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Revue de presse internationale de Ludovic Piedtenu

5 min

"Ces derniers temps, rien ne se passe comme elle le voudrait" lance The Economist .Cristina Kirchner, la Présidente argentine, "subissait récemment des humiliations dans son combat face aux créanciers quant au paiment de la dette du pays" .Dans le même temps, rapporte l'hebdomadaire britannique, "elle devait affronter la première grève générale depuis 10 ans" (c'était mi-novembre) et donc la première depuis son accession au pouvoir en 2007.Mais "elle comptait bien savourer une victoire imminente" expliquait en début de semaine l'hebdomadaire, "dans sa bataille face au groupe de médias Clarin , l'une de ses cibles préférées" .Patatra, cette loi antitrust qui devait entrer en vigueur aujourd'hui et donc forcer le groupe Clarin à la cession d'actifs vient d'être suspendue cette nuit à la dernière minute par la justice."Le même jour, rapporte ce matin au Brésil le site d'informations O Globo , les principales associations de magistrats d'Argentine demandaient au gouvernement de Cristina Kirchner d'éviter, je cite, "l'utilisation de mécanismes directs ou indirects de pressions sur les juges, qui affectent leur indépendance" (fermez les guillemets), le même jour toujours, les membres de la Chambre civile et commerciale autorisaient la prolongation d'une suspension de la loi anti-trust obtenue par le groupe Clarin sur deux articles polémiques de cette loi controversée sur les médias"."Cette décision du tribunal, poursuit O Globo , représente l'une des plus grandes défaites subies par le Kirchnerisme ces dernières années." "Et même quant elle a voulu mercredi opposer son veto à des auditions de parlementaires sur cette affaire, la chambre elle-même, sa propre majorité, a rejeté ce veto." Décidément quand ça ne veut pas, ça ne veut pas."C'est une épreuve de force" titre ce matin la Deutsche Welle en Allemagne."Depuis le début de cette affaire en 2009, Clarin, le deuxième plus grand groupe de médias en Amérique du Sud, refuse de céder une partie de ses licences. La loi, censée introduire du pluralisme dans les médias, a en réalité, selon le porte-parole de Clarin, permis la concentration de 80% des diffuseurs de radio et de télévision sous le contrôle direct ou indirect de l'Etat." Cette décision de justice donnant raison à Clarin peut donc être interprétée comme une "révolte" , une "rébellion" estime la Deutsche Welle ."Même les hommes politiques qui approuvent de limiter le pouvoir de ce géant s'interrogent sur les motivations du gouvernement." Dans The Economist , "les opposants à ce projet et les défenseurs de la liberté d'expression, ont vu la mesure comme un effort mal-déguisée pour réduire au silence une critique puissante." Clarin , "précédemment un allié du gouvernement" , est devenu depuis 2009 la bête noire de la présidente."Ses partisans s'affichent depuis cette date avec des drapeaux ou des ballons sur lesquels on peut lire "Clarin ment". L'hebdomadaire libéral britannique résumait la chose cette semaine, avant cette décision de dernière minute, en condamnant la méthode Kirchner."Au lieu d'insuffler un vrai pluralisme dans les médias, dans des termes pratiques, cela ne ressemble à rien d'autre qu'une nouvelle étape dans la construction d'un monopole de diffusion pro-gouvernemental." Clarin jubile ce matin.A la une de son site internet, il affiche clairement sa victoire et ajoute bien en évidence cet article : "L'opposition demande au gouvernement de respecter cette décision." Il met également en exergue la "demande des juges pour que cessent sur eux les pressions" .Dans son éditorial, "un ministre a fait savoir hier" raconte le journaliste, homme politique et écrivain Rodolfo Terragno, "que le gouvernement avait trouvé, cette décision de justice, étrange", comme "une manifestation violente qui aurait violé la loi"."Des juges auraient violé la loi" s'indigne donc l'éditorialiste. "Nous sommes dans une lutte de pouvoir" estime-t-il titrant ironiquement son édito "L'indivision des pouvoirs" , la non-séparation des pouvoirs, comme si la Présidente argentine voulait tout contrôler.Le quotidien argentin La Nacion relève ce matin ce qui n'est sans doute pas qu'un détail : "le site internet du groupe Clarin a étonnament hier été la cible d'attaques faisant tomber ce site à deux reprises" .Outre-manche, The Financial Times ce matin rapporte d'autres propos de l'éxécutif ou de son entourage. "Cette décision est une honte" a par exemple commenté le responsable de l'autorité fédérale de communication indiquant qu'il ferait appel de cette décision devant la Cour suprême.Le quotidien économique britannique suit de près cette affaire d'autant que le groupe de médias argentin Clarin est côté à la bourse de Londres. Et de s'amuser de cette situation d'arroseur arrosé en rappelant que ce groupe je cite "avait des relations proches, intimes, avec le gouvernement par le passé" et que s'il possède aujourd'hui en plus de son quotidien, 240 licences sur le cable, 4 chaînes de télévisions et 10 radios, "c'est bien la responsabilité du prédécesseur de Mme Kirchner, l'ancien Président entre 2003 et 2007, en l'occurence son mari Nestor" .

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