LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Revue de presse internationale de Marine de La Moissonnière

4 min

65 000 euros, voilà ce que Pablo Escobar dépensait chaque mois en élastiques ! Des élastiques qui lui permettaient d'organiser les liasses de billets que lui rapportait le trafic de cocaïne. Pablo Escobar est mort il y a presque 20 ans, et si on reparle de lui ajourd'hui, c'est parce qu'une telenovela qui raconte sa vie, bat tous les records d'audiences en Colombie. Depuis la semaine dernière, "El patron del mal " - le patron du mal - rassemble tous les soirs devant leur petit écran, des milliers de Colombiens. 70% de parts d'audience pour le premier épisode, lundi dernier. Jamais une série télé n'aura connu un tel démarrage dans ce pays. Mais si cette telenovela remporte un tel succès, elle suscite aussi de nombreuses critiques. "Serait-elle une apologie du crime ? ", s'interroge El tiempo. "Les méchants sont vendeurs et séduisants ", répond l'hebdomadaire Semana, qui consacre sa Une à la série et qui examine longuement les arguments des deux camps. D'un côté, il y a donc ceux qui disent que le crime est présenté comme une option attractive, et même glamour. Ceux qui s'inquiètent du talent d'Andrès Parra, l'acteur qui incarne Pablo Escobar, et dont le charisme pourrait surpasser les "gentils" de la série.Il y a également ceux qui pensent que la Colombie n'a pas besoin qu'on remue ce passé douloureux. Escobar est responsable directement ou indirectement de la mort de 5000 personnes, précise Semana.Et puis de l'autre côté, il y a ceux qui estiment que la terreur engendrée par Escobar est montrée de façon très réaliste dans la série. Série qui repose sur une enquête journalistique poussée, celle menée par l'ancien maire de Medellin, Alonso Salazar. Série qui a également reçu le soutien de victimes. Les deux créateurs de la telenovela ont d'ailleurs eux-mêmes perdu des membres de leurs familles. Et pour eux, il est important de raconter les années Escobar parce que : "Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamnée à la répéter ". Cette phrase, on la doit au philosophe américain George Santayana. Et elle figure au début de chaque épisode de "El patron del mal ". Comme le souligne Semana, "la moitié des Colombiens ont moins de 30 ans, et pour eux, plus qu'une telenovela, c'est un cours d'histoire ".L'autre intérêt de la série, selon l'hebdomadaire colombien, c'est qu'il permet de faire une comparaison entre la Colombie des années 80 et la Colombie d'aujourd'hui. Et si beaucoup de choses ont changé, globalement les mêmes maux, les mêmes fléaux sévissent toujours. Mais leur intensité est moindre, estime le journal colombien. L'argent facile, la corruption, un Etat certes plus présent mais toujours faible... et bien sûr le trafic de drogue. Alors il n'y a plus de grands cartels tout puissants, mais plein de petits chefs. Il y a aussi la montée en puissance de nouveaux pays, comme le Mexique ou l'Argentine qui depuis une dizaine d'années, est devenue un pays de transformation de la drogue, et plus seulement un pays de passage vers l'Europe.L'Argentine qui est également devenue "un sanctuaire du trafic de drogue ", écrivait hier le quotidien La Nacion. C'est en effet ce pays que choisissent les cartels de la drogue colombiens "pour faire des affaires immobilières, blanchir leur argent et au passage, mettre en sûreté leurs familles ", détaille le quotidien argentin, qui se fait l'écho d'une enquête menée par le journal colombien El Tiempo. Au cours de ces derniers mois, une trentaine de narcotrafiquants ont été arrêtés dans le pays. Les deux secteurs d'activité privilégiés pour injecter l'argent de la drogue, ce sont les chevaux de polo et la viande. En Argentine, comme dans beaucoup de pays d'Amérique du sud, la trafic de drogue va de pair avec le trafic des personnes. En 1927, Albert Londres, dans "Le chemin de Buenos Aires ", retraçait le parcours de jeunes Européennes qui venaient, plus ou moins contre leur gré, se prosituter en Argentine. Aujourd'hui, le chemin serait inverse. Beaucoup de filles enlevées en Argentine par des réseaux de prostitution se retrouvent en Europe. C'est peut-être ce qui est arrivée à Marita Véron. Dix ans après la disparition de cette jeune fille, le procès de ses ravisseurs a enfin lieu en Argentine. Un procès qui n'aurait jamais eu lieu sans sa mère, Susana Trimarco, qui a cherché sa fille pendant des années, allant jusqu'à se faire passer pour une prostituée afin d'infiltrer les bordels et autres lieux de débauche clandestin.Mais revenons à la drogue et à l'Argentine, nouveau paradis des narcotrafiquants. Coïncidence ou fait exprès, l'Argentine, c'est aussi le pays qui a accueilli la famille de Pablo Escobar après sa mort. Son fils a changé de nom depuis. Il s'appelle Sebastian Marroquin et en 2007, lui aussi a raconté l'histoire de son père au travers d'un documentaire. Il a d'ailleurs rencontré les fils de deux des hommes assassinés par Escobar, dont le fils de l'homme politique Luis Carlos Galan.Sebastian Marroquin aurait aussi pu aller voir Juana Uribe, l'une des créatrices de la telenovela "El patron del mal ". Luis Carlos Galan était en effet son oncle. Alors la rédemption par l'image ? Ou en tout cas, l'apaisement...

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......