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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel 28/04/11

5 min

Par Thomas CLUZEL

« Renforcer le métier d’infirmière en Syrie ». C’était le titre d’un article paru en mars 2009 sur un site lasyrie.net créé à l’initiative du Groupe d’Amitié franco-syrien du Sénat. Et quand on voit la brutalité aujourd'hui de la répression déclenchée par le régime contre ses opposants, et bien on ne peut qu’espérer que ce projet ait pu se réaliser écrit cynique ce matin Jean Paul Marthoz chroniqueur au journal LE SOIR.

Car de toute évidence, le régime massacre désormais à huis clos titre pour sa part le journal LE TEMPS. Pas de témoins extérieurs. Les journalistes ne passent plus de Beyrouth à Damas. Ceux qui étaient en Syrie sont coffrés les uns après les autres. Quant à Al-Jazzera et Al-Arabiya, les deux chaînes d'information elles ont mis semble-t-il une sourdine à leur enthousiasme insurgé. La presse d’Occident elle-même est moins mobilisée, et pas seulement parce que ses envoyés spéciaux ne sont plus tolérés. Elle est aussi gagnée par une sorte de fatigue révolutionnaire, comme si elle comprenait bien que la difficile intervention en Libye serait la dernière du genre. En clair poursuit Alain Campiotti, tandis qu'à Tunis, au Caire et à Benghazi les manifestants étaient prêts à donner leur sang pour plus de dignité, les Syriens eux meurent pour rien. Bachar el-Assad, son frère, ses cousins et ses féaux, tous ont entrepris de débusquer les opposants, rue par rue, maison par maison. Et les forces spéciales qui s'acquittent à présent de la besogne infâme savent que personne ne viendra les arrêter.

Et pourtant précise Sylviane Zehil ce matin dans les colonnes du quotidien libanais L'ORIENT LE JOUR, hier la contestation avait encore gagné du terrain. Plus de 230 membres du parti Baas au pouvoir ont annoncé leur démission. Plusieurs dizaines de dissidents syriens en exil ont par ailleurs lancé un appel urgent pour la tenue d'élections et l'arrêt de la répression. Enfin plus de 150 opposants dont le nom de la plupart a été gardé secret ont mis en demeure le régime de mener de véritables réformes sous peine d'être renversé par une révolution. Seulement voilà nuance aussitôt la journaliste libanaise, hier, sans surprises, le projet de déclaration commune du Conseil de sécurité pour condamner la répression sanglante s'est heurté à l'opposition ferme à la fois de la Russie, de la Chine et du Liban.

Alors que faire reprend Alain Campiotti. Des sanctions ? Mais la Syrie est déjà et encore sous sanctions américaines. Or le régime syrien s'en moque. Le cynisme est d'ailleurs la marque de fabrique du régime baassiste. C'est ainsi notamment qu'à la fin du mois de janvier dernier, Bachar el-Assad avait accordé une interview fleuve au WALL STREET JOURNAL. A l'époque le vent du changement balayait déjà le monde arabe, mais il n’effleurait pas le poil du jeune lion de Damas. Le président remarquait devant les journalistes cravatés que la Syrie, en dépit des conditions plus difficiles que celles des autres Etats arabes était un modèle de stabilité. «Pourquoi?» questionnait-il lui-même. «Et bien parce que vous devez être proche des soucis du peuple. C’est le cœur du problème. Et quand il y a des divergences entre votre politique et les intérêts du peuple, vous avez un vide qui crée des troubles.»

Alors le peuple syrien, qui pourtant lit sans doute assez peu le grand quotidien américain des affaires a donc répliqué à sa façon à l’outrecuidance de son raïs. Sauf que le régime syrien lui restera en place tant qu'il disposera d'une armée prête à tirer sur les manifestants renchérit le quotidien slovaque PRAVDA. Al-Assad n'abandonnera pas aussi facilement. Il n'a d'ailleurs aucune raison de le faire. Entre autres parce que personne n'accepterait une opération militaire comme en Libye. Pour des raisons géostratégiques tout d'abord. Le pays présente en effet une situation nettement plus complexe que celle de la Libye. Et puis à cela s'ajoutent les intérêts à la fois de l'Iran, d'Israël mais aussi des Etats arabes.

En réalité, tout le monde a peur poursuit le journal LE TEMPS et imagine déjà des affrontements communautaires, une guerre civile à la libanaise décuplée, un débordement sur l’Irak par nouvelle excitation des tensions entre chiites et sunnites, un embrasement kurde, une autre guerre avec Israël, des flammes qui descendent jusque vers le sud pétrolier. En un mot, l’enfer. Et dans ce concert de pétoches donc il ne reste qu’une voix, une seule qu’on n’écoute plus précise le journaliste : celle du peuple syrien. Il demande la démocratie à laquelle il n’a jamais goûté. Et les démocrates d’Occident, du coup sont pris de panique. Sans compter qu'avant ce printemps arabe en hiver, ils étaient en pleines manœuvres de rapprochement justement avec le régime de Bachar el-Assad prêts à passer l’éponge sur des décennies d’une politique constamment vicieuse. C’est d'ailleurs cet opportunisme que Bachar el-Assad appelle dans sa fameuse interview au WALL STREET JOURNAL l’unité idéologique à laquelle le peuple syrien serait attaché. De son côté, le peuple syrien lui de toute évidence vomi ce salmigondis sanglant. Et il en meurt, sans grand espoir donc d’être secouru.

Et s'il fallait encore s'en convaincre, il suffit de regarder cette photo, celle d'un jeune manifestant lançant une pierre sur des tanks investissant la ville de Deraa, berceau de la révolution. Si l'image a connu une telle faveur dans les journaux écrit l'éditorialiste de L'ORIENT LE JOUR Issa Goraieb, elle le doit à sa formidable charge symbolique. Elle illustre on ne peut plus fidèlement l'inégal combat entre démonstrations pacifiques et impitoyable répression, entre force brutale et contestation à mains nues. Mais c'est aussi bien évidemment l'entrée des chars soviétiques à Budapest ou à Prague, ou bien encore la sinistre performance de ces monstres d'acier sur la place Tien an-Men à Pékin qu'évoque irrésistiblement cette même scène saisissante. Alors, où commence et finit en termes de victimes désarmées le seuil qui commande ou non le devoir d'ingérence internationale interroge l'éditorialiste ? Et de conclure, entre les mornes déserts des establishments arabes, et les froids calculs des puissances occidentales pourraient bien errer encore longtemps les mirages de la démocratie.

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