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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Quel rapport peut-il bien y avoir entre le comte de Dracula et James Bond ? ... Réponse : la Roumanie ... Et oui ... car figurez vous que depuis lundi dernier ... un espion a pris la tête du gouvernement de Bucarest ... en lieu et place donc du vampire de la fonction publique ... Après trois semaines de manifestations contre la politique de rigueur de son gouvernement ... Emil Boc ... pris au piège des bailleurs de fonds ... lesquels exigeaient de lui des licenciements à la pelle ... des coupes drastiques dans les salaires ... mais aussi le gel des retraites en échange de l'obtention d'un prêt de 20 milliards d'euros pour sauver son pays ... Emil Boc donc a été contraint de démissionner ... Et il était temps d'ailleurs ... si l'on en croit la SUDDEUTSCHE ZEITUNG ... le quotidien allemand de centre gauche qui n'hésite pas à dresser de la Roumanie ... le deuxième pays le plus pauvre d'Europe un portrait particulièrement acide ... que ce soit à travers l'échec cinglant de la réforme du système de santé ... la transformation ratée de la justice ... mais aussi toutes ces entreprises publiques moribondes qui continuent à gérer d'énormes pertes ... sans oublier bien évidemment cette classe politique incapable écrit le journal de s'élever au-dessus de l'agitation environnante et du combat mesquin pour obtenir mandats et pognon ...

Or lundi dernier ... après donc le départ d'Emil Boc ... voilà que le président Basescu a choisi pour diriger les affaires du pays un espion ... ou plus exactement l'ancien chef des renseignements extérieurs ... l'équivalent de notre DGSE ... Alors Mihai Ungureanu c'est son nom n'est pas inconnu au bataillon même s'il provient des zones de l'ombre peut-on lire dans le COURRIER DES BALKANS ... Historien de formation ... intellectuel renommé en Roumanie parlant couramment 8 langues rien de moins ... il a exercé le poste de ministre des affaires étrangères entre 2004 et 2007 ... Un homme partagé en somme entre sa personnalité prestigieuse ... et sa fonction nettement plus controversée celle-ci puisque son rôle en tant qu'ex directeur des services de renseignement attire en revanche les craintes de l'ensemble de l'échiquier politique ... Et comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement ? ... Dans un pays anciennement communiste comme la Roumanie ... précise toujours LE COURRIER DES BLAKANS ... il existe énormément de doutes vis-à-vis de ce type de structures de surveillance ... Et voilà donc pourquoi Ungureanu n’est pas vu avec sympathie car de par ses anciennes fonctions ... et bien il pourrait avoir facilement accès à une somme d’informations monumentales qu’il pourrait ensuite utiliser sous forme de chantage contre les hommes politiques ...

Et d'ailleurs l'opposition a aussitôt dénoncer cette nomination ... C’est inacceptable que la Roumanie soit conduite par un homme parachuté directement depuis la tête d’un service secret a notamment lancé leprésident du Parti National Libéral cité par le JOURNAL NATIONAL ... A l’instar d’une grande partie de la presse roumaine ... le quotidien note que le choix du président ne changera rien sur le fond ... Même analyse pour le quotidien de Bucarest VERITE ... L'horizon politique du nouveau premier ministre est en alerte rouge écrit le journal car sa nomination dit-il ne va pas calmer la population et ne mettra pas fin à la crise politique ...

Seulement voilà ... en Roumanie on est comme ça ironise de son côté le chroniqueur de la RTBF : le pouvoir aime bien les nuques raides qui ont des yeux derrière la tête ... Or justement Mihai Ungureanu a prévenu qu’il persévérerait dans les réformes austères avec cet avantage qu’il est je cite "un bon administrateur qui avant toute chose dispose d'une efficacité logique" ... Ça fait déjà peur commente l'éditorialiste ... même si ... même si selon lui le passé d'ex espion du premier ministre pourrait avoir au moins une utilité : Pourrait-on notamment lui conseiller dit-il de mettre sa rigoureuse rationalité au service de l’abolition de ces brevets de révolutionnaires ... car après tout il est bon également que de temps en temps l’on fasse la chasse aux tabous ... et que l’on brûle la langue de bois du politiquement correct pour dire sans peur où se niche la corruption ...

C'est d'ailleurs justement l'objet d'un article du journal madrilène EL PAIS à lire sur le site du courrier international et intitulé : marre des vrais faux révolutionnaires ... Car en effet des milliers de Roumains bénéficient aujourd'hui de privilèges octroyés après la chute de la dictature communiste ... Sauf que ces largesses de l'Etat sont loin d'avoir toujours été méritées et font surtout l'objet d'un sombre trafic qui exaspère désormais l'opinion publique ... Alors de quoi s'agit-il ? ... Depuis 2004 ... les familles des victimes de la dictature Ceausescu bénéficient à vie de réductions ... de subventions et autres avantages en vertu d’une loi destinée à rendre hommage à ces Roumains qui ont risqué leur vie ou l'ont perdue en combattant le régime communiste ...Alors cela va de l'acquisition d'un logement à des conditions préférentielles ... au droit à la retraite cinq ans plus tôt que n'importe quel autre citoyen ... mais aussi l'obtention gratuite de médicaments ... l'utilisation des transports publics sans bourse délier ou bien encore des exonérations d'impôts ... Sauf que cette gratitude donc s'est désormais muée en colère nationale ... Alors pourquoi ? … Tout simplement parce que les Roumains ont appris que plus de 20 000 de ces heureux privilégiés avaient obtenu le "certificat de révolutionnaire" et les confortables avantages qui y sont attachés grâce à une mafia qui s'enrichit en fournissant ce document ... C'est ainsi par exemple que des Roumains qui n'avaient que 2 ou 3 ans lors de la chute du communisme figurent aujourd'hui sur les listes de ces révolutionnaires pensionnés ...

L'industrie des faux révolutionnaires est florissante ... et forcément ... dans un pays contraint à la rigueur budgétaire ... l'arnaque à la mémoire des vrais combattants où l'on peut tout acheter ... y compris le titre de héros à du mal à passer.

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