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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

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Par Thomas CLUZEL

On ne peut plus marcher dans les rues. Car pour eux nous ne sommes que du gibier et nos vies ne signifient rien. Un lynchage légal organisé comme aux jours où l’on pendait haut et court. Alors assurez vous que tout cela soit filmé et montré à la télévision car ils n’auront aucune pitié. Le rêve de Martin est devenu le pire cauchemar de Rodney.

Voilà ce que chantait Ben Harper en 1994 soit trois ans après le passage à tabac le plus célèbre de l’histoire de la télévision américaine. Nous sommes le 3 mars 1991. A l’époque un jeune citoyen afro-américain de 26 ans en liberté conditionnelle est pris en chasse par des policiers. Ivre au volant il prend la fuite de peur de retourner en prison. Finalement arrêté l’interpellation tournera au drame. Un badaud film la scène, 10 minutes pendant lesquelles l’homme à terre recevra pas moins de 56 coups de matraque sur la tête, les bras et les genoux.

Son visage tuméfié marquera l’Amérique toute entière. Un an plus tard, les quatre policiers blancs accusés d'agression sont acquittés. Aussitôt après l'annonce du verdict, 100.000 personnes descendent dans la rue pour une manifestation qui dégénèrera en émeute d'une rare violence faisant 53 morts.

Cet homme, vous l’avez sans doute reconnu, c’est bien sûr Rodney King. Et bien hier le symbole des tensions raciales et des violences policières aux Etats-Unis a été retrouvé mort dans sa piscine à l’âge de 47 ans. A première vue écrit le LOS ANGELES TIMES les premiers éléments de l'enquête n'ont pas mis en évidence de signes laissant penser qu'un acte criminel puisse être à l'origine du décès. Aucune blessure n'a été décelée sur son corps.

L'an dernier se confiant au journal américain à l'occasion du 20ème anniversaire des émeutes de Los Angeles il avait déclaré : «J’ai parfois l’impression d’être pris dans un étau. Certaines personnes pensent que je suis une sorte de héros. D’autres me haïssent. Ils disent que je le méritais. Et j’entends d’autres encore se moquer de moi pour avoir appelé à la fin de la destruction comme si j’étais un idiot pour croire en la paix.»

Victime de l'affaire de violence policière la plus célèbre des Etats-Unis Rodney King avait tout de même réussit à tourner la page précise de son côté le HUFFINGTON POST. La colère était d'ailleurs un sentiment auquel il préférait ne pas se laisser aller. "Bien sûr que je pense encore à cette nuit-là" expliquait-il. "J'ai de sévères migraines à cause des coups que j'ai reçus sur la tête. Mais je ne laisse pas la colère me dominer quand j'ai mal. C'est inutile" Pour réparer les dommages causés à son cerveau.King avait dû suivre une rééducation pendant des années précise pour sa part le DAILY BEAST. Il avait également suivi une psychothérapie pour l'aider à gérer son nouveau statut d'icône nationale. "Je me souviens qu'un des agents qui me frappait à la tête n'arrêtait pas de répéter : Sale Nègre ! C'est quelque chose qu'on n'oublie pas surtout aujourd'hui alors que ce genre de scène semble se répéter si souvent."

En avril dernier justement alors que l'Amérique était à nouveau sous le choc après la mort de Trayvon Martin cet adolescent noir abattu par un homme qui le trouvait «suspect», Rodney King s'était senti ramené en arrière : «Le son horrible d'un jeune homme noir hurlant de toutes ses forces sur l'enregistrement d'un appel aux secours m'a rappelé mon cri terrifiant sur cette cassette vidéo d’il y a 20 ans.» Critiqué alors pour avoir osé ce rapprochement alors que Trayvon ne faisait rien d'autre que rentrer chez lui tandis que Rodney lui conduisait en état d'ébriété, il avait récemment ajouté au journal DAILY BEAST : "Je ne veux pas dire de bêtises. On m'a demandé ce que je pensais de ce jeune qui s'est fait tuer et j'ai dit que ça me rappelait ma situation et les injustices que les Noirs subissent tous les jours. Car quoi que j'aie fait, je ne méritais pas d'être passé à tabac comme ça et ce jeune garçon ne méritait pas de mourir pour rien."

Dans ses mémoires qu'il venait d'écrire, King se disait toujours déçu par l'état des relations entre communautés. "Les Noirs n'ont pas la vie facile. Mon père venait du Sud et il m'a raconté comment c'était là-bas à son époque. Et je ne peux pas dire que ça ait beaucoup changé mais il faut rester positif". Car si tous s'accordent à dire que la situation s'est améliorée c’est vrai que l'inquiétude reste de mise dans une ville où des inégalités criantes demeurent entre les communautés blanche, noire, hispanique et coréenne.

Ce matin le LOS ANGELES TIMES écrit : Rodney King se comparait à un chat. «Ils ont neuf vies et je ne veux pas me lancer dans la neuvième." Car ne vous méprenez pas écrit encore le journal, cette nuit de mars 1991 n'était pas le seul moment où Rodney King aurait pu mourir. Il était d'ailleurs extrêmement franc au sujet de sa dépendance à la drogue et à l'alcool, sur les dommages qu'il avait fait subir à son corps et comment la dépendance aurait pu lui coûter la vie à plusieurs reprises.

Chez lui dans son jardin, sur un mur proche de la piscine où on l'a retrouvé inconscient hier il avait inscrit les dates à la fois de son passage à tabac et des émeutes qui s'en était suivi. Un jour raconte encore le journaliste américain, je l'ai regardé balayé les feuilles de sa piscine. Il me disait qu'il envisageait d'ajouter une autre inscription. «Je pensais mettre le nombre de personnes qui sont mortes là-bas, le numéro 54" m'avait-il dit avant d'ajouter : "et puis non. Ce serait trop. Trop de morts."

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