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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Même si le temps du dénouement final tant attendu à la crise n’est probablement pas encore venu … cette journée du 8 mars s’annonce d’ores et déjà comme le jour de vérité pour la Grèce … Car sauf prolongation de dernière minute … le programme doit être bouclé d’ici ce soir … Il ne reste plus en effet que quelques heures aux créanciers en tout genre … banques … assurances … fonds de pension et autres fonds spéculatifs pour dire si oui ou non … ils acceptent de sacrifier une partie de leurs créances … un peu plus de 50% tout de même … en échange de nouvelles obligations d’Etat … Faute de quoi … et bien tout le plan d’aide concocté par l’Union Européenne serait purement et simplement annulé …

D’où ce titre à la une hier du quotidien d’Athènes TA NEA : dernières batailles à la porte du salon de coiffure … en référence au haircut … à cette coupe de cheveux un peu radicale que les créanciers privés se verront appliquer s’ils acceptent de participer à la réduction de la dette du pays … Alors toujours selon le journal d’Athènes … les principaux créanciers du pays seraient partants pour se faire ainsi raser une partie de la tête …

C’est également l’avis de son confrère du journal suisse LE TEMPS … selon lequel 31 établissements représentant 84 milliards d’euros soit près de 50% de l’objectif visé par Athènes auraient déjà fait savoir qu’ils participeront bel et bien à cette restructuration … Du coup le gouvernement et en particulier le ministre des finances se disent toujours actuellement confiant dans la réussite de l’opération … Sauf que pour réussir … les autorités misent sur une participation des créanciers à hauteur de 75% du montant total de la dette détenue par les investissements privés … Autrement dit en deçà de 75% … et bien la Grèce renoncera et sa faillite sera alors définitivement consommée …

D’où la question soulevée ce matin par le site d’information en ligne MY EUROP … Les créanciers ont-ils intérêt à risquer de tout perdre plutôt que de sacrifier une partie … un peu plus de 50% de leur créance ? … De toute évidence … certaines banques et notamment celles qui ne sont pas européennes … mais aussi les compagnies d'assurance et surtout les fonds d'investissement on fait leurs calculs sans état d'âme ... Et si elles ont plus à gagner en faisant jouer leurs assurances sur le défaut de crédit … les fameux CDS … qu’en restructurant leurs créances avec une décote de 53,5% et bien elles n’hésiteront pas à le faire … quitte à déclencher un nouveau tsunami financier … Alors on peut aussi imaginer que certains préféreront aller devant les tribunaux ... même si c'est long et que cela reste aléatoire … Et puis certains fonds et banques notamment américains … relativement moins exposés que leurs concurrents à la dette grecque pourraient aussi avoir intérêt à faire capoter l'accord … et cela, tout simplement d'affaiblir si ce n'est de mettre en difficultés leurs concurrents … Enfin bon nombre d'investisseurs ne croient pas en la capacité de la Grèce de rembourser les nouveaux titres dévalués qu'elle va émettre … et seraient de fait peu enclins à signer un accord perçu en somme comme un marché de dupes ...

Seule certitude finalement ce matin … Si Athènes ne procède pas à l'échange au motif que le taux de participation n'atteindrait pas au moins 75% de la dette détenue par les créanciers privés … alors les conséquences en cascade seraient catastrophiques ... à commencer par le défaut total de paiement de la Grèce mais aussi ces risques de contagion au Portugal ... à l'Espagne ... à l'Irlande ... Et tout cela pour quoi ? Pour une dette totale de 206 milliards d'euros … ce qui finalement n'est pas énorme ... au regard des 1000 milliards d'euros que coûterait un défaut de paiement incontrôlé de la Grèce ... D'où ce commentaire acerbe du journal économique d'Athènes NAFTEMPORIKI ... Si les investisseurs privés acceptent de renoncer à une partie de leurs créances ... ce sera uniquement pour que la zone euro ne s'effondre pas ... En d'autres termes ... ils sont seulement intéressés par un sauvetage du pays parce qu'il est moins coûteux de le maintenir en vie que de le laisser dépérir … Et de conclure ... soyons honnêtes … personne n'a jamais voulu sauver la Grèce par solidarité ...

Vous l'aurez compris la crise est donc loin d'être résolue ... En réalité elle n'est à chaque fois que balayée un peu plus sous le tapis juge de son côté le quotidien de Munich SUDDEUTSCHE ZEITUNG ... D'où cette idée d'un comique berlinois d'appliquer à la situation actuelle les règles de l'univers parallèle imaginé par l'écrivain Douglas Adams ... Et si la crise de l’euro n’était finalement qu’un test grandeur nature élaboré par un super-ordinateur gouvernant la planète ? Dans Le guide du voyageur galactique ... Douglas Adams représente la Terre comme une sorte de super-ordinateur conçu par une intelligence supérieure pour élucider les questionnements éternels de l’univers ... dans le cadre de protocoles expérimentaux complexes et ce afin de déterminer les aptitudes et le degré d’évolution de l’Humanité ... Et bien si l’hypothèse de Douglas Adams était juste ... à savoir que c’est cela là la raison d’être profonde de l’existence de l’Homme ... alors notre gestion de la crise de l’euro nous renverrait sans doute dans les profondeurs du classement interplanétaire en matière d’intelligence ...

Car finalement à quoi assiste-t-on ? ... Depuis plusieurs mois maintenant ... la zone euro repasse systématiquement par les mêmes phases de ce programme expérimental ... Tout d'abord les pays de la zone euro constatent que les mesures prises jusqu’ici ne suffisent pas et que les besoins de trésorerie sont nettement plus élevés que prévu ... Du coup un sommet est organisé lequel doit impérativement déboucher sur une solution ... Des mesures d’austérité sévères sont prises censées nous redonner la maîtrise de la dette ... Les bourses respirent ... Sauf que les économistes eux font observer que ces coupes drastiques vont considérablement freiner la conjoncture ... Du coup et contre toute attente les agences de notation qui plaidaient pourtant pour davantage de régulation n’aiment pas la tournure générale que prennent les événements et décident de dégrader les pays ... A nouveau la confiance s’effrite dans la zone euro ... Et ce faisant nous voilà revenus à la case départ : convoquer un nouveau sommet.

D'où la conclusion du CICERO de Berlin : Difficile de dire si l’intelligence supérieure qui a imaginé pour nous cette série d’expériences en est aujourd’hui amusée ou déprimée ... Sans doute observe-t-elle avec indifférence que l’Humanité use toujours des mêmes moyens pour tenter d’échapper à son destin ... comme un hamster dans sa roue ... Comme un hamster ... elle ne fait qu’accélérer le cours des événements et aggraver son problème en s’accrochant vaillamment et imperturbablement à ses réflexes de toujours.

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