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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Dans le taxi qui m’amène à Roissy le chauffeur me dit : « C’est pas vrai ? ... C’est ça que vous allez faire à l’aéroport ? ... Quand j’étais jeune ... je voulais devenir journaliste ... Et ben sincèrement ... quand je vois ça aujourd’hui ... je vous le dis moi j'ai pas de regrets ! » ... Génial ... il pleut ... le jour n’est pas encore levé ... c’est dimanche ... et depuis vendredi écrit la correspondante du journal LE SOIR ... je me pose des questions sur le sens de ma présence ici ... Même si je pense avoir la réponse : aucun sens ... Sauf bien entendu l’emballement médiatique : une fois que la spirale est lancée vous êtes pris au piège ... Et si vous sortez de la spirale vous êtes au chômage ... Bref c'est donc le moral dans les chaussettes écrit la journaliste que j’arrive au terminal 2E ... où une bonne centaine de mes confrères fait le même constat que moi ... Bon allez on va se rassurer en disant qu’en bons journalistes ... on a voulu s’assurer qu'il est bien rentré en France ... Mais enfin ... si Saint-Antoine était le patron des journalistes ... ça se saurait non ? … Si on ne devait relater que ce qu’on voit ... non seulement on serait souvent au chômage technique et en plus vous ne seriez informés que de 20% des événements qui se passent sur la planète ...

Bref me voilà donc à Roissy ... avec à peu près autant de policiers que de journalistes ... Les photographes crient : « Monsieur Strauss-Kahn ! » ... Là ... il faut bien reconnaître qu'il y a une forme de respect parce qu'habituellement la plupart des personnes photographiées se font héler par leur prénom ... Mais bon ... on a beau avoir passé tout l’été avec la trombine de DSK à la télé ... c’est pas pour autant qu’on lui crie « Dominique ! » ...

Devant mes yeux poursuit la journaliste se joue une scène que j’ai vue cent fois dit-elle ... en boucle à la télévision depuis quatre mois : la chevelure blanche de ce type à la large carrure ... entouré de flics et d’une nuée d’objectifs ... Le fait est désormais bien réel mais je l’ai vu si souvent en images que je n’y crois plus ... Alors c'est peut-être ça finalement ... Je sais pourquoi j’ai été envoyée à l’aube pour voir débarquer ce type de l’avion ... Je me devais d’y aller ... La spirale qui m’a conduite ici m’a abreuvée d’images et d’illusion depuis le mois de mai et l’arrestation : alors voilà conclue l'envoyée spéciale du SOIR ... Je me devais de briser cette illusion ... et de la remplacer par la réalité.

Hier ... l'attention toute dominicale portée par la presse au retour de DSK écrit le correspondant du NEW YORK TIMES était finalement assez comparable à celle de l'arrivée d'un saint homme ... même si c'est vrai nous avons échappé au fameux baiser sur le tarmac ... Affichant un sourire inébranlable ... Dominique Strauss Khan et sa femme visiblement heureux renchérit son confrère britannique THE INDEPENDENT ont donc salué la foule ... comprenez les journalistes cameramen et autres photographes ... Le site du GUARDIAN nous gratifie d'ailleurs ce matin d'une superbe photo prise à l'aéroport ... Alors on imagine que le photographe a du rester là posté devant la porte des arrivées de longues ... de très longues heures pour pouvoir ainsi surprendre le couple à peine débarqué ... Avec son épouse à ses côtés ... Dominique galant homme pousse lui même le charriot sur lequel sont entassés leurs bagages ... trois valises et toute une vie en équilibre ... Bien sûr ils n'ont pas tout à fait le bronzage qui convient généralement aux vacanciers ... En revanche ... on reconnait aisément sur leurs visages ce sourire caractéristique des biens heureux qui dès l'ouverture des portes se savent attendus par leurs proches et dont ils apprécient l'effort d'avoir pris l'autoroute pour venir les accueillir jusqu'ici ... Moins habituel c'est vrai en pareille circonstance ... on y voit aussi des policiers ... de très nombreux policiers même escorter les deux tourtereaux ...

Alors l'image d'après nous ne l'avons pas ... celle des embouteillages pour atteindre la majestueuse place des Vosges ... ses car régies et les escabeaux de photographes empruntés au festival de Cannes devant la porte cochère de l'immeuble de la famille DSK ... Alors ce matin rentrée oblige ... ce sera probablement à nouveau le temps des embouteillages ... Il y a d'ailleurs quelque chose de rassurant dans le retour des embouteillages du matin ... vous ne trouvez pas interroge l'écrivain Alain Berenboom dans les colonnes du SOIR : l'impression que la vie continue comme avant ... paisible et immobile ... Bref ... que la crise n'existe pas ... Alors on grogne c'est vrai quand la circulation est à l'arrêt ... mais si l'on se retrouvait seul devant un grand boulevard entièrement dégagé quelle panique à bord ! ... Dans la file qui avance au pas on s'accroche à son volant en se disant ... ouf ! On n'est ni à Tripoli ... ni à Damas ou à Athènes ... ni à Fukushima ... Pas même à Londres qui s'enflamme ni dans l'Espagne qui se fissure ... Non ... Tout juste au milieu d'un gigantesque embouteillage ... Quelle chance on a conclue-t-il ... Dormez ou plutôt roulez braves gens ... Tout va bien ...

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