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Revue de presse internationale de Marine de La Moissonnière : les portes de sortie de Bachar el-Assad

5 min

"Que Bachar el-Assad choisisse de partir ou de rester, le chemin ne sera pas facile. " C'est le New York Times qui l'écrit ce matin. "Le président syrien est assis dans son palais en haut de la montagne alors que les vagues de la guerre viennent lécher les falaises alentours (...) Son pays s'enfonce dans le chaos ", peut-on lire dans les colonnes du journal. La mission de l'envoyé spécial des Nations unies, Lakdar Brahimi, sur place hier, n'a encore rien donné, explique le Washington Post qui, lui aussi, souligne que l'escalade de la violence dans cette guerre civile s'est accélérée. Bachar el-Assad sait pourtant qu'il doit partir. Affirmation d'un diplomate en poste à Damas cité par le New York Times. Il cherche juste comment le faire, même si la date n'a pas encore été définie. Plus important, estime toujours ce diplomate, des gens puissants au sein des élites de la capitale syrienne pensent aussi qu'il faut trouver une porte de sortie Alors le New York Times étudie toutes ces portes de sortie. "Du haut de sa montage, plusieurs possibilités s'offrent à Bachar el-Assad ", détaille le journal. Tout d'abord, à l'est : l'aéroport. La porte vers l'exil. Un chemin qu'auraient déjà emprunté la mère de Bachar el-Assad et sa femme. Mais un chemin bloqué par les rebelles. Et surtout par une croyance. Une croyance partagée par le leader syrien et par ses partisans. Fuir, ce serait trahir : trahir son pays, trahir l'héritage de son père. Autre possibilité : "rester à Damas, défendre jusqu'au bout - voire jusqu'à la mort - les ambitions de son père d'imposer une Syrie laïque et se comporter comme un leader pan-arabique au niveau régional et global ". "Bachar el-Assad pense qu'il défend son pays, sa population, son régime et lui-même contre les islamistes extrêmistes et contre l'ingérence de l'occident. " C'est Joseph Abu Fadel, analyste politique libanais, proche de Bachar el-Assad, qui le dit au New York Times. Ses conseillers les plus proches sont des têtes brûlées qui l'encouragent à être plus fort, à continuer à se battre. D'où l'escalade de la violence. Dimanche, une centaine de civils a été tuée près d'une boulangerie. Un "carnage " pour le Khaleej Times qui parle de crimes contre l'humanité qui témoignent de la nervosité du régime. Le Christian Science Monitor relève que les attaques contre les civils, comme celle perpétrée dimanche, se multiplient. Une tactique "particulièrement odieuse et lâche ", contraire aux conventions de Genève, rappelle le journal. Autre signe de l'escalade de la violence. Hier, les troupes syriennes auraient utilisé un gaz jusqu'ici inconnu. Accusation de l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Une information de l'agence France Presse reprise par L'Orient le Jour. Des militants parlent d'un "gaz qui se dégage sous forme de fumée blanche dès que les grenades heurtent un mur (...) et qui provoque des vertiges, de graves maux de tête ainsi que chez certains des crises d’épilepsie ". Mais qui ne serait pas une arme chimique. Selon des experts, la Syrie dispose de stocks d’armes chimiques qui datent des années 1970 et qui sont les plus importants du Moyen-Orient. La communauté internationale ne cesse de mettre en garde Damas contre le recours à ces armes. Même la Russie s'est joint au concert de voix qui se sont élevées contre l'usage de telles munitions. Ce serait un "suicide politique ", a estimé hier le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, dans un entretien diffusé par la chaîne Russia Today. Mais revenons aux portes de sortie qui s'offre à Bachar el-Assad, selon le New York Times. Il en reste une que je n'ai pas encore évoquée : le nord, la côte montagneuse aux mains des Alaouites, la minorité religieuse dont est issu Bachar el-Assad. Le président abandonnerait alors le reste du pays aux sunnites. Mais ce serait, écrit le New York Times, une "dramatique déchéance ". Un "retour à la stature de son grand-père, leader tribal d'une minorité marginalisée dont la principale préoccupation était tout simplement sa survie ". Alors partir, rester, vivre ou mourir ? Les rebelles ou les généraux de Bachar el-Assad vont-ils vraiment lui laisser le choix ? Reste la question de savoir ce qui se passera après son départ qui ne semble faire aucun doute. L'opposition le sait bien : la transition sera compliquée, explique le Washington Post. Organiser la suite, c'est devenu une "course contre-la-montre que beaucoup de partisans d'une Syrie plurielle et démocratique ont peur de perdre (...) A Washington, à Istanbul et ailleurs, des activitistes et leurs soutiens mettent sur pied l'ébauche d'une gouvernement de transition, en attendant de pouvoir mettre en place quelque chose de plus permanent. "Mais tous savent que l'ère post-Bachar sera marqué par le conflit et le chaos dans le meilleur des cas, rapporte le Washington Post. Et dans le pire des cas ? Ce sera un "bain de sang sectaire et une possible victoire des extrêmistes qui se battent en ce moment aux côtés des rebelles " sur le terrain. Le problème, explique Tom Malinowski, directeur de Human Right Watch à Washington, de retour de Syrie, c'est que "même les personnes qui croient en la laïcité, qui savent que les djihadistes représentent une menace pour eux, disent que ce sont les seuls à les aider. " Et d'ajouter : "Il ne reste plus beaucoup de temps pour prouver aux Syriens que les Etats-Unis étaient à leurs côtés quand ils en avaient besoin. " Le conseil vaut aussi pour l'Europe.

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