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Revue de presse internationale de Stéphane Hiscock

5 min

"La liberté de la presse en question en Equateur" titrait ce mardi le New York Times, "Corréa massacre le droit des journalistes" renchérit "El Globo" au Brésil ce matin.Aujourd'hui une décision de la Cour Suprême equatorienne pourrait bien sonner le glas du journal El Universo.La publication est accusée d'avoir diffamé le président Rafael Correa, élu en 2007 à la tete d'une coalition de gauche. Les dirigeants du journal risquent trois ans de prison et 40 millions de dollars de dommages et interets.Autant dire que les juges pourrait contraindre El Universo à mettre la clef sous la porte après 90 ans d'existence car une telle amende serait synonyme de faillite pour le journal.Le New York Times rappelle les faits reprochés :Dans un éditorial publié 30 septembre 2010 le chroniqueur politique Emilio Palacio accusait le président Correa d'avoir ordonné à l'armée d'ouvrir le feu dans un hopital ou il s'etait retranché face à une manifestation hostile de policiers. Les affrontements entre soldats et policiers avaient fait 8 morts et 200 blessés. A l'époque Corréa s'était justifié en évoquant un possible coup d'Etat.L'éditorialiste d'El Universo, qui n'en était pas à sa première sortie contre Correa avait balayé cette thèse du coup d'Etat et comparé le président à un vulgaire dictateur."Un dictateur qui pourrait bien se retrouver devant une cour pénale pour crimes contre l'humanité" écrivait Emilio Palacio.Cet article, clairement partisan, a été dénoncé par d'autres journaux équatoriens comme El Telegrapho, par exemple. Pour son journaliste Gustavo Abad, Palacio a franchit ce jour là, la ligne jaune en manquant clairement d'objectivité et de rigueur journalistique.Mais de là à tenter de faire couler El Universo, il y a un pas qu'aucun journaliste ne veut voir franchit conclue Gustavo Abad."Les peines et le versement d'indemnité demandé par le président dépassent ce qui est humainement raisonnable" analyse la presse.Pour El Commercio, autre quotidien equatorien, "l'action en justice intentée par Rafael Correa est un cas emblématique qui met en évidence la fragilité de la liberté d'expression, qu'il n'a eu de cesse d'attaquer pendant ses 5 ans au pouvoir".Si la cour supreme rend un verdict favorable au président , "Le message lancé au Monde sera celui d'une tyrannie prétentieuse" analyse la Hora.Le "désamour" entre le président et les médias ne date pas d'hier. Une photo emblématique a fait le tour du net.

On y voit Rafael Corréa visiblement très enervé déchirer un journal. Le chef de l'Etat équatorien accuse régulierement les journalistes de faire parti d'un complot visant à renverser son gouvernement. Il y a les images mais également les paroles haineuses et souvent injurieuses du président prononcées à l'adresse des médias.Petite compilation de noms d'oiseaux: tendez l'oreille ça va très vite.... "Vautours crasseux, hommes des cavernes, comploteurs répugnants, hypocrites corrompus, grossiers, lâches", et j'en passe. voici les mots doux de Corréa a l'adresse de ses amis journalistes.Les médias équatoriens sont prévenus: prière de ne pas froisser les oreilles du pouvoir.

D'ailleurs la presse est soumise désormais à une loi très claire en prévision de l'election présidentielle qui aura lieu l'an prochain et à laquelle Corréa a bien l'intention de se présenter. Cette fameuse loi interdit désormais aux médias de promouvoir directement ou indirectement tout candidat, proposition ou préférence électorale par le biais d'articles, de bulletins spécial ou tout autre forme de message. Bref, les journalistes politiques n'ont plus qu'à se recycler ou se rebiffer ! Attention au retour de baton. Si la Cour Supreme doit rendre sa décision aujourd"hui concernant l'éditorialiste qui a osé employer le terme de dictateur pour décrire Corréa, deux autres journalistes ont également été condamnés cette semaine par la justice. Juan Carlos Calderon et Christian Zurita auteur d'un livre intitulé "Le Grand Frère" devront verser deux millions de dollars au président. Leur tort : avoir suggéré que l'homme d'affaire Fabricio Corréa, frere ainé du chef de l'Etat avait obtenu du gouvernement des contrats d'un montant de 160 millions de dollars grâce uniquement à son lien de parenté. Les journalistes, qui vont faire appel estiment que ce jugement est une "façon de punir le métier de journaliste". Ces affaires de médias baillonnés agitent les relations entre l'Equateur et Bruxelles. El Universo, le journal accusé d'avoir comparé Corréa à un dictateur publie aujourd'hui une interview de Catherine Ashton. La chef de la diplomatie européenne se dit inquiète pour la liberté d'expression en Equateur.En attendant la décision de la Cour suprême, El Universo a ouvert une page spéciale sur son site internet : on y retouve de nombreux témoignages de soutien. Et du soutien il en faudra pour sauver le journal s'il devait finalement être condamné pour diffamation et payer les 40 millions de dommages et intérêts au président Corréa.

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