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Revue de presse internationale de Ludovic Piedtenu

4 min

"Maintenant, l'objectif est de gagner sans raconter de fables. Je ferai de la place à la jeunesse." Ce n'est pas une phrase tirée de la campagne présidentielle de François Hollande mais de Pier Luigi Bersani à la Une de La Stampa en Italie."L'homme a gagné, il a triomphé" peut-on lire sur un blog du journal L'Espresso . Elu candidat du centre-gauche italien pour les élections au printemps prochain à l'issue de primaires avec plus de 60% des voix, "il a surpassé son adversaire" le jeune Maire de Florence Matteo Renzi, 37 ans, résume Il Corriere della Sera .Cet adversaire aux orientations plus centristes qui s'était mobilisé pour "mettre à la casse" la vieille classe dirigeante du Parti Démocrate.Une sorte de Manuel Valls pour nous ramener à nos primaires en France de l'automne dernier.Matteo Renzi le déclarait lui-même hier soir lit-on sur le portail IGN, Italy Global Nation : il n'a pas "réussi à se débarraser de cette image de jeune homme ambitieux" .C'est donc peut-on lire ce matin "le plus âgé qui l'a emporté" , celui qui représente pour les italiens cette classe politique avec laquelle ils aimeraient rompre, c'est l'actuel secrétaire général du Parti Démocrate qui l'emporte et qui remercie son adversaire : "il a apporté de la fraîcheur" dit-il et voici comment il s'adressait hier soir aux Italiens :"Ce voyage on va le faire ensemble.Ici, vous n'avez pas un homme seul aux commandes.On gouverne avec un peuple.On gouverne avec un peuple.Mettons-y de la force, mettons-y de l'énergie, et mettons-y un peu de joie qui est une caractéristique de notre peuple. Nous sommes des italiens, non ? Et un peu de conviction, un peu de tranquilité, et un peu de sérénité, il n'est pas nécessaire de s'agiter, de se faire peur. On a besoin d'être tranquilles et forts. Et décidés." Décryptage dans le blog de Marco Damilano sur le site web de L'Espresso qui rappelle les fois où Bersani a refusé d'aller au combat, en 2007, en 2009."Cette fois, Bersani ne peut pas et ne doit pas se cacher. C'est lui le chef du centre-gauche. Un chef élu grâce à un système qui dans le milieu dont il est issu, dans sa culture, n'existe pas : les primaires, la compétition, le conflit entre les personnes. Mitterrand dans les années 70 avait combattu le régime présidentiel de De Gaulle et définit la 5ème République comme un "coup d'état permanent". Mais c'est bien grâce à ce régime que la gauche française a pris le pouvoir en 1981 et que Mitterrand a régné à l'Elysée pendant 14 ans. Il en est de même pour l'incolore Hollande qui est devenu président et gouverne la France depuis l'Elysée" conclut le journaliste italien.La comparaison avec le socialiste français Hollande n'est pas à trouver dans ce petit portrait du Guardian à Londres : "C'est un ancien communiste qui mâche un cigare" écrit le quotidien britannique. Rien de comparable avec le président français...La comparaison est à trouver chez Gustav Hoffer, réalisateur, journaliste, interrogé par la chaîne franco-allemande Arte pour qui Bersani est un "homme honnête. Avant le premier tour, raconte-t-il, il y a eu un grand talk show sur une télévision privée, dans lequel les cinq candidats se sont présentés. Bersani a dit je cite "je ne veux pas vous plaire, je veux que vous me croyiez" . "C'est très important pour Bersani estime Gustav Hoffer, il n'est certainement pas une personnalité charismatique, il a peut-être quelque chose d'un François Hollande, "le président normal"." Ces primaires ont redonné des couleurs à la gauche italienne dans un contexte qui plus est où la droite, un peu comme chez nous, est en perdition résume la presse italienne ce matin.Massimo Giannini dans La Reppublica estime que Bersani ressort de cette élection comme un "leader fort" (titre de son édito), comme une personne légitimée par trois millions d'italiens qui croient en la démocratie et qui demandent une bonne politique." "Ces primaires , poursuit-il, représentent un changement de phase. Le jeune Renzi (salué, disons le ici, même très apprécié par la quasi totalité de la presse italienne) ce jeune Renzi a permis le renouvellement du personnel et du langage politique. Le pragmatisme réformateur, d'inspiration social-démocrate. Cela est positif pour tous" , estime mon confrère de La Reppublica car pour la gauche, "ces primaires étaient une sorte de congrès à ciel ouvert" .

"Pour Bersani maintenant, une nouvelle mission, réconcilier et pacifier le Parti Démocrate avec cette faille des "modernes" contre les "anciens", les "modérés" et les "radicaux". En jeu, il y a beaucoup plus que cela. C'est le gouvernement du pays. C'est la confiance vis-à-vis de l'Europe où une partie de l'Establishment continue de considérer la gauche italienne comme non fiable, comme la fille d'un Dieu inférieur. Il s'agira aussi dans un pays où la loi électorale ne donne pas assez de voix pour faire cavalier seul de dialoguer avec Nichi Vendola", un par exemple autre candidat de ces primaires, celui de la gauche, celui "qui réclame un parfum de gauche" ou encore avec le centriste Casini. Mais c'est une confrontation dialectique avec Mario Monti et son Montisme (qui exerce en ce moment en Italie), et c'est aussi une opposition avec l'agenda qui l'obligera à la fois à plus de justice sociale et davantage de croissance économique."

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