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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Le verdict d’une agence de notation n’a bien évidemment pas la même valeur qu’un vote de défiance au Parlement … Et il serait donc injuste que le l'abaissement d'un cran hier de notre note suffise à lui seul à faire tomber notre gouvernement peut-on lire ce matin en une de LA REPUBBLICA… Sauf … sauf que ce désaveu infligé par les seigneurs de la notation ne souffre en réalité aucun malentendu précise aussitôt l’éditorialiste … En clair … notre pays dit-il n’a plus aujourd’hui de gouvernement à la hauteur de ses fonctions … Sa majorité politique est trop fragile … et ses manœuvres économiques largement insuffisantes … Et voilà pourquoi ce que l’on craignait depuis déjà plusieurs jours a fini par arriver … Seule petite surprise finalement le nom de l’agence … Tout le monde s’attendait à ce que la dégradation de notre dette souveraine vienne de Moddy’s et c’est Standard & Poor’s qui a fini par dégainer la première … Reste que le résultat est exactement le même … C’est le système Italie tout entier … tant dans la zone euro … que dans le reste du monde qui a été dégradé hier … Et même si les agences de notation n’ont sans doute pas la même science ni la même réputation que l’oracle de Delphes écrit le journaliste … dans notre cas ... nous l’avons tout de même bien mérité …

Alors pour quelle raison ? ... La veille déjà le quotidien italien de centre gauche avançait une explication : Nous payons la taxe Papi ... comprenez cette taxe que nous payons chaque jour supplémentaire que Papi Berlusconi passe à la présidence du Conseil ... Alors à combien s'élève cette taxe interroge l'éditorialiste ? ... Difficile à dire ... mais il ne fait aucun doute qu'elle existe ... et qu'elle est tout sauf insignifiante ... Pour preuve ... selon un économiste américain ... la seule annonce de la démission de Berlusconi permettrait aux obligations italiennes de reprendre entre 50 et 100 points par rapport à celles du Trésor allemand qui constitue aujourd'hui l'étalon de référence ... De la même manière ... précise toujours LA REPUBBLICA ... certaines études ont cherché à évaluer les conséquences des scandales sexuels de Berlusconi sur le rendement des obligations nationales ... Or ces études ... à la frontière entre l'économie et la psychologie démontrent effectivement que les personnes qui découvrent des faits peu reluisants concernant la vie privée des dirigeants politiques renoncent à acheter des obligations de ces pays ... Alors tant que Silvio Berlusconi sera au gouvernement ... et bien il restera qu'il le veuille ou non le premier représentant commercial de l'Italie ... Et il ne fait aucun doute que le marché nous fait payer donc aujourd'hui au prix fort sa faible crédibilité personnelle ... Mais ... là où la présence de Berlusconi coûte sans doute le plus cher renchérit l'éditorialiste italien ... c'est en termes de paralysie politique du pays ... Un gouvernement dirigé par un homme de plus en plus contesté par l'opinion publique n'est pas en mesure de lancer les réformes structurelles nécessaires ... et oblige du coup le pays à s'accrocher à la bombonne d'oxygène que lui tend la BCE ... Cette situation est pire dit-il que l'instabilité politique ... parce qu'un gouvernement aussi fragile et qui survit comme il peut donne aux investisseurs la certitude que d'ici la fin de la législature ... et bien absolument rien ne sera fait pour aider le pays à remonter la pente ... Et l'éditorialiste de LA REPUBBLICA de conclure : L'exécutif italien attend seulement à la fois des jours meilleurs et un sauvetage de l'Europe ... qui dans de telles conditions ne se produiront jamais ...

Son confrère du journal économique IL SOLE ne dit pas autre chose ... Les raisons de cette dégradation de la dette comportent un verdict sévère sur le déclin de la vie économique et politique du pays ... En toile de fond ... il y a une classe politique qui n'est pas en mesure de relever les défis de la mondialisation ... Cette dégradation est donc un pétard pour le maintien de notre gouvernement écrit encore le quotidien milanais ... Alors hier l'opposition a bien évidemment redoublé d'intensité dans sa demande de démission immédiate du chef du gouvernement ... La présidente du patronnât italien elle même n'a pas hésité à lâcher dans une allusion à peine voilée aux frasques sexuelles du Cavalière : nous sommes un pays sérieux ... on en a marre d'être la risée internationale et d'être reçus à l'étranger avec un sourire en coin ...

Et le journal suisse LE TEMPS de préciser justement ce matin : Il fallait voir la semaine dernière la tête des responsables européens contraints de recevoir Silvio Berlusconi à Strasbourg et à Bruxelles ... Aucun des interlocuteurs du président du Conseil italien n’avait le cœur à plaisanter avec ce boulet politique bien trop lourd à porter pour la Péninsule et pour le continent écrit le correspondant du journal à Bruxelles ... Au Parlement européen ... les eurodéputés conservateurs priés de l’accueillir et de lui faire la conversation s’efforçaient d’éviter les photos à ses côtés ... Leur honte était presque palpable ... Voilà pourquoi Silvio Berlusconi a raison de voir dans la dégradation de son pays un acte politique ... Il suffit d’écouter à Bruxelles économistes et responsables communautaires se plaindre de son gouvernement et se gausser des révélations sur son présumé harem de prostituées pour comprendre combien l’homme et son clan ont perdu toute crédibilité ... Enfin ultime preuve de ce malaise italien devenu une plaie pour l’Europe conclue le journal : les détracteurs habituels des agences de notation se sont cette fois-ci bien gardés de réagir ... Car en dégradant l’Italie ... Standard & Poor’s a d’abord dégradé un dirigeant auquel ses partenaires n’accordent eux-mêmes plus aucune confiance.

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