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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

On les appelle « carperos » … littéralement ceux qui vivent sous la tente … Mais le plus souvent … on les qualifie au mieux de squatters ou d’agitateurs au pire de sauvages et de hors-la-loi ... On les qualifie aussi de délinquants et d’assassins … alors que ce sont eux qui se font tuer écrivait encore récemment BRECHA l’hebdomadaire de Montevideo ...

Pour preuve le 15 juin dernier au Paraguay … une intervention des forces de l'ordre visant à expulser des paysans sans terre ... qui s'étaient installés dans la propriété d'un homme d'affaires a coûté la vie à 17 personnes … Un véritable massacre … et un prétexte aussitôt saisi au vol par le Parlement contrôlé par la droite ... pour destituer c'était vendredi dernier le président Lugo ... premier chef d'Etat de gauche du pays accusé d’avoir mal rempli ses fonctions … Un véritable coup d'Etat selon le quotidien argentin PERFIL ... dans cet article publié ce matin sur le site du Courrier International ... Car même s'il est probable que la destitution du président ait été conforme à la procédure prévue par la Constitution ... en revanche poursuit l'article ... elle n’a pas respecté les principes fondamentaux d’une démocratie ... comprenez la présomption d’innocence et le droit de se défendre ... Il aura fallu en effet moins de deux heures aux parlementaires pour renverser le président ... Un record ...

Or il faut peut-être le rappeler ... c’est bien un président élu par le peuple qui vient d’être destitué ... Voilà pourquoi résume le journal ... ce qui s’est passé vendredi dernier au Paraguay est dit-il contraire aux principes fondamentaux qui régissent une société démocratique ... En clair ... on remet en cause la décision de ceux qui détiennent le pouvoir dans une démocratie ... Sans compter précise encore le journal de Buenos Aires que l’urgence de se débarrasser de Fernando Lugo n’a rien à voir en réalité avec les chefs d’accusation invoqués ...

Dans ce petit pays pauvre et enclavé ... où 80% des terres arables sont détenues par seulement 2% de grands propriétaires ... les députés majoritairement de droite goûtaient fort peu en effet le positionnement présidentiel auprès des plus déshérités écrit de son côté LE TEMPS en Suisse ... Dans ses discours Fernando Lugo donnait la priorité à la réforme agraire ... Alors la question n’est pas de savoir si c’est vraiment ce qu’il a fait ... ... non je fais seulement remarquer reprend son confrère de Buenos Aires ... que la proposition du chef de l'Etat a pu faire figure d’outrage ... dans un pays où un nombre très réduit de familles possèdent la quasi totalité des terres ... Et le journal de conclure ... voilà me semble-t-il une bonne raison de passer outre la volonté populaire en renversant le président qui dérangeait les riches ...

Alors bien sûr ... certains rétorqueront que cette crise politique couvait depuis longtemps ... Car le conflit agraire qui déchire aujourd'hui le Paraguay ne date pas d’hier ... Dès la fin du 19ème siècle déjà précise à nouveau l'hebdomadaire BRECHA ... les familles proches des hautes sphères du pouvoir n’ont cessé de s’approprier des territoires ... Un pillage qui s’est soldé par l’occupation illégale de millions d’hectares ... et qui persiste donc à l’heure actuelle puisque les héritiers des dignitaires du régime jouissent encore aujourd’hui d’immenses fortunes ... Ainsi les organisations de paysans soutiennent que près d’un tiers des 40 millions d’hectares du Paraguay sont actuellement occupés par des propriétaires fonciers qui n’ont aucun document prouvant que ces terrains leur appartiennent ... Or à chaque fois que le gouvernement de Fernando Lugo leur a demandé de présenter leurs titres de propriété ... et bien le puissant syndicat des producteurs ... mais aussi l’essentiel des partis politiques de droite lui ont opposé un front uni ...

Et puis ... Fernando Lugo ... ancien évêque qui avait abandonné sa charge ecclésiastique pour se convertir à la politique ne faisait pas partie qui plus est des cercles habituels ... Il n’était pas particulièrement proche du Parti conservateur ... mais n’était pas non plus soutenu à 100 % par le Parti libéral ... Ces quatre dernières années ... Lugo s’est d'ailleurs souvent trouvé dans l’impossibilité d’agir ... en raison de l’hostilité d’un parlement qui contrait régulièrement ses décisions ... et dans lequel il avait progressivement perdu tous ses alliés ... En somme le président ne convenait à aucun des groupes qui ont du pouvoir au Paraguay ... et voilà pourquoi conclue le quotidien de Buenos Aires PERFIL ... le pouvoir s’est tout simplement débarrassé de lui ...

Alors la destitution de Fernando Lugo a bien sûr provoqué un tollé dans un continent latino-américain encore majoritairement ancré à gauche ... Ses plus fidèles alliés comme l’Argentine ... Cuba ou le Venezuela ont crié au «coup d’Etat parlementaire» ... un « coup d’État » qui « reproduit des situations que nous croyions avoir totalement dépassées en Amérique du Sud » a notamment commenté la présidente de l'Argentine ... Les Etats-Unis eux en revanche n'ont pas décidé de considérer la destitution du premier président de gauche du Paraguay comme un "coup d'Etat parlementaire" ... Ils n'ont d'ailleurs pris aucune décision depuis vendredi ... au contraire de la grande majorité des pays sud-américains qui ont rappelé leurs ambassadeurs ... Il faut dire que l’éviction de Fernando Lugo vient à la suite d’une série de coups d’État et de tentatives de putsch ... tous organisés parfois presque ouvertement par les États-Unis ... Et au Paraguay cette fois-ci ... peut-être le refus opposé par Lugo à la construction d’une base américaine ... mais aussi les obstacles opposés à la multinationale Monsanto ont-ils là encore précipité la chute du Président des pauvres ... Une nouvelle manifestation possible donc de la pression continue exercée par Washington sur les régimes qui tentent de changer la donne en Amérique latine.

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