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Revue de presse internationale de Ludovic Piedtenu

5 min

C'est une photo à la Une d'un journal qui crée l'indignation.Hier matin, raconte USA Today , The New York Post , "ce tabloïd graveleux connu pour mettre en lumière le tord des autres, a reçu de vives critiques après la publication de la photo d'un homme sur le point d'être écrasé par un métro." C'est un quotidien populaire à un dollar qui titre "Doomed" - "Condamné" ."Poussé sur la voie, cet homme va mourir" ajoute The New York Post en grosses lettres.The New York Post , journal à la ligne éditoriale populiste, et propriété de l'homme d'affaires Rupert Murdoch est le 7ème quotidien le plus lu aux Etats-Unis.Très vite hier, les critiques se sont d'abord multipliées sur les réseaux sociaux avant d'être reprises ce matin par la presse internationale.The Guardian en Grande-Bretagne met à sa une "la colère", "la tempête d'indignation des lecteurs et des commentateurs" ."C'est la plus effroyable", "la plus indécente", "la plus malsaine couverture de l'histoire" "Dégoutant et immoral" ajoute le quotidien de Londres qui a cherché à joindre le photographe.Un freelance du New York Post qui se trouvait là par hasard, station de la 49ème rue près de Times Square, et qui dit avoir cherché à prévenir le conducteur du train en multipliant les flashs mais par la même les photos."Il y a une grande question qui se pose après cette Une" écrit ce matin The Atlantic Wire : "Pourquoi personne n'a-t-il cherché à aider cet homme ?""Si vous avez suffisamment de temps pour capturer les derniers moments d'une vie, le photographe n'aurait-il pas pu tendre la main ?" Un lecteur de The Atlantic Wire suggère que le photographe soit condamné pour non-assistance à personne en danger.Dans The Washington Post , c'est "de l'aide qu'il cherchait", titre de cet article de Jonathan Capehart."Nous, journalistes, écrit-il, sommes des observateurs. Et nous, éditorialistes, commentateurs, aimons garder un peu de détachement, de distance, quand on écrit sur des problèmes, particulièrement si ils impliquent une communauté à laquelle nous appartenons. Mais il y a des exceptions. Des moments dans la vie d'un journaliste où le détachement doit laisser une place à l'humanité.""Heureusement, poursuit-il, je n'ai jamais été dans une situation où les faits m'obligeaient à me trouver auprès de quelqu'un de condamné. D'autres l'ont été. Anderson Cooper, un journaliste de CNN, qui a passé plus de temps que la plupart des journalistes américains dans les points chauds de la planète, a sauvé la vie d'un petit garçon à Port au Prince en Haïti après des émeutes consécutives au séisme de janvier 2010.""Cooper a fait ce que j'aurais fait" , estime l'éditorialiste du Washington Post . "Au moins, j'espère que j'aurais eu ce courage"."Je soulève cette question, écrit-il, parce que la première page du New-York Post est l'une des photos les plus traumatisantes que j'ai eu à voir depuis longtemps." "Une photo qui hante" littéralement.Le journaliste a calculé 10 secondes qui aurait peut-être permis de sauver la vie de cet homme. "On aurait pu espérer, conclut-il, un triomphe de l'humanité." Dans USA Today , on peut lire nombre de commentaires postés sur les réseaux sociaux décrivant cette Une comme "insensible et sensationnelle" et ce titre "Le New York Post aurait-il du publier la photo d'un homme sur le point de mourir ?" "C'est du très, très mauvais journalisme, c'est honteux" commente un lecteur."Il avait l'obligation morale d'essayer d'aider cet homme" ajoute un professeur d'éthique d'une école américaine de journalisme."Je suis stupéfait" ajoute le président de la société des journalistes professionnels. "Ces choix éditoriaux défient le bon sens professionnel, l'éthique et la morale"."Dans une telle situation, il est toujours facile de blâmer le photographe" nuance une professeur de photojournalisme à l'Université de Columbia qui ajoute : ce freelance "ne devrait pas être si durement critiqué". "Il dit qu'il a essayé d'alerter le conducteur du train donc il n'a pas ignoré la victime, et que dire des autres personnes qui se trouvaient là sur le quai ?" conclut-elle.Toujours dans l'article de USA Today , "l'éthique quant à l'utilisation de cette photo est au coeur du débat"."Il n'y a pas d'objectif journalistique" à publier une telle image, estime Kelly McBride, écrivain, professeur et l'une des voix américaines importantes sur les questions d'éthiques dans les médias. "Ce n'est pas un témoignage nécessaire que les gens ont besoin de connaître" dit-elle. "Ce ne sont pas ces enfants qui fuient la bombe au napalm", référence à une photo - prix Pulitzer - prise pendant la guerre du Vietnam. "Il doit y avoir un but journalistique qui accompagne la décision de publier une photo quand elle est terrifiante" .Kelly McBride, cette critique des médias reste néanmoins plutôt conciliante avec le New York Post quand elle affirme qu'au milieu de plusieurs Unes à sensations comme celle publiée après le passage de la tempête Sandy à New-York "Dieu nous déteste", "ils font globalement du bon travail" , dit-elle.Sur le site du New York Post , certains de leurs lecteurs s'indignent quand d'autres semblent en redemander.Le quotidien suisse, La Tribune de Genève , a relevé ce matin cet échange entre internautes au sujet de l'agresseur, celui qui a poussé cet homme sur les voies. "Personne sur le quai n'a eu le courage d'arrêter cet ordure, il devait bien y avoir plusieurs hommes ?" s'interroge Richie. "C'est pour cela que tous les voyageurs devraient avoir avec eux une petite arme à feu, que ce soit légal ou pas" suggère-t-il."Il n'y a pas beaucoup de vrais hommes à New-York" lui répond Nicole. "Il n'y a que des moutons" .

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