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Revue de presse internationale de Marine de La Moissonnière : le mariage homosexuel reporté en Uruguay

5 min

Pas de cadeaux de Noël pour les homosexuels en Uruguay. L'examen de la loi autorisant le mariage pour tous est reporté au mois d'avril. Décision du Sénat, hier, que rapporte le journal uruguayen El Observador. Une loi déjà approuvée il y a 15 jours, par les députés, à une très large majorité. Mais une loi qui "génère des désaccords et des divisions au sein des partis politiques ", souligne le principal quotidien argentin, La Nación. Des partis qui n'apprécient pas que l'on leur mette la pression. Le Sénat s'est en effet réuni en session extraordinaire hier, et le texte de loi - qui va modifier le Code civil - n'a pas été revu par les commissions spécialisées, comme c'est le cas habituellement. L'opposition de droite dénonce l'autoritarisme et la précipitation imposée par la coalition de gauche au pouvoir, commente La Nación. Les Sénateurs ont donc accepté de leur donner plus de temps pour "analyser en profondeur le proje t", explique El Observador. "Un argument falacieux " pour Federico Graña, porte-parole de l'association Ovejas negras ("Moutons noirs") qui, dès l'annonce du report, a organisé une manifestation dans les rues de Montevideo aux cris d'égalité, raconte El Observador. La déception était forte, souligne le quotidien argentin Página 12. Sur une énorme pancarte de couleur, installée sur la porte des bâtiments de l'Etat civil, on pouvait lire : "Nous sommes tous égaux devant la loi. En Uruguay, on continue de violer la Constitution. " Toujours dans les colonnes d'El Observador, Federico Graña s'insurge contre les membres de l'opposition. Ils ont beau de jeu de demander plus de temps pour étudier le projet alors même qu'ils n'ont jamais participé aux débats organisés. Et d'ajouter : "Ils ont peur de débattre car ils ont peur de dire ce qu'ils pensent vraiment, à savoir qu'ils ne veulent pas que nous ayons des droits ." Le leader associatif pointe aussi du doigt la gauche qui "a eu peur ", selon lui.Voilà en tout cas qui va réjouir l'évêque Fuentes de la Conférence épiscopale uruguayenne. Dans une lettre ouverte - dont se fait l'écho le quotidien uruguayen El País - il incitait les Sénateurs à suivre les conseils prodigués par Benoît XVI dans son message de Noël. Le Pape recommandait d'aller lire un texte du Grand rabbin de France, Gilles Bernheim, sur le mariage homosexuel. Mariage qui conduirait à la destruction cette institution, selon Monseigneur Fuentes qui rapporte la conversation qu'il a eue avec l'un de ses amis récemment. Un ami qu'il a marié il y a 15 ans, et qui l'a appelé pour lui dire : "Nous sommes plusieurs à vouloir divorcer [si la loi est approuvée]. Après tout, nous avons parfaitement le droit de ne plus vouloir être uni par les liens de ce mariage fantoche qu'on veut nous imposer. " Au-delà des arguments classiques des catholiques, reste que le mariage pour tous - et plus généralement l'homosexualité - ce sont des sujets sensibles en Amérique latine, région encore très machiste. Le seul pays où le mariage homosexuel est légal, c'est l'Argentine. Cela date de 2010. Mais les homosexuels y sont encore victimes de violences, notamment de la part des policiers, particulièrement dans l'intérieur du pays où une vieille loi interdit toujours de porter des vêtements contraires à son sexe, sauf les jours de carnaval. L'Argentine où l'on peut pourtant choisir son sexe sur ses papiers d'identité, même si on ne s'est pas fait opérer. Ou quand la loi va plus vite que la société... C'est la même chose chez son petit voisin. "Eliriez-vous un président gay à la tête de l'Uruguay ? " Cette question, c'est Gabriel Pereyra qui la pose dans El Observador. Le journaliste souligne que la société uruguayenne reste très conservatrice dans le fond. La preuve : aucun homme politique - hormis un cas isolé - aucun footballeur, aucun journaliste, et plus généralement aucune personnalité publique n'a jamais révélé son homosexualité. En partie parce que cela relève de la vie privée, estime Gabriel Pereyra, mais "surtout parce qu'être gay, c'est encore aujourd'hui, pour beaucoup de personnes, une insulte ". Le journaliste évoque un "conservatisme plus que latent et qui est plus fort que les paroles, et même parfois que les actes, alors que semble fleurir dans le pays un printemps libéral autour de sujets comme les drogues, l'insémination artificielle, ou l'avortement ". L'avortement qui est légal depuis octobre dernier. Le cannabis que le président Pepe Mujica, nouvelle icône sud-américaine qui a fait la Une de Courrier international, il y a à peine un mois, veut légaliser. L'Etat deviendrait même producteur.

Mais là encore, en plein printemps, il y a parfois des chutes soudaines de températures qui nous font dire que l'hiver n'est pas totalement terminé. Sur la légalisation du cannabis comme sur le mariage homosexuel, Pepe Mujica a dû faire marche arrière. Le Président a jugé que la population n'était pas encore "mûre ", expliquait le quotidien espagnol El País, la semaine dernière. Selon une enquête récente, 64% des Uruguayens sont contre. "Je ne vais pas faire passer une loi parce que j'ai la majorité au Parlement ", s'est justifié Pepe Mujica. "Il faut avoir la majorité dans la rue (...) Mais on va y arriver en douceur. " A l'uruguayenne.

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