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Revue de presse internationale de Marine de La Moissonnière

4 min

Un arbre avec à son pied, des bougies et des bouquets de fleur. Et sur son tronc, des feuilles de papier. De simples feuilles blanches format A4 recouvertes de mots. Des mots de condoléances mais aussi de colère. Un arbre transformé en autel. Cette photo est dans la pluplart des quotidiens grecs ce matin car cet arbre, c'est là que Dimitris Christoulas s'est suicidé hier matin, un peu avant 9 heures.Dévoré par les dettes, et parce qu'il ne voulait pas faire les poubelles pour se nourrir, ce retraité de 77 ans s'est tiré une balle dans la tête en pleine rue, place Sintagma, en face du Parlement, à Athènes, lieu des toutes les manifestations contre les plans d'austérité. Dans la poche de cet homme, une lettre pour expliquer son geste dont il rend responsable le gouvernement qui anéantit tout espoir de survie, a-t-il écrit. L'homme qui souffrait apparemment d'un cancer du pancréas, laisse derrière lui une famille. Le quotidien grec E Katimerini rapporte ce qui serait ses derniers mots : "J'ai des dettes. Je n'en peux plus. Je ne veux pas laisser mes dettes à mes enfants".Le journal rappelle que ce suicide est loin d'être le premier. On en est à 149 depuis le début de l'année. C'est aussi ce sur quoi a insisté Antonis Samaras, le leader du parti conservateur. "Nous avons un taux record de suicides... Il faut faire sortir les Grecs du désespoir", a-t-il déclaré, suivi par le reste de la classe politique qui a bien entendu réagi à ce drame alors que la Grèce s'apprête à voter. Des élections législatives anticipées doivent avoir lieu début mai. Evangélos Vénizélos, chef des socialistes du Pasok, parti majoritaire dans le gouvernement de coalition, s'est contenté de dire que "les commentaires politiques n'avaient pas leur place après cet incident choquant".De ce suicide, on en parle également dans les autres pays touchés par la crise. Et notamment en Espagne où les journaux insistent sur le lien entre la mort de cet homme et sa situation économique. Et puis aussi sur la réaction des Grecs. "Ce suicide public a déclenché une vague de colère, de douleur et de prise de conscience", peut-on lire dans El Pais. "Cette fin, c'est celle que choisissent de plus en plus de citoyens dans une Grèce asphyxiée par les coupes budgétaires." El Pais trouve dans ce drame un seul point positif. Ce suicide a donné un second souffle au mouvement des "aganak-tismeni", les Indignés grecs, qui s'étaient calmés depuis l'été dernier. Un rassemblement a eu lieu hier. 2 000 personnes ont défilé avec pour mot d'ordre : "Ne nous habituons pas à la mort". En Argentine aussi, le suicide de ce retraité trouve sa place au milieu du reste des informations, ce matin. L'Argentine qui, elle, a traversé la pire crise de son histoire il y a 10 ans et qui aujourd'hui va mieux à tel point qu'on la cite souvent - trop souvent peut-être - comme un exemple pour la Grèce. En Argentine donc, les médias relatent cette tragédie. L'agence de presse Télam souligne que "Un Grec sur 5 est au chômage". En Argentine, au plus fort de la débâcle, c'était un sur 4. Télam évoque "le sentiment d'humiliation nationale qui accompagne les réductions de salaires et de retraites" et donne un autre chiffre saisissant. Au cours des deux dernières années, le nombre de suicides en Grèce a augmenté de 40%. La Grèce reste encore loin des taux des pays du nord de l'Europe. Mais les suicides se multiplient avec la crise. Seulement, souligne El Pais, on n'en parle dans le pays car cela reste un tabou. L'Eglise orthodoxe continue de refuser d'enterrer les gens qui ont choisi de mourir. "Jour après jour", écrit le quotidien espagnol, "les journaux se font l'écho brièvement, presqu'en passant de la ruine de dizaines de petits chefs d'entreprises qui par hasard, tombent du balcon ou meurent dans un accident malheureux. Terme qui recouvre un large éventail de possibilités qui va de l'orverdose aux veines coupées. Et jamais la piste du suicide n'est évoquée". Et de conclure : "Cette mort en direct pourrait briser la censure". Là encore, le parallèle avec l'Argentine est vrai. Pendant la crise, le taux de suicide avait également augmenté dans le pays. Mais la différence, c'est ce que personne n'en faisait un mystère. La province de Catamarca dans le nord-ouest, avait même, déclaré l'état d'urgence social en octobre 2002. En une semaine, 4 jeunes âgés de 14 à 22 ans s'étaient donné la mort.On arrête là pour les points communs. Contrairement aux journaux européens, La Nacion ne compare pas l'Argentine et la Grèce. Non, c'est entre la Grèce et l'Espagne que le grand quotidien argentin faisait un parallèle ce week-end. Les grandes manifestations de la semaine dernière, la colère du peuple, les comptes dans le rouge, la Bourse en chute libre, le risque pays qui explose... Tous les élements d'un scénario à la grecque sont réunis, selon le quotidien qui estime que le pays devra demander l'aide de l'Union européenne et du FMI. Et de conclure, implacable : "l'Espagne est la nouvelle Grèce".

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