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Revue de presse internationale de Claude Guibal

4 min

Imaginez des terres fertiles enchassées entre les hauts plateaux d'Algérie. On est au sud-ouest d'Alger, dans la wilaya de Médéa... On est dans le village de Souagui... Souagui où tous les matins depuis quinze jours, les habitants se lèvent. Ils s'enveloppent dans leurs kachabias et avant de partir travailler les champs de céréales et les vergers, ces habitants s'interrogent sur le nombre de journalistes qu'ils verront débarquer dans la journée....Le cimetière de leur village, finalement, n'a pas accueilli le corps de Mohamed Merah, le tueur de Toulouse et Montauban. Mais son fantôme plane et les habitants de Souagui en ont marre qu'on lie à eux un garçon qu'ils n'ont ou presque jamais vu... Cette population, comme le rappelle Al Watan "trop préoccupée par la difficulté de son propre quotidien. Elle a du mal à s'intéresser à la politique du pays, encore moins à celle de l'Outre-Mer"....Car si l'affaire Merah continue de remplir les colonnes des journaux algériens, elle est rangée sous la rubrique internationale. Et il n'y a qu'à lire les nombreux courriers des lecteurs, pour percevoir la colère. "Merah est français il est né la bas, a grandi la bas c'est un pur produit français "... lit on ici et là...Français d'origine algérienne... Le terme a fait bondir le pays tout entier... Et dans les pages du quotidien d'Oran, c'est Akram Belkaid qui s'interroge sur ces français, dit il, pas comme les autres. L'un des problèmes fondamentaux de la France, écrit-il c'est que "tant qu'on continuera de parler d'immigration à propos des difficultés qui concernent des personnes nées en france et de nationalité française, les diagnostics seront mauvais et les solutions inefficaces". "On parle de français d'origine immigrés", et dans ce cas, rappelle le quotidien d'Oran, cela ne concerne pas ceux dont les origines se situent en europe du sud ou de l'est... Petit rappel du dessin du caricaturiste Dilem dans le quotidien la Liberté, la semaine dernière, avec cet algérien goguenard lisant un journal et ce titre "Mohamed Merah français d'origine algérienne mis hors d'état de nuire par Nicolas Sarkozy français d'origine hongroise."L'Algérie lit-on dans le Quotidien d'Oran ou dans el Chourouq, n'a guère goûté de se voir désignée comme cible, instrumentalisée malgré elle au coeur de la campagne électorale française, comme un écho mal assumé d'une guerre d'indépendance dont on ne sait toujours pas soixante ans après, comment parler. "Avant de vous occuper du dossier d'un étranger, attelez vous à défendre correctement vos concitoyens qui en ont grandement besoin" lance ainsi un lecteur à l'attention de Zahia Mokhtari. Zahia Mokhtari, c'est cette avocate chargée par le père de Mohamed Merah de poursuivre la France pour la mort de son fils. Et elle aussi, déchaîne les passions, cette avocate. Assise derrière son bureau, le visage enchassé dans un voile bleu qui lui mange les joues et le menton, ce voile dont l'extremité plonge dans le col de sa toge d'avocate, Zahia Mokhtari pose pour les photographes. C'est elle qui va donc finalement incarner l'Algérie pour la suite de l'affaire Merah, et là encore, cette représentation ne plait pas à tout le monde. Certes il y a ceux, qui, comme dans Al Chorouq se félicitent de voir que c'est une femme qui va plaider. Et ceux, plus nombreux encore qui renvoient la juriste à son foulard. "Pourra-t-elle accéder aux tribunaux avec son voile, demande un lecteur? Et de le marteler: "les institutions publiques françaises sont laïques et le mélange des genres n'y est pas permis" L'algérie, la France, la France, l'Algérie... Au delà du drame, de l'indicible horreur d'enfants exécutés d'une balle dans la tête, l'affaire Merah met à vif des plaies qui n'ont jamais été suturées... La nation, l'identité, la religion, le terrorisme. La peur de l'autre...Dans le quotidien d'Oran Abdelkader Leklek se penche ainsi sur Vigipirate, dont il détaille tous les niveaux, tous les aspects. Vigipirate a été conçu en 78 pour faire face à une menace globale véhiculée par une internationale teroriste incarnée, dit-il, "par des faux réfugiés politiques et des clandestins". Le journal reprend les thèses du chercheur Mathieu Rigouste selon lequelles Vigipirate marque dès la fin des années 70 "l'amalgame entre migrant et terroriste". Vigipirate, rappelle encore le journal, est inspiré ds dispositifs anti-gangs irlandais eux même inspirés du DPU. Le DPU, c'est le dispositif de protection urbaine, qui a permis de controler la population de la casbah pendant la bataille d'alger... lorsque tous les pouvoirs avaient été délégués au général Massu, en dehors de tout cadre légal, pour démanteler le FLN et mettre fin aux attentats...Mais Vigipirate, au bout du compte les habitants de Souagui ce matin s'en moquent. Ce qu'ils voudraient c'est reprendre le cours d'une vie normale, sans que flotte sur leur village l'encombrant fantôme de Mohamed Merah, ce Français né à Toulouse, et dont la quête d'une identité de subsitution l'a mené de Kaboul aux balles du Raid...

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