LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas Cluzel

«Il n’est pas un psychopathe» … Voilà les mots choisis par un officier américain pour décrire le sergent Robert Bales … accusé d’avoir massacré des civils dans la province de Kandahar … Le 11 mars dernier … quittant en catimini sa base militaire au fond de la nuit afghane il a tué de sang-froid 16 villageois dont neuf enfants … Et depuis … alors même qu’il doit être inculpé aujourd’hui pour homicide par la justice américaine … et bien les experts se perdent en conjecture sur les raisons qui ont conduit ce père de famille de 38 ans à commettre un tel carnage …

Le NEW YORK TIMES en particulier est allé enquêter dans la ville de Norwood … dans l'Etat de l'Ohio où le militaire vivait avec sa femme … et ses deux enfants ... Alors comme souvent en pareille circonstance … dans son quartier ses voisins et ses amis d'enfance se disent choqués … Ils n'arrivent pas à y croire ... Tous décrivent "Bobby" comme un enfant populaire et actif … qui trouvait le temps de rendre régulièrement visite à un voisin autiste ... Personnalité extravertie … il est décrit comme un meneur … star de l'équipe de football locale ... il s’adonne au théâtre et excelle en danse ... Plus tard il ira étudier l'économie à l'université mais en 1996 … il abandonne ses études pour des raisons inconnues ... Ce qu'il fait les années suivantes reste flou … Il aurait selon son avocat travaillé dans la finance … puis créé une entreprise d'investissement avec son frère ... Du moins ... avant que sa carrière de courtier ne se termine ... après avoir été accusé de fraude pour avoir trompé un client retraité ...

Viendra ensuite le 11 septembre 2001 … et comme beaucoup d'Américains Robert Bales est traumatisé ... Quelques semaines plus tard à peine alors qu'il a déjà 27 ans … il décide de rejoindre l'armée ... C’était sa manière d’exprimer sa contribution citoyenne au pays …Il était très en colère quand il s'est engagé raconte toujours dans les colonnes du NEW YORK TIMES l’un de ses amis d'enfance ... Quant à l’armée … elle le décrit comme un bon soldat formé comme tireur d'élite … mais aussi comme secouriste … et décoré à plusieurs reprises pour bonne conduite et services rendus à la nation ... Il était un excellent soldat digne de confiance ... honnête et mature précise encore l'un de ses anciens commandants au journal de Washington le TIMES avant de préciser : Je ne sais pas ce qui est arrivé ... Tout ce que je peux dire ... c'est que ce n'est pas aussi simple que ce qu'on laisse entendre ...

Alors ... pourquoi un soldat de 38 ans apparemment stable a-t-il pu commettre l’irréparable ? ... Après avoir décrit un jeune homme modèle et sans histoires ... le NEW YORK TIMES évoque néanmoins quelques zones d'ombres dans la vie personnelle de Robert Bales ... Arrêté pour avoir agressé une femme ... il aurait évité la condamnation en suivant un stage de maîtrise de la colère ... Et puis il y a un an ... sa femme qui tient un blog raconte sa déception alors que l'armée vient de lui refuser une promotion ... Bales précise le correspondant à New York du journal suisse LE TEMPS espérait être promu sergent de première classe ... avec une augmentation salariale à la clé ... Une récompense en somme après l’enfer irakien ... Cet honneur lui sera refusé ... Enfin il y a un peu plus d'un an ... alors qu'il ne souhaite plus partir sur le terrain ... il décide de suivre une formation pour être recruteur ... Il espère alors être affecté en ­Allemagne ... en Italie ou même à Hawaii ... mais l’armée fera la sourde oreille et décidera de le renvoyer en Afghanistan ... Au total il sera envoyé en mission à quatre reprises en Afghanistan et en Irak au cours des dix dernières années ... Un nombre anormalement élevé écrit le NEW YORK TIMES ...

Et puis ... et puis à la pression militaire s’ajoutait également des problèmes financiers raconte de son côté l'hebdomadaire américain BUSINESS WEEK ... Trois jours avant le drame ... sa femme avait entrepris des démarches pour vendre à perte la maison familiale ... Il faut dire précise le magazine ... que les militaires constituent c'est vrai généralement une cible privilégiée pour les banques et les organes de prêt .... En leur offrant la possibilité d’emprunter à des taux très élevés ... ils espèrent en effet réaliser des profits rapides ... alors même que le foyer est souvent fragilisé par l’absence d’un des conjoints ...

Alors après avoir ainsi dépecé la vie de Robert Bales … d’autres raisons sont encore avancées par la presse pour tenter d’expliquer ce geste inexplicable … A la guerre le sergent avait perdu une partie d'un pied dans des circonstances que l'armée n'a pas voulu révéler ... Il avait également été soigné pour une lésion cérébrale lors de son dernier séjour en Irak ... Son avocat évoque aussi de possibles troubles post-traumatiques non diagnostiqués par l'armée ... Au début du mois de mars ... quelques jours seulement avant le drame il avait notamment vu l'un de ses frères d'armes sauter sur une bombe ... Or c'est vrai que les conséquences de ces traumatismes peuvent être considérables précise à nouveau LE TEMPS en Suisse ... Le phénomène d'ailleurs est connu ... Quelque 300 000 GI rentrant d’Irak et d’Afghanistan seraient touchés par ces blessures de guerre souvent cachées ... Et même s'il est impossible de l'attribuer à un état de stress post-traumatique ... entre 2005 et 2010 ... un soldat américain s’est suicidé toutes les trente-six heures ...

Aujourd’hui le sergent Robert Bales attend son jugement dans une cellule d’isolement sur la base du Kansas aux Etats-Unis ... Il risque la peine de mort ... Selon un responsable gouvernemental cité par le NEW YORK TIMES … le massacre de Kandahar est le résultat d’une « combinaison de stress d’alcool et de problèmes familiaux » ... Bales a pété les plombs dit-il … Et alors s’insurge un correspondant de guerre dans les colonnes du journal britannique THE INDEPENDENT … avant d’ajouter … il n’en reste pas moins un assassin … et non un détraqué.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......