des révoltes arabes. C'est pourquoi l'histoire de Nidal et Khouloud n'en est que plus symbolique, puisqu'hier au bout de leur difficile combat devant les tribunaux, ils sont devenus le premier couple à célébrer une union civile sur le sol libanais. C'est le ministre de l'intérieur, Marwan Chrabel, qui a signé l'enregistrement du contrat. Une victoire qualifiée d'inaliénable et fondamentale pour le quotidien l'Orient le Jour qui salue le combat de la société civile qui fait de la laïcité le terreau de la démocratie au Liban. Et l'Orient le Jour d'espérer que "cette brèche dans le bloc compact et sclérosé du système communautaire" finisse par ébranler tout le système, afin de libérer le pays des répercussions désastreuses du confessionnalisme sur le pays ." Le mariage de Nidal et Khouloud est donc un cheval de Troie pour la société civile qui voit ainsi s'ouvrir un nouveau chemin. Le couple, qui a fait barrer, au préalable son appartenance religieuse et communautaire de tous leurs papiers d'état civil attend un heureux événement. Khouloud, pourtant croyante comme son mari, a expliqué au Daily Star que leur enfant ne serait officiellement reconnu d'aucune religion. Sur son compte Twitter, elle a tapé 140 signes, happy day, jour heureux,je vais devenir une maman. Vive les mariés...

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