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Revue de presse internationale de Claude Guibal en ces temps de manifestations en France

4 min

Miroir miroir mon beau miroir, dis moi si je suis la plus belle... Si la France, ce matin, se regardait dans son miroir, celui que lui tend la presse internationale en ce lendemain de manifestation contre et pour le mariage pour tous, que verrait-elle?

Elle verrait deux visages, ceux avec lesquels les médias du monde entier tentent d'incarner le débat français. Il y a -sans suprise - celui de Frigide Barjot, l'ex-noctambule autoproclamée "attachée de presse de Jésus", comme la décrit The Guardian.

Et puis il y a le visage tuméfié, fracturé, édenté de Wilfried de Bruijn, cet homosexuel violemment agressé, la semaine dernière, à Paris, avec son compagnon.

Si la France lisait le New York Times, qu'apprendrait-elle encore sur elle-même.? Eh bien qu'elle est - que nous sommes en fait - un vieux pays "très majoritairement catholique romain, au conservatisme profondément ancré" dans toutes les strates de la société. Pour le quotidien El Pais," la France, le pays qui a inventé les droits de l'homme, est un pays replié sur lui même, peureux, et dans lequel prolifèrent les phobies." Le journal espagnol continue...

"L'islamophobie, reprend-il, a inondé la dernière campagne électorale. Le racisme, la xénophobie et surtout la phobie des Roms, font désormais partie du langage courant". Et c'est donc au tour de l'homophobie de flamber, explique le journal.

En Nouvelle-Zelande, c'est la perplexité, l'incompréhension qui domine. La semaine dernière, le mariage homosexuel y a été légalisé dans un parlement où le public et nombre de députés présents ont entamé un chant, un vieux chant maori dont les dernières paroles sont "Je pourrais mourir d'amour pour toi". Le New Zealand Herald raconte un débat, marqué par l'humour et la profondeur, or en France, souligne-t-il, les députés, à l'inverse, ont failli en venir aux mains dans l'hémicycle, dans un pays divisé par un discours extrême, haineux de part et d'autres, pro et anti-mariage gay. Car voilà bien ce qui perturbe la presse internationale lorsqu'elle décrit la France, au moment où elle s'apprête à voter, cette loi, qui selon le Guardian, est quand même la plus importante réforme sociale que le pays aura connu depuis l'abolition de la peine de mort en 1981. Ce qui choque, c'est la violence renvoyée par un pays jusqu'ici décrit comme le champion de la laïcité, un pays aussi célèbre pour sa conception très relâchée des questions relevant des mœurs et de la vie privée, note le premier quotidien néo zélandais.

Ce qui choque, encore, c'est la pauvreté apparente du débat public français. Quand les uns accusent le gouvernement de tuer des enfants en cas de légalisation de l'adoption par des homosexuels, les autres traitent les anti-mariages pour tous de Nazis...

L'image renvoyée est celle d'un pays sectaire, incapable de se montrer à la hauteur de sa tradition de débat intellectuel. Cela tient, peut être, à ce que le Huffington Post qualifie de "coup de génie politique", cet artifice qui depuis le début lie uniquement le mariage homosexuel avec la tradition et l'obsession française d'égalité. Mariage pour tous, la formule est sublime, insiste le Huffington Post, "elle place les droits homosexuels au sein de ce qui fonde l'ADN de la France", une république où l'égalité est la valeur première. Sauf que, sauf que, reconnaît le journal en ligne, l'artifice a ses limites, puisqu'il exclut de facto l'idée d'empathie, la reconnaissance de la différence dans la société, les avancées de l'Histoire avec un grand H et la possibilité d'un débat sensible, évidemment perturbant, mais un débat nécessaire dans lequel nombre de français se retrouveraient, davantage, sûrement plus que dans les caricatures qui lui sont renvoyées de toutes parts.

"Je n'irai pas en vacances à Paris, parce que si je marche dans la rue avec une amie, je risque de me faire frapper et me faire tuer parce que je suis lesbienne", écrit Jillian Page, qui tient un blog sur le site de la gazette de Montreal. Voilà donc l'image qui - à lire la presse internationale- est aujourd'hui renvoyée par un pays où les politiques ne se grandissent pas par la qualité de leurs arguments, un pays prisonnier de peurs qui ne disent pas leurs noms, un pays enfin, qui lâche ici sa violence et ses angoisses sur un clivage politique droite-gauche qui s'affronte ainsi sur fond de crise économique, et de faillite de la politique et la gouvernance au sens noble du terme.

Alors, il reste peut être à espérer que la France ce matin prenne son miroir et se regarde enfin, sans maquillage et se demande en son for intérieur, miroir, mon beau miroir, dis moi si je suis, si je peux, si je veux encore rester la plus belle...

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