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Revue de presse internationale de Erwan Pastol

5 min

Le New-York Times l’affirme ce matin avec force : l’instruction de l’affaire DSK a atteint un point de non-retour, le procureur Cyrus Vance Junior accorde de moins en moins de crédit au récit de la plaignante, la femme de chambre du Sofitel, Nafissatou Diallo.

Le quotidien new-yorkais s’avance, mais preuve à l’appui. Sur son site internet, il produit une lettre datée du 30 juin, elle est adressée aux avocats de DSK par le bureau du procureur de New-York. Trois pages qui listent les mensonges proférés par la présumée victime lors de ses interrogatoires.

Ainsi Nafissatou Diallo a-t-elle avoué dans le bureau du procureur avoir fraudé le fisc en déclarant l’enfant d’un ami comme le sien.

Plus grave, elle reconnaît avoir totalement réinventé sa biographie devant les services de l’immigration lors de son arrivée aux Etats-Unis il y a six ans. Devant eux, elle évoque des agressions, un viol, son opposition au régime guinéen d’alors, un mari torturé qui trouve la mort. Tout cela est faux, totalement faux.

Plus grave encore, et ce mensonge là touche directement l’affaire, le samedi 14 mai, vers midi, l’heure supposée de l’agression, la plaignante n’a pas immédiatement quitté son service pour alerter son supérieur comme elle l’avait d’abord affirmé. Non, elle a fait le ménage dans une autre chambre puis a même commencé à nettoyer la fameuse suite 2806 du Sofitel.

Mais cela signifie-t-il pour autant qu’on ne doit plus du tout la croire ?, se demande La Republicca . Sans remettre en cause les informations du New-York Times , le quotidien romain relève la versatilité du traitement médiatique de l’affaire : n’est-ce pas ce même New-York Times qui trois semaines auparavant, après avoir longuement enquêté aux Etats-Unis et en Guinée, nous dressait le portrait d’une femme sérieuse, pieuse et honnête ?

Sur son blog, le journaliste italien Federico Rampini s’emporte : on salit la réputation d’Ophelia !, Ophelia le prénom d’emprunt de Nafissatou Diallo au Sofitel. Et le chroniqueur de filer la métaphore théâtrale, en miroir de l’Ophélie du Hamlet de Shakespeare.

Nous assistons au deuxième acte d’une pièce à rebondissements qui, à mon avis, en compte encore plusieurs. Une pièce avec deux héros involontaires, mais des personnages secondaires qui, eux, sont capables de faire basculer l’intrigue à tout moment. D’abord, l’avocat de DSK, Benjamin Brafman. Il a été capable d’obtenir un non lieu pour Michael Jackson dans une affaire de pédophilie, il devrait encore pouvoir faire des miracles –ironise-t-il. Et puis n’oublions pas le procureur, Cyrus Vance Junior. Il joue ni plus ni moins son poste et sa carrière dans cette affaire.

Cyrus Vance, un procureur sous les feux de la critique pour l’Independent britannique. Il a mené l’instruction tambour battant, le voilà tout près d’abandonner les poursuites. Certains acteurs de la justice new-yorkaise regrettent sa volonté de vouloir faire tout, tout seul, ils condamnent aussi sa précipitation à arrêter DSK.

Les circonstances l’y obligeaient !, rétorque un ancien procureur cité par le New-York Times . DSK était dans l’avion, il allait partir, il allait échapper à la justice américaine.

Ce matin, la presse étrangère s’attache également à sonder l’avenir politique de l’ancien directeur du FMI.

Les socialistes français se préparent à un retour de DSK, observer El Pais . Pour le journal madrilène, le pacte de Marrakech entre Martine Aubry et DSK, ce pacte a été respecté, et il est toujours en vigueur. « Que le mieux placé, se lance », tel en était le principe. Martine Aubry s’est lancée, c’était logique. Car il y a encore trois jours, son allié était totalement hors course, carbonisé.

Mais aujourd’hui tout a changé El Païs distingue trois scénarios possibles si un non-lieu était prononcé à New-York :

Soit DSK se présente aux primaires, quitte à semer la zizanie dans le camp socialiste.

Soit, éprouvé qu’il aura été par l’affaire, il se met en retrait, au moins quelques temps, de la vie publique.

La troisième hypothèse, celle que privilégie El Pais , c’est celle d’un retour actif dans la politique française, en soutien de la candidature de Martine Aubry à la présidentielle.

Loin du feuilleton judiciaire, encore plus loin des spéculations sur la présidentielle française, le Guardian fait entendre une voix qui réclame de la prudence et de la décence. C’est celle de la dramaturge et féministe américaine Eve Ensler, auteure notamment des célèbres Monologues du Vagin .

Ce qui est important dans cette affaire –écrit-elle-, c’est ce que nous pouvons en apprendre, et ce sont les questions qui par elle ont été soulevées.

Comment se défend-on dans une affaire de viol quand on a menti par le passé ?

Comment porter plainte pour harcèlement sexuel sans craindre de perdre son boulot ?

Comment se défend-on dans ce cas qu’on est une femme et qu’on aspire à mener une carrière dans le journalisme, la banque, ou la politique ?

Et l’écrivaine d’égrener ainsi une trentaine de question sans réponse comme celles-ci.

L’affaire DSK a mis au cœur du débat public les questions du sexe, du pouvoir, de la race, de la classe et du genre. Ce qui est en jeu désormais ce n’est plus simplement l’issue de la plainte, de l’éventuel procès. C’est avant tout de savoir si la société va évoluer sur ces questions, ou si nous allons vers toujours plus d’agressions et de sévices, et toujours plus de victimes silencieuses.

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