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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Il fallait les sauver … Il fallait les sauver pour éviter tout simplement la paralysie du système … c'est-à-dire à terme le risque d’un véritable naufrage … Il fallait donc sauver les banques espagnoles reconnait ce matin l'éditorialiste du TEMPS de Genève … Et voilà pourquoi samedi dernier les ministres des finances de la zone euro ont décidé d'injecter 100 milliards d'euros pour soutenir les établissements financiers ... et ce sans contrepartie : pas de plan d'austérité ... mais seulement un plan d'assainissement du secteur bancaire ... D'où ce commentaire du journal ... Si une fois encore certains déploreront que de telles sommes … 100 milliards soient aujourd’hui mobilisées pour sauver la finance de son propre aventurisme et de ses imprudences passées ... ce constat à la fois amer et lucide mérite surtout d’être réexaminé ce matin à la lumière de la révolte qui gronde en Grèce ... Autrement dit il fallait certes venir au secours de Madrid … mais n'oublions pas de regarder aussi du côté de l’Acropole où des montagnes de factures publiques restent impayées le tout sur fond de minima sociaux en chute libre … Bien sûr les tricheries passées de la Grèce … son addiction au crédit facile n’ont pas à être oubliées ... Bien au contraire ... La faillite grecque impose des coupes budgétaires drastiques … Mais les grands pays dotés de la monnaie unique doivent aussi apprendre à corriger leurs erreurs … Car le péril hellénique n’est plus seulement statistique poursuit l’article ... Non les législatives de dimanche prochain se préparent alors qu’une implosion généralisée menace …

Des élections sur un champ de mine titrait d'ailleurs récemment le quotidien d'Athènes TO ETHNOS ... Le pays est dans le rouge s’inquièteégalement son confrèreI KATHIMERINI ...

Alors d’accord nous les Grecs nous sommes des fraudeurs ... des corrompus ... des paresseux ... des assistés depuis notre berceau ... des profiteurs qui vivons de la sueur des autres peuples qui eux produisent ... Mais alors ... les Espagnols ... en quoi sont-ils fautifs interroge un économiste sur le site d'information en ligne MY EUROP ? ... L’Espagne n’avait pas de déficit public ni de dette avant la crise ... Elle avait réussi à faire des Jeux Olympiques rentables ... à produire dans le textile sans délocaliser ... à avoir une industrie automobile bénéficiaire ... Et pourtant ce pays se trouve dans le même trou noir que nous ... Alors comment serait-ce possible si la crise était due uniquement à ces fléaux qui caractérisent sans nul doute la Grèce mais en aucun cas l’Espagne ... Tout le monde sait bien que c’est une crise du système européen libéral qui est à l'œuvre actuellement ... sauf que personne ne l’avoue ... Et vous ... confrères européens journalistes et politiques ... vous montrez du doigt la Grèce uniquement parce qu’elle ose dire non ... non à l'austérité mais surtout non au système !

Au lieu de traiter les responsables grecs comme des parias ... et leurs électeurs comme des pestiférés les dirigeants européens feraient mieux de les écouter renchérit pour sa part LA REPUBBLICA ... Nous nous habituons tellement vite aux clichés que nous n'en voyons plus les effets pervers ... et nous les répétons machinalement comme si c'étaient des vérités irréfutables ... alors que leur rôle est justement de nous remettre dans les rangs ... Combien de fois avons-nous entendu les dirigeants insinuer de manière ténébreuse : "Vous ne souhaitez pas, n'est-ce pas, subir le destin de la Grèce ?” ... La Grèce est ainsi devenu ce danger qui nous transforme tous en spectateurs ahuris d'un rite de pénitence où l'on sacrifie le bouc émissaire pour le bien collectif ... Elle est le loup-garou invoqué pour effrayer les enfants ... Alors peut-être c'est vrai la sécession grecque est-elle inévitable ... mais faisons au moins la lumière sur les vraies raisons écrit encore le journal : si c'est inéluctable ... ce n'est pas parce que le sauvetage est trop coûteux ... mais parce que la démocratie est entrée en conflit avec les stratégies qui devaient prétendument sauver le pays ... Lors des élections du 6 mai dernier ... la majorité des votants a rejeté la pilule d'austérité que le pays avale depuis deux ans sans succès ... Or les voilà contraints de repartir aux urnes dimanche prochain ... Et bien nul doute que les électeurs réaffirmeront leur rejet et donneront encore plus de poids à la gauche radicale ... Et encore une fois les clichés proliféreront ... du genre la gauche radicale est une puissance néfaste contraire à l'austérité et à l'Union ...

Le problème peut-on lire cette fois-ci dans le magazine littéraire et politique britannique LONDON REVIEW OF BOOKS ... c'est que la liberté de vote dans les sociétés démocratiques est paradoxale : tout le monde est libre de choisir ... à condition de faire le bon choix ... Et c’est pourquoi en l’absence de choix jugé éclairé ... cette décision est considérée comme une erreur ... et nos élites réclament immédiatement que le processus démocratique soit réitéré afin de corriger cette regrettable erreur ... Et bien parfois il faut choisir l’hérésie pour ne pas perdre la foi poursuit l'article : C’est ce qui se passe aujourd'hui en Europe ... Seule une nouvelle “hérésie” actuellement incarnée par la gauche radicale pourra sauver ce qui est digne d’être sauvé dans l’héritage européen : la foi en l’être humain ... l’égalité ... la solidarité ... tout l'inverse de ce capitalisme contemporain prompt à bafouer la démocratie ... Les Grecs ne sont pas des victimes passives ... ils sont en guerre contre l’ordre établi économique de Bruxelles ... et ils ont besoin que nous nous montrions solidaires de leur combat parce que c’est aussi notre combat ... En sauvant la Grèce de ses soi-disant sauveurs ... c’est à l’Europe elle-même que nous portons secours ...

Et le journal LE TEMPS de conclure ce matin : Le pire ... le pire serait que les politiciens grecs prennent appui sur le sauvetage espagnol pour se dédouaner de leurs responsabilités ... L’horreur européenne serait que les banques passent avant les hommes.

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