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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Le charnier d'Abou Salim ... Les horreurs du passé ... L'horreur de trop ... Tous ces titres barraient hier encore ... la page d'accueil de la plupart des sites de la presse internationale ... images à l'appui ... Et c'est encore le cas d'ailleurs ce matin à la une du portail JEUNE AFRIQUE avec un reste de mâchoire humaine ... C'est ce qui est écrit ... juste là ... sous la photo ... Et si la légende le dit alors ...

Dimanche dernier ... les autorités du CNT ont en effet annoncé avoir mis au jour les restes de quelque 1 700 corps de prisonniers ... exécutés en 1996 par le régime dans la prison d'Abou Salim ... Mouammar Kadhafi est-il allé trop loin dans l'abomination interroge alors l'hebdomadaire africain ?

Quoi qu'il en soit ... et en ce début de semaine donc ... l’actualité libyenne se résume ainsi à la découverte de charnier ... Et les ossements et les débris d’habits poussiéreux dont les images inondent aujourd’hui les médias du monde entier sont la preuve manifeste écrit le site d'information GUINEE CONAKRY ... la preuve manifeste d’un cynisme des anciens maîtres de la Libye ... Alors c'est vrai ... 1700 corps ce n’est pas là une découverte de nature à faciliter la défense de Kadhafi et de ses collaborateurs ... Et l'article d'ajouter ... On ne peut pas désirer le meilleur pour son pays et exécuter autant de ses compatriotes qui plus est de manière collective ... De telles découvertes si elles se poursuivent et sont confirmées risquent donc bien de donner raison à ceux qui ont jubilé à la chute du vieux colonel.

Et l'envoyé spécial de la BBC qui s'est rendu sur les lieux de raconter à son tour : fouillant un terrain en friche à côté des murs de la prison un homme retire un pantalon déchiré ... dans lequel il recherche un nom ... Un peu plus loin ... un autre nous montre un fragment de crâne apparemment humain ... Des membres des familles des victimes présumées se sont également rendus sur le site ... Sami qui a perdu deux de ses frères explique ainsi qu'on lui avait annoncé leur mort de cause naturelle il y a cinq ans ... Et il dit son émotion de se trouver à l'endroit où ses frères sont peut-être enterrés.

Alors jusqu'à récemment très peu d'informations étaient en réalité disponibles sur les circonstances de la mort des prisonniers d'Abou Salim précise toujours l'envoyé spécial de la BBC ... Quelques témoins ont affirmé que les détenus avaient été tués dans leur cellule par des grenades ou des coups de feu ... Au total 1270 prisonniers dont de nombreux opposants à Mouammar Kadhafi sont toujours aujourd'hui portés disparus ...

Et à en croire le défilé incessant donc hier des familles sur les lieux supposés du massacre de masse ... et bien on se dit que l’écho des disparus d’Abou Salim dans l’opinion est toujours vif renchérit son confrère du journal suisse LE TEMPS ... Et d'ailleurs ce massacre est même indirectement à l'origine de la révolte anti-gouvernementale puisque c’est à l’appel des familles de disparus de la prison d'Abou Salim que la révolution a commencé en février dernier ... Autant de raisons donc de convier dimanche les correspondants étrangers à juger «par eux-mêmes de la véracité des crimes commis par le régime ...

Seulement voilà ... derrière l’enceinte de la prison ... à l'endroit où selon le responsable de la commission des disparus les restes des corps ont été jetés ... et bien rien ... absolument ne laisse supposer la présence d’ossements ... Et pourtant ils étaient encore une trentaine hier à la mi-journée à gratter d’un bout de bois le sol sablonneux de ce terrain vague précise le correspondant du TEMPS ... En revanche ... aucune pelle mécanique à l'horizon pour excaver le sable ... pas d'officiel du CNT sur place ne serait-ce que justifier cette incroyable annonce qui a secoué l’opinion ... et pas non plus d’équipe médicale sur les lieux qui aurait pu certifier aux familles totalement perdues ... que ce fémur arraché du sable ne pouvait appartenir qu’à un mammifère de 500 kilos ... «Ce sont les preuves des crimes de masse commis par les soldats de Kadhafi ... et nous avons besoin des spécialistes de la médecine légale pour dater les corps» avait pourtant solennellement expliqué le médecin membre de la commission spécialement créée par le CNT pour rechercher les disparus d’Abou Salim ...

« On nous a dit à la radio que les gens du CNT avaient trouvé des restes humains ... On cherche la trace de nos fils ... Mais il n’y a que ici des os de bêtes et des boîtes de conserve ... Il n’y a même pas de gardes pour sécuriser le champ … On nous ment» se lamente une dame ... Un homme ... les paumes levées vers le ciel pleure devant les caméras ... A côté de lui ... un type dit en se masquant la bouche : «C’est un os de dromadaire.» ... Mais il est trop tard pour freiner l’emballement précise toujours ce matin l'envoyé spécial du TEMPS ... Une corde en chanvre qui devait servir à entraver une bête devient un lien derrière les mains ... Un autre soulève une mâchoire d’herbivore et la présente comme une preuve irréfutable des crimes commis ... Une petite dame baisse les yeux ... Elle a compris qu’elle ne retrouverait rien ici des restes de son fils enfermé depuis 1988 : «Il a été pris un matin chez nous par les soldats dit-elle ... Je suis venu jusqu’en 1998 lui apporter des vêtements .... Et puis j’ai reçu une lettre la même année me disant qu’il était mort ... et qu’ils l’avaient enterré ... Je suis revenue leur demander où ils l’avaient enterré .... Ils m’ont traité de chienne.» Hier elle s’en est allé raconte le journaliste ... Hier il ne restait sur place que des os de dromadaires ... et la peine de cette petite dame qui cherche son fils depuis treize ans.

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