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Revue de presse internationale de Ludovic Piedtenu

5 min

"En plein débat sur l'austérité, la zone Euro est entrée en récession au 3ème trimestre pour la deuxième fois en trois ans" titre Le Soir en Belgique.Une récession, rappelle le quotidien belge, c'est quand le PIB se contracte pendant deux trimestres consécutifs.C'était le cas après la crise financière de 2008, c'est donc à nouveau le cas aujourd'hui.-0.1% au troisième trimestre après un précédent repli de 0,2% "malgré la résistance de l'Allemagne et de la France qui ont vu leur activité progresser de 0,2%" rapporte Le Soir ."La France évite la récession de peu, avec la peau des dents" écrivent les britanniques du Daily Telegraph ."Mais cela ne va pas durer bien longtemps, poursuivent-ils, après une tempête de données sinistres ces dernières semaines et un choc d'austérité de 2% du PIB pour l'année prochaine." "L'Allemagne comme la France sont en grave danger, leurs coeurs, leurs âmes seront bientôt engloutis et leurs économies risquent de se contracter au 4ème et dernier trimestre" analyse (un rien pessimiste) Howard Archer de l'IHS Global Insight interrogé par le Daily Telegraph ."La faute à la médecine des années 30" , estime pour conclure le journal qui critique "les plans de rigueur pro-cyclique" et exige "un changement de cap" .Dans La Libre Belgique , "ces chiffres confirment que l'économie de la zone euro a un besoin criant de relance macro-économique. Les responsables politiques semblant peu enclins à envisager une approche coordonnée pour revenir sur l'austérité budgétaire, la relance monétaire et une monnaie plus faible pourraient être nécessaires pour remettre la zone euro sur la voie d'une croissance durable" analyse Martin Van Vliet, de la banque ING.Pire pour The Economist , l'hebdomadaire britannique - finalement presque à contre-courant - qui désigne à sa une la France comme "la bombe à retardement au coeur de l'Europe" .Voyons ce que dit ce dossier avec comme illustration quelques baguettes de pain cerclées du bleu blanc rouge français d'où dépasse une mèche, l'illusion des batons de dynamite est parfaite.The Economist égrène toutes les mauvaises statistiques françaises pour mieux mettre la pression sur François Hollande que l'hebdomadaire félicite pour "sa récente prise de conscience sur le manque de compétitivité" y compris, phrase tirée de sa conférence de presse de mardi soir, "quand il parle "de la taille excessive de l'Etat", promettant de "faire mieux, en dépensant moins" .Mais, il "semble encore hésitant" estime le journal britannique."Pourquoi les entreprises devraient-elles le croire alors qu'il a déjà mis en place toute une série de mesures gauchistes, comme la tranche d'imposition à 75%, l'augmentation des taxes sur les entreprises, les plus-values et les dividendes, un salaire minimum plus élevé et une restauration partielle de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans" ."Pas étonnant, poursuit l'hebdomadaire, que tant de futurs entrepreneurs parlent de quitter le pays." The Economist reproche à la France et à François Hollande un manque de conscience, une impréparation.Le contraire des autres "gouvernements européens qui ont, je le cite, entrepris de grandes réformes parce qu'ils ont eu un sens profond de la crise, parce que les électeurs voyaient bien qu'il n'y avait pas d'autre alternative. Rien de tout cela ne peut définir la France ou François Hollande. Pendant la campagne électorale, il a à peine mentionné la nécessité d'une réforme favorable aux entreprises, se concentrant davantage sur la fin de l'austérité. Son Parti Socialiste reste archaïque et hostile au capitalisme" . Bref, The Economist n'y va par quatre chemins et il pense même avoir raison."En juin 2011, écrivent-ils, nous avions consacré notre dernier dossier spécial sur un pays européen à l'Italie. Cette Italie qui avait bien du mal à se réformer sous Silvio Berlusconi. A la fin de l'année, il était écarté et le changement a pu commencé. Jusque là, avec la France, les investisseurs ont été indulgents. Les taux d'intérêts à long terme ont un peu baissé. Mais tôt ou tard, cela changera. Vous ne pouvez pas défier l'économie plus longtemps." "Trop d'étatisme" titre d'un autre article dans ce dossier.Le journaliste s'est promené dans la Galerie des Glaces du Château de Versailles, "impeccablement restaurée" ."Pourtant, si vous suivez les hordes de touristes et surtout des chinois, vous remarquez que les reflets dans les miroirs anciens sont légèrement déformés. Créateur de Versailles, Louis XIV, célèbre pour la formule "L'Etat, c'est moi" a laissé un certain type d'étatisme qui survit à ce jour et qui déforme l'image même de la France moderne. Pour beaucoup, la France représente un rêve, englobant les idéaux révolutionnaires de liberté, d'égalité et de fraternité, la promotion de la culture, la littérature et le débat intellectuel, bref la notion même de civilisation. C'est une des raisons de la réticence, de la résistance de la France et des Français face au changement. Pourquoi voudriez-vous, conclut le journaliste, prendre le couteau du réformateur dans un pays qui représente l'apogée de la civilisation ?" Toujours à Londres, le Financial Times ce matin donne la parole à la défense. Pierre Moscovici, le ministre français de l'économie et des finances parle de "French Bashing" , de dénigrement de la France et de rejeter en une phrase : "c'est absurde et sans fondement" ."Regardez les décisions que nous avons prises. Elles sont considérables. C'est ce que j'appelle une révolution copernicienne, non pour dire que nous avons découvert que la terre tourne autour du soleil, mais tout simplement parce que ces choix n'étaient pas évidents pour un gouvernement français et surtout un gouvernement de centre-gauche."

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