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Revue de presse internationale de Ludovic Piedtenu

5 min

"La plus haute autorité américaine à visiter la Birmanie était le vice-président Richard Nixon en 1953" rappelle The Guardian à Londres.Dans cette ancienne colonie britannique, la première visite d'un Président américain suscite l'intérêt."Alors qu'elle aurait suscité l'inquiétude durant les décennies de régime militaire paranoïaque" s'amuse The New-York Times qui raconte "ce temps où la junte craignait une invasion américaine." "Hier, il y avait bien un grand déploiement américain au Myanmar mais d'un tout autre genre : deux avions gros porteurs transportant le président Barack Obama et sa secrétaire d'Etat Hillary Clinton" pour ce qui est, précise le quotidien américain dans un autre papier, "leur dernier voyage ensemble" ."Visite historique" donc... "Barack Obama redonne de l'espoir" estime le quotidien suisse Le Temps qui raconte : "Le chef de la Maison-Blanche a, de fait, subtilement dosé son discours : il a mis en valeur les efforts de réforme du gouvernement actuel, tout en saluant la longue lutte contre la dictature militaire et la "farouche dignité" (entre-guillemets) d'Aung San Suu Kyi et de l'opposition." Au sujet de ces subtilités diplomatiques, The Washington Post s'intéresse à ce qui peut sembler être un détail."Vous ne pouvez pas être le premier Président américain en exercice à visiter un pays sans même citer son nom officiel au moins une fois." En effet, écrit Max Fisher, "les officiels américains continuent d'employer le nom "Birmanie" alors que le régime a changé le nom du pays il y a 20 ans pour Myanmar.""Birmanie fait référence à l'ancienne colonie mais c'est aussi le nom employé par l'opposition quand elle s'exprime en anglais" (Burma)"Un détail peut-être mais une des questions les plus difficiles pour la diplomatie américaine avec les régimes brutaux. Alors qu'Obama expliquait que sa visite n'était pas un soutien au régime, utiliser "Myanmar" aurait donné l'impression d'entamer cette volonté. Ne pas utiliser Myanmar a toujours été pour l'administration américaine une façon de ne pas légitimer la junte. Obama a pourtant fait le choix inverse. D'une certaine façon, c'est une preuve du changement d'approche des Etats-Unis, une preuve que le pays va vers une acceptation de la légitimité du gouvernement birman, cela montre un degré de confiance dans les réformes en cours" conclut l'envoyé spécial du Washington Post .C'est l'illustration de la nouvelle politique américaine en Asie surnommée "la stratégie du pivotement" ."Durant les deux mandats de George W. Bush, la focalisation de la politique extérieure américaine sur le Moyen-Orient a laissé le champ libre à la Chine dans cette région économiquement dynamique" analyse Le Temps .Et la presse internationale de s'étonner de la rapidité avec laquelle tout ceci est mené. The Washington Post parle d'un "peut-être record de vitesse terrestre de rapprochement depuis la fin de la guerre froide" .Pour Le Temps en Suisse, "cette visite intervient vingt mois seulement après le début du processus de réformes engagé par le président Thein Sein, un ancien général nommé à la tête d'un gouvernement civil en mars 2011, dans la foulée d'élections en novembre 2010. Les sanctions économiques et politiques américaines ont commencé à n'être levées que ces derniers mois." "Mais qu'est-ce qui provoque ce remarquable enthousiasme de l'administration Obama ?" s'interroge The Washington Post . C'est, explique le journal, avec le Cambodge où il s'est rendu également hier - encore une première pour un Président américain - deux pays qui font partie de cette stratégie du pivotement. "Les pays sud-asiatiques ne sont pas ravis de l'influence croissante de la Chine. Ils ont besoin d'un soutien et donc de s'unir avec le géant américain. Peut-être que l'administration estime que c'est le bon moment d'affirmer son leadership dans cette région alors que les gestes diplomatiques de la Chine restent maladroits et peu convaincants." The Washington Post nuance :"Mais il y a un autre message qu'exprime cette détente rapide. Les "Etats-voyous" qui s'ouvrent un peu pourraient être en mesure de s'attendre à une gratification américaine, et vite. Cela peut être très tentant vu de Caracas, Riyad ou Téhéran." Un autre article du Washington Post met l'accent sur la Corée du Nord évoqué dans le discours d'Obama à Rangoon."Je veux envoyer un message à travers l'Asie, a déclaré le président américain, nous n'avons pas besoin d'être défini par les prisons du passé. Il nous faut regarder vers l'avenir. A la Corée du Nord, j'ai offert un choix : abandonnez votre programme nucléaire et choisissez le chemin de la paix et du progrès. Si vous le faites, vous trouverez la main tendue des Etats-Unis d'Amérique." "Le message est clair" estime le journaliste et d'écrire en ces termes : "Hey Corée du Nord, regarde la Birmanie sortir de son isolement international en faisant croître les investissements étrangers, en cessant les menaces militaires à l'égard des voisins, et peut-être en améliorant la stabilité politique. Cela peut être toi - This could be you." "Mais c'est différent" , ironise The Washington Post . "La Birmanie était sous la pression des sanctions internationales et devenait de plus en plus dépendante de la Chine d'une façon qui semblait mécontenter le régime, alors que la Corée du Nord semble obtenir ce qu'elle veut de la Chine sans lui donner grand chose en retour et son système politique pourrait rester stable et inchangé pendant des décennies, estime un récent rapport de l'International Crisis Group. Pour ces raisons, il est difficile d'imaginer la Corée du Nord suivre la même voie que la Birmanie. Mais le plus fort dans cette offre d'Obama n'est pas qu'elle pourrait fonctionner mais bien que personne ne semble avoir de meilleures idées."

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