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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZELMais que se passe-t-il en Espagne ? ... Car si les Espagnols savent endurer une crise ... et ils l’ont fait pendant près de 500 ans écrit le SUDDEUTSCHE ZEITUNG ... la descente aux enfers a désormais bel et bien commencé ... Même si Madrid n'a pas encore officiellement c’est vrai appelé à l'aide européenne … l’Espagne a toutefois lancé hier un message on ne peut plus explicite écrit ce matin le FINANCIAL TIMES en admettant ne plus avoir accès au marché … Même analyse ce matin de son confrère du WALL STREET JOURNAL … Si les membres du gouvernement prennent encore un soin particulier à ne pas demander expressément de l’aide à Bruxelles … ils en appellent désormais ouvertement à une union bancaire européenne … Et plus personne n’est dupe … Il s’agit ni plus ni moins que d’un numéro d’équilibriste renchérit encore le quotidien espagnol EL PAIS … Sans appeler à l’aide… l’Espagne reconnaît à présent qu’elle a besoin qu’on lui porte secours …Alors pourquoi autant de précautions pour ne pas admettre la vérité ? … Le politologue Ignacio Escolar … auteur de l'un des blogs politiques les plus suivis en Espagne précise : Le problème consiste dans le fait qu'un sauvetage serait assorti de conditions aussi strictes que celles dont souffrent la Grèce … l'Irlande … et le Portugal … Et puis surtout ... une telle option signifierait que ce sont aujourd’hui les créanciers qui prennent les décisions politiques ... Or le premier intérêt des créanciers … c'est bien entendu le remboursement garanti de leur argent … et non l'avenir économique du pays ou pire … le bien-être accru de la population ...Et il serait idiot d’essayer de détourner l’attention de nos problèmes de financement de la dette sur le contexte européen en général ... Nous sommes à présent dans le collimateur des marchés prévient de son côté EL MUNDO ... Voilà pourquoi les assurances du chef du gouvernement désormais n’y peuvent plus grand-chose reprend son confrère madrilène EL PAIS … A l'évidence les pertes abyssales de Bankia poussent un peu plus notre pays vers le précipice ... et les Cassandre se frottent déjà les mains convaincues d'être en passe de gagner la partie … L’Espagne comme l’Irlande sera elle aussi placée sous perfusion et donc … sous tutelle … avec tout ce que cela implique de contreparties … On s'achemine ainsi vers un scénario qui rappelle l'expérience irlandaise : l'Etat … en bon père de famille soutient ses banques … mais le trou à combler est trop profond et le pays se retrouve acculé à une intervention externe ... Or cette intervention poursuit le journal sera doublement néfaste : outre le coup psychologique qu'elle portera ... elle s'accompagnera à n'en pas douter de sacrifices supplémentaires et plus douloureux ... ainsi que de la perte quasi-totale de l'étroite marge d'autonomie que le pays conservait encore jusqu'à présent ...Il faut probablement remonter aux premières années de la démocratie pour retrouver un tel sentiment d'incertitude face à l'avenir écrit toujours l'éditorialiste d'EL PAIS ... Ironie du sort ... l'adhésion à l'Union européenne avait pourtant scellé la normalisation de notre pays ... et l'entrée de l'Espagne dans l'union monétaire avait hissé l'estime nationale vers des sphères si élevées que certains sont allés jusqu'à considérer que 1998 venait clore le siècle de décadence et ouvrir des horizons radicalement nouveaux ... A présent ce n'est plus le cas ... et c'est peut-être là d'ailleurs la raison pour laquelle cette crise est la première que traversent bien des Espagnols sans nourrir l'espoir d'un avenir meilleur ... mais en espérant simplement renouer avec le passé immédiat ... Et le journal d'ajouter : l'Europe s'est trahie elle-même et a trahi ses principes : là où la logique européenne ... et celle de projet commun devaient prévaloir ... c'est une logique fondée sur les intérêts nationaux ... les identités et les particularismes qui a été imposée ... La Grèce en a été et continue d'en être la preuve flagrante : l'irresponsabilité des élites grecques et l'absence d'autorité des élites européennes se sont conjuguées pour créer un cercle vicieux qui mène tout droit à la désintégration et à la rupture ... Voilà pourquoi ... il nous faut désormais rebâtir les institutions et la confiance ... car il est évident que nous ne nous en sortirons pas avec le système institutionnel et les relations de pouvoir tels qu'ils existent aujourd'hui ... Et paradoxalement ... et bien c'est ce qui permet d'avoir confiance en l'avenir : cette crise ... en Espagne comme en Europe est une crise politique ... et c'est dans la politique que se trouve sa résolution ... Elle est donc à portée de main ... Du volontarisme ... parfaitement ... c'est exactement ce qu'il nous faut en Espagne et en Europe ...Alors l'éditorialise d'ABC .... même si elle pointe elle aussi les défaillances du système politique ne semble pas franchement aussi optimiste ... Maintenant que les vaches sont si maigres dit-elle ... nous nous rendons compte de l’ampleur du désastre et de la responsabilité qui pèse sur nos épaules ... celle des dirigeants des trente dernières années ... mais aussi de tous ceux qui par action ou par omission dans un silence ignoble et complice ont accepté le modèle que nous avons mis en place ... Nous nous sommes comportés comme si toute l’Espagne baignait dans le pétrole alors que nous sommes un pays pauvre ... La croissance spectaculaire des années florissantes était basée sur le crédit et les généreuses subventions européennes ... et non sur notre capacité réelle à payer les factures ... Or désormais Bruxelles exige pour continuer de nous financer que nous contrôlions les déficits ... Mais qui a agité le hochet devant nous interroge la journaliste ? ... Nous voyons aujourd'hui émerger la pointe d’un iceberg de mensonges ... de mauvaise gestion ... de corruption d’une masse de voleurs de tous les partis politiques et de tous les syndicats ... Et de conclure cette crise ne se résoudra pas en un an ni même en cinq ... Elle va rester parce que le mal causé à la crédibilité de cette nation et à ses perspectives de croissance est énorme ... ce qui veut dire que nous avons ni plusni moins volé le futur de nos enfants.

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