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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel 27/04/11

5 min

Par Thomas CLUZEL

La première fois où j’aurai du mourir c'était après le bombardement du centre de la presse par les forces de Kadhafi. Nous nous étions réfugiés dans un hôpital. Là, des gens n’arrêtaient pas d’imiter le bruit des grenades. Ca faisait rire les autres. Et puis, une vraie grenade est arrivée. Nous étions dans la cour intérieure d’un immeuble. Il y avait des enfants qui jouaient. Nous sommes entrés pour déposer nos affaires et puis nous avons entendu un sifflement, suivi de trois explosions. Les enfants avec qui nous avions plaisanté deux minutes auparavant étaient morts. Seul le hasard a fait que je ne suis pas moi-même resté dans cette cour. Sur le site de l’hebdomadaire allemand DER SPIEGEL, le photoreporter Marcel Mettelsiefen a posé ses boîtiers le temps donc de prendre la plume et de raconter ainsi son expérience. Un témoignage, qui résonne tout particulièrement ce matin, mercredi, une semaine après la mort à Misrata en Libye de deux de ses confrères parmi les plus talentueux de la profession, Tim Hetherington et Chris Hondros. Là-bas vous savez, il est extrêmement difficile de travailler, même pour un photographe aguerri dit-il. La rue de Tripoli notamment au centre-ville de Misrata est l’endroit aujourd'hui le plus dangereux. Cette ancienne rue commerçante est à présent une zone de mort. Une bombe à fragmentation y explose toutes les cinq minutes précise-t-il. Ca tire de tous les côtés. Alors bien sûr la question reste toujours la même : le jeu en vaut-il la chandelle ? A Misrata vous savez, je m’aventurais chaque jour un peu plus loin confie-t-il, jusqu’à ce que je me retrouve à dix mètres d’une maison où trente tireurs d’élite de Kadhafi attendaient en embuscade. Les rebelles voulaient absolument me conduire dans une maison voisine, d’où la vue était meilleure. Alors nous nous sommes mis à courir. En réalité, nous courons tout le temps pour éviter les snipers. Et puis soudain, nous nous sommes retrouvés pris entre deux feux. Et là, je me suis dit que j’étais allé trop loin.

Et son confrère Dan Murphy du CHRISTIAN SCIENCE MONITOR de renchérir. On connaît l'adage, "ça ne vaut pas le coup de mourir pour une histoire", mais en pratique, c'est vrai que les reporters comme les photographes prennent encore plus de risques si une histoire leur semble importante. Alors bien sûr le terme "important" est toujours subjectif. Mais rendre compte de ce qui se passe dans la ville de Misrata, où une bande de rebelles et de civils terrifiés résistent face aux roquettes et au feu des mortiers depuis plus d'un mois est dit-il absolument essentiel, à tout le moins, pour comprendre à quel point l'OTAN notamment a un rôle à jouer pour protéger la vie des civils libyens.

C’est vrai qu’il y a quelques semaines, certains estimaient que les forces de Kadhafi s'effondreraient comme un château de cartes peu après les premiers tirs de missiles Tomahawk. Sauf que dans bien des cas, c'est le contraire qui s'est produit. D’où ce titre il y a quelques jours à la une du GUARDIAN de Londres : l’engrenage en douceur. Les responsables de l’OTAN ont beau affirmer avoir réduit la capacité du régime à diriger ses forces, notamment sur El Brega et Ajdabiya, en revanche ils ont bien dû admettre que de telles frappes n'avaient guère d'effets sur les combats de rues à Misrata : le commandant des opérations aériennes les a lui-même comparés à une bataille au couteau dans une cabine téléphonique. Traduction, une intervention menée dans l'intention de protéger les civils à Benghazi pourrait avoir l'effet inverse à Misrata. Les forces fidèles à Kadhafi se sont en effet adaptées au champ de bataille urbain, elles ont enterré leurs armes lourdes et placé des snipers sur les toits. Misrata pourrait ainsi marquer un tournant écrit le journaliste britannique. Il y a un mois encore, les alliés auraient pu sans doute attirer ceux des partisans de Kadhafi qui ne voulaient pas se retrouver du côté des perdants. Mais aujourd'hui, et bien l'effet psychologique des initiatives de l'OTAN n'est plus si évident. Si Kadhafi commençait à céder, ses forces auraient pu sans doute se désengager. Or au lieu de cela, les combats se propagent et peut-être a-t-il encore bon espoir de reprendre Misrata. Et s'il y parvient conclue THE GUARDIAN, alors il aura stoppé net la rébellion.

« Crunch time in Lybia », le temps presse en Libye prévient pour sa part l’hebdomadaire londonien THE ECONOMIST. L'avancée des rebelles et la reprise du front Est par le colonel Kadhafi ont conduit à l'impasse. Les intérêts divergents de la coalition ont ressurgit. Plus précisément, Barack Obama a gagné du temps sur l'éventuel soutien aérien américain nécessaire pour affronter les troupes de Kadhafi en zone urbaine. Et le souci, et bien c'est que cette tergiversation est le symptôme d'une plus grande réticence à mener la mission à son terme. L’hebdomadaire qui exhorte donc Obama à ne pas refuser d'envoyer des avions américains pour garder les mains propres. Et d’ajouter, peu importe ce que disent les sondages dans son pays, le président américain doit agir.

Washington revient en force dans le conflit libyen titre justement ce matin le correspondant du journal LE TEMPS à New York. Les diverses composantes de l’opposition libyenne restent en grande partie un mystère pour les services d’intelligence américains écrit Luis Lema, et ces inconnues expliquent donc en partie le débat qui fait rage actuellement au sein même de l’administration sur la nature de l’aide à apporter aux rebelles dans un pays qui n’a jamais été considéré comme stratégique par les Américains. Toujours est-il que leurs drones Predator ont été depuis envoyés autour de la ville de Misrata. Et c’est donc devant des écrans de contrôle où sont guidés les drones depuis la Floride que pourrait ainsi se jouer désormais l’avenir de la Libye.

Alors pour terminer, je vous livrerai seulement ces quelques mots. Il s'agit du dernier tweet envoyé par le photoreporter Tim Hetherington quelques heures seulement avant sa mort. Un tweet qui semble aujourd'hui contenir une bien sombre prémonition : Il écrivait ceci. Dans la ville libyenne assiégée de Misrata. Bombardements tous azimut des soldats de Kadhafi. Aucun signe de l'OTAN.

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