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Revue de presse internationale de Claude Guibal

4 min

« Nationaliser les hauts fourneaux de Florange? Oh my God... »

Dans ce titre du Daily Telegraph, toute la consternation, toute l'ironie de la presse internationale, une presse relativement unanime dans le regard qu'elle pose aujourd'hui sur le duel qui continue entre l'état français et Lakshmi Mittal...

Lakshmi Mittal, vous savez? Ce « grand - méchant - indien - super - riche venu en France pour virer des ouvriers et conduire la sidérurgie française à la ruine »... Ca c'est le Business Standard of India qui résume ainsi la façon dont la France a selon lui toujours considéré le patron d'Arcelor Mittal. Samedi expire le délai convenu entre les deux partis pour trouver un éventuel repreneur au site de Florange.

Et toute cette affaire, à commencer bien sûr par les propos incendiaires d'Arnaud Montebourg « ne donnent pas la meilleure image possible de la France » se désole dans les colonnes du Financial Time un des patrons - anonyme - de l'industrie française... Cette image, c'est celle d'une France dont « la xénophobie latente refait surface », explique le quotidien The Hindu... « Le PDG d'Arcelor Mittal, premier producteur d'acier au monde , est probablement l'homme à qui on fait le moins confiance en France », assure-t-il. il rappelle que lorsque Lakshmi Mittal est venu racheter Arcelor en 2006, le gouvernement « a pris de haut qu'un indien venu du sud sous développé cherche à s'approprier un des fleurons du monde développé ». Et le Daily Telegraph de raconter lui, le chemin miné de Lakshmi Mittal, jamais accepté par l'élite française, et dont la DGSE, à en croire le journal, aurait tout fait pour faire échouer sa reprise considérée comme une menace stratégique pour la France.

Il faut se souvenir, rappelle le Daily Telegraph «a quel point les hauts fourneaux lorrains font partie de l'ADN français, au cœur même de deux sanglants conflits, la guerre de 1870, et la première guerre mondiale. Il faut encore se souvenir que lorsque Robert Schuman porte sur les fonts baptismaux la communauté européenne du charbon et de l'acier, souvenez vous, Marc c'était en 1950 - il le fait « pour que ni la France, ni l'Allemagne ne puissent à nouveau contrôler directement leurs industrie et que cette source de conflits soit ainsi placée sous l'autorité d'un arbitre ... »

Ce qui se passe aujourd'hui va au delà d'une querelle commerciale au sujet d'un site rongé par la rouille. Cela va au delà de la crise d'une industrie menacée par la surproduction chinoise et la récession européenne dit encore le Daily Telegraph. Non, derrière le grand duel la France, contre Mittal, l'état français cherche un déversoir à son malaise face à son incapacité à identifier les causes de son lent déclin. Le quotidien britannique s'en donne à cœur joie: les dépenses publiques françaises, « c'est plus de la moitié du PIB. L'industrie française ces dix dernières années? C'est 60 000 emplois en moins chaque année en moyenne ». Tout y passe, la balance des paiements qui plonge dans le rouge depuis la mise en place de l'euro, la perte de compétitivité face à l'Allemagne, et les charges fiscales parmi les plus élevées du monde. La Grande-Bretagne ricane, un rien cynique devant les enjeux de ce bras de fer.

Florange est devenu le symbole du malaise des travailleurs en France explique the Hindu, et Lakshmi Mittal est un bouc émissaire bien pratique : en effet reprend le journal indien, le nombre d'emplois dans la balance à Florange -moins de 650 - est moindre que les « 14 000 licenciements et la fermeture de l'usine Peugeot d'Aulnay sous Bois », pour lesquels les syndicats ont été moins virulents, affirme encore The Hindu.

Alors qui cédera le premier, demande la presse indienne, la France ou Mittal? Certes, admet The Hindu, Lakshmi Mittal n'est peut-être pas - et c'est rien de le dire - le patron idéal, déjà contraint à payer plus de 300 millions d'euros d'amendes pour atteintes au droit du travail en France. Mais le journal de citer alors un cadre de la sidérurgie française qui explique à son tour que Lakshmi Mittal « n'est pas une organisation caritative et l'état français n'a pas à attendre de lui qu'il se comporte comme tel . » Et en Grande-Bretagne, on rit, encore, des saillies du maire de Londres, Boris Johnson, qui en visite en Inde, a interpellé les investisseurs du monde entier "Venez à Londres, mes amis, n'attendez pas d'être persécutés.. Persécutés par ces "sans-culottes " qui selon lui semblent avoir confisqué le pouvoir à Paris.

Il ne faudrait pas pourtant oublier que le cas des hauts fourneaux de Florange, c'est d'abord une tragédie avant d'être une mauvaise comédie. C'est aussi un homme, François hollande, qui se retrouve face aux promesses qu'il avait faites lors de sa campagne à ces ouvriers d'Arcelor Mittal qu'il avait reçu. Hollande rappelle le Business Standard, a été élu en jouant la carte du développement économique. Il avait promis de préserver l'état providence, il annonce aujourd'hui l'austérité. En terme de popularité, conclut le Hindu Time, « il n'a aujourd'hui rien à envier au grand-méchant Lakshmi Mittal ».

Alors, Hollande, Mittal, même combat? Une seule conclusion, « Oh my God... »

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