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Revue de presse internationale de Ludovic Piedtenu

5 min

C'était à la Une du New-York Times dimanche et ces toutes dernières heures, cette nuit, Barack Obama s'est autorisé à dire "au régime d'Assad et à ceux qui sont sous ses ordres" ceci :"Le monde vous regarde. Utiliser des armes chimiques est et serait totalement inacceptable. Et si vous faisiez l'erreur tragique d'utiliser ces armes, il y aurait des conséquences et vous en seriez tenu pour responsables." "Barack Obama prévient Bachar Al-Assad" titre The Daily Telegraph à Londres reprenant cette phrase qui conclut ce que l'on vient d'entendre : "On ne peut pas permettre au 21ème siècle d'être assombri par les pires armes du 20ème." L'article multiplie les sources officielles : militaires et membres du gouvernement américain sous couvert de l'anonymat. Ils seraient "de plus en plus inquiets de déplacement de stocks d'agents chimiques auprès de l'artillerie qui pourrait permettre ensuite leur utilisation." L'article évoque le gaz sarin interdit par le droit international et les règles dans les conflits armés.Et The Telegraph de rappeler les propos d'Obama au mois d'août. "Le mouvement d'armes chimiques en Syrie nous rapprocherait de la ligne jaune et susciterait une réponse rapide de Washington. Cela changerait mes calculs, déclarait le Président américain, cela changerait l'équation." La presse internationale est ce matin sur cette ligne : "il y a des signes de plus en plus forts d'un chaos imminent" en Syrie.Le retrait des équipes non-essentielles des Nations Unies et de l'Union Européenne. La fuite supposée de ce porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères. Il aurait pris l'avion depuis Beyrouth pour Londres.La presse libanaise en fait état ce matin. A lire dans The Daily Star ."Jihad Al-Makdissi, 40 ans, était le visage du gouvernement de Bachar Al-Assad le plus public depuis ces 20 mois de conflit. Il avait une faible influence dans un système largement dirigé par l'appareil sécuritaire et les militaires. Mais les opposants à Assad y voient la perte d'un personnage important, ce qui serait, écrit le journaliste libanais, une preuve supplémentaire que le système s'effondre sur lui-même". Dans un autre quotidien de Beyrouth L'Orient Le Jour , "la télévision libanaise Al-Manar, proche du régime syrien, croit savoir que M. Makdissi a été relevé de ses fonctions après avoir improvisé des déclarations sortant du cadre officiel syrien" .L'autre information, c'est ce déploiement de missiles sol-air Patriot de l'OTAN en Turquie à la frontière syrienne. Le feu vert devrait être donné aujourd'hui.L'Orient Le Jour rend compte d'une "brève visite de travail" hier du Président russe Vladimir Poutine en Turquie et cette déclaration lors de la conférence de presse. "M. Poutine, raconte le journaliste libanais, a eu recours à une maxime de la sagesse populaire russe pour expliquer l'opposition de son pays au déploiement de ce système : "On dit que si un fusil est accroché à votre mur au début d'un jeu, alors à la fin il sera sûrement utilisé pour tirer." Le dirigeant russe, conclut le journaliste, a donc conseillé "la retenue" à la Turquie, en concédant toutefois "comprendre" ses préoccupations en matière de sécurité. De son côté, le turc M. Erdogan s'est abstenu de souligner ses différences d'opinion avec M. Poutine sur le conflit syrien, en éludant toute question de la presse à ce sujet." Bref, résume The Financial Times ce matin, "les appels à "faire quelque chose en Syrie" deviennent de plus en plus forts aux Etats-Unis et en Europe - si forts qu'ils pourraient être bientôt entendus.""La première étape, poursuit-il, et qui pourrait venir assez rapidement, serait de fournir des armes à l'opposition syrienne. La seconde étape, qui est actuellement en cours d'examen, serait d'établir une "No-fly zone", une zone d'exclusion aérienne"."Cependant, il reste des questions-clés auxquelles il faut répondre. Et par dessus-tout, est-ce qu'une intervention conduirait à la fin du conflit ? Ou amènerait-elle simplement la guerre à entrer dans une nouvelle phase, dans laquelle les américains et les européens seraient directement impliqués ? C'est cet argument de prudence, raconte le journaliste du Financial Times, qui est sans cesse mis en avant par les anti-intervention. Mais cet argument trouve de moins en moins d'oreilles attentives. Un haut diplomate européen déclare ceci : "cela fait 18 mois que nous sommes en retrait et et que nous regardons les gens mourir, cela n'a que trop duré". Aux Etats-Unis, poursuit l'article, l'un des représentants pro-intervention les plus éloquents est Anne-Marie Slaughter, qui, jusqu'à l'année dernière, était une des responsables du département d'Etat. Elle a écrit récemment que, en échouant à intervenir, les Etats-Unis "trahiraient encore une fois ce que l'Amérique prétend défendre" et a appelé à "une action décisive pour sauver des dizaines de milliers de vies syriennes et peut-être faire pencher la balance dans ce conflit". "Les interventionnistes plaident aussi l'argument géopolitique. La chute du régime d'Assad serait un coup dur pour l'Iran. Certains américains craignent aussi que le retour de baton, la conséquence soit une perception de la perte d'influence des Etats-Unis. Comment, se demandent-ils, le petit Qatar peut avoir plus d'impact sur la Syrie que la seule superpuissance mondiale ?" "Mais le plus grand argument contre l'intervention reste que les conséquences sont incalculables" conclut le journaliste du Financial Times . "Même si un bombardement occidental provoque la fin du régime d'Assad, personne ne sait quelle serait la combinaison des forces qui viendrait au pouvoir en Syrie. Le risque est que cette campagne aérienne occidentale ne mette pas fin au conflit mais qu'elle change le sens du conflit. Pour éviter cela, l'Occident pourrait alors se sentir obligé d'envoyer une "force de stabilisation" de grande envergure en Syrie. Mais tout discours de ce type soulève immédiatement les spectres de l'Irak et de l'Afghanistan." Tiens, tiens, dans un autre style, un peu comme au début de cette revue de presse quand j'évoquais la menace d'armes chimiques, cela renvoie aussi au passé. De tout temps, les mêmes arguments sont échangés. La vérité est donc sans doute ailleurs.

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