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Revue de presse internationale de Ludovic Piedtenu

5 min

8ème jour.8ème jour de l'offensive israélienne à Gaza.Et toute guerre, on le sait, a sa propagande.En hébreu, "Hasbara" pour "explication" ou "éclaircissement" ."Naguère confinée à la radio, à la télévision, ainsi qu'à la presse écrite qui soumettait sa production à l'agrément de la censure, la propagande s'est emparée du net, des réseaux sociaux et des téléphones portables. Sans limites, sans contrôle et sans interruption" explique Serge Dumont ce matin dans le quotidien suisse Le Temps ."La propagande électronique bat son plein" titre le quotidien helvète."Le ping-pong entre les propagandistes israéliens et ceux de la cause palestinienne ne s'interrompt jamais. Pour favoriser la hasbara, des unités de bloggueurs et de "twittos" ont été formées au sein du ministère des Affaires étrangères ainsi que dans les services du porte-parole de Tsahal." "Sur Facebook, ajoute Le Temps , les annonces de l'armée israélienne ont été partagées jusqu'à 65 000 fois. Face à une communication très efficace, les groupes palestiniens n'ont pas les moyens de riposter. Le combat est inégal" , estime le journaliste suisse Paul Ronga."Du côté palestinien, ajoute son confrère Serge Dumont, les arguments fusent en effet dans tous les sens et se contredisent parfois. Les organisations palestiniennes réagissent souvent avec leurs tripes et dans le plus grand désordre". Pour preuve, cette revue de vidéos, photos et textes ce matin à la Une du quotidien libanais L'Orient Le Jour ."Les Gazaouis racontent leur enfer" titre le journal."Dans la bande de Gaza meurtrie, explique Rania Massoud, des jeunes palestiniens investissent les réseaux sociaux pour raconter, par tous les moyens possibles, l'enfer quotidien des bombardements israéliens. Depuis le début de l'opération "Pilier de défense", de nombreux internautes palestiniens racontent leur vécu. Parmi eux, la blogueuse Rana Baker qui décrit le drame gazaoui en publiant sur Twitter des clips audios enregistrés depuis sa maison". "Elle y capte, entre autres, les fracas des raids israéliens, le hurlement des sirènes des ambulances, le bourdonnement des drones survolant le ciel de Gaza. Elle enregistre ses clips sans prononcer un mot, sans un murmure, le souffle presque coupé... Résultat : une bande sonore qu'on croirait tout droit sortie d'un film d'horreur" conclut la journaliste libanaise.Riposte palestinienne sans compter l'aide des Anonymous. "Ces pirates informatiques qui s'en prennent aux sites du gouvernement israélien" . A lire également dans Le Temps . "L'Etat hébreu a répertorié plus de 44 millions d'attaques" . Cette nuit encore, rapporte ce matin le site internet du Jerusalem Post "le compte twitter du Vice Premier ministre Silvan Shalom a été piraté. Les hackers ont tweeté des messages de solidarité avec Gaza comme "Nous sommes le peuple. Cessez la guerre. Cessez l'occupation. Liberté pour le peuple palestinien". "La guerre ne se déroule plus dans la boue, les pieds pourris à l'intérieur de bottes humides et des tranchées qui s'écroulent" raconte Tory Shepherd dans le quotidien australien The Advertiser ."La guerre a changé et changé rapidement. La technologie a modifié la façon dont le jeu se joue et dans le même temps en a fait sans doute plus que jamais un jeu. On parle de matériel, d'informatique et non plus d'êtres humains faillibles.""La propagande n'a rien de nouveau dans une guerre. La guerre, comme le disait le propagandiste Mao, c'est de la politique avec des effusions de sang. Comme en politique, les deux parties veulent que leurs messages soient entendus. Ils veulent diaboliser et déshumaniser l'autre camp tout en se glorifiant eux-mêmes.""La guerre au Proche-Orient est live-bloggué" , poursuit le journaliste australien."Les deux parties se vantent de leurs actions meurtrières, la propagande fait le tour du monde en quelques secondes" ."Une chose que nous pouvons faire, cependant, c'est refuser de croire au battage médiatique. La guerre n'est pas propre ou pure ou, en dépit de la meilleure technologie, suffisamment précise pour éviter des morts innocents. Ce n'est pas un jeu que nous observons ici. L'internet, ce vaste répertoire de la propagande, nous permet de construire nos propres petites chambres d'écho. Le défi est de se rappeler qu'il y a des humains à l'autre bout des machines". Dans Haaretz , quotidien israélien ce matin, on peut lire sous la plume d'Anshel Pfeffer "les limites de la hasbara israélienne en ligne". "Déserter Internet n'est pas une option, explique le journaliste, mais Israël doit en reconnaître les limites"."Chaque drône circulant dans le ciel de Gaza transmet des images pas seulement pour l'armée de l'air et les renseignements mais aussi vers une "War Room" spéciale auprès du porte-parole de l'armée israélienne qui s'empresse de diffuser le contenu de ces images dans les médias et sur internet à une vitesse à couper le souffle. Les meilleures images d'assassinats ciblés tombent parfaitement pour les bulletins du soir. Dans cette salle de guerre, les censeurs militaires n'ont jamais été aussi laxistes pour divulguer de la matière classée à la consommation publique." Le journaliste de Haaretz interroge un expérimenté porte-parole du gouvernement qui explique : "nous faisons du bon travail mais que ferons-nous le jour où nous aurons une autre tragédie comme Kafr Cana, tout ceci sera sans valeur" allusion à ce bombardement meurtrier d'un village libanais en juillet 2006."Il a raison, estime mon confrère. Vous pouvez tailler et polir des diamants, mais vous ne pouvez pas transformer une maison bombardée avec des corps morts de bébés sous les décombres en un super coup de comm'. Le reste du monde ne verra que le sang" ."Quelle est l'importance réelle de cette présence massive sur les réseaux sociaux ? Les soutiens des Palestiniens eux aussi combattent, ils sont nombreux sur internet et nous n'allons pas les convaincre à coup de tweets soit-disants victorieux. Israël n'est pas en train de gagner sur Facebook ou Twitter. Il y a une impasse électronique. On ne parle plus d'un état souverain qui défend ses intérêts contre une milice terroriste dans une miniscule bande côtière mais de deux comptes Twitter qui se font la guerre" .

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