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Revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas Cluzel

Les grandes décisions politiques d’un pays doivent-elles être soumises au vote des citoyens ? ... Avec la crise ... voilà plusieurs mois maintenant que la question de la transparence et de la démocratie directe irrigue régulièrement les débats au sein de la classe politique européenne ... C'est ainsi par exemple que dimanche dernier en Autriche rapporte DIE PRESSE ... le président a déclaré qu’il pouvait tout à fait concevoir d’impliquer davantage le peuple dans les décisions importantes ... Et presque au même moment en Allemagne cette fois-ci ... son homologue a lui vivement invité la chancelière à réexpliquer en détail aux Allemands les mesures tant contestées censées sauver l’euro ... pour que les électeurs comprennent ce qui les attend ... Sans compter qu'il serait bon qu’il puisse s’exprimer lorsque des questions stratégiques se posent ... comme celle-ci : faut-il un Mécanisme européen de stabilité ? Ou celle-là : l’Etat doit-il durablement dépenser plus qu’il ne perçoit ? Ou bien encore : les dépenses de l’Etat doivent-elles être limitées par la Constitution ? ... Après tout ... qu’y a-t-il de si difficile à dire aux citoyens avec des phrases simples ? ... Et personne ne doit avoir peur des réponses à ces questions car même le peuple que l’on prétend si bête ne peut pas prendre de décisions pires que celles des experts ... Reste toutefois cette question insiste le journal de Vienne : Jusqu’où donc peut aller la démocratie directe ?

Le dilemme renchérit son confrère de Varsovie GAZETA WYBORCZA est de savoir comment sauver l'Union ... sans saper la démocratie ... Car quand les politiques disent “Plus d'Europe” ... certains entendent par là plus d’argent allemand par exemple pour sauver les banques et les budgets troués de l'Espagne de l'Italie ou de la Grèce ... et d'autres y voient un appel pour transférer la souveraineté des nations à l'échelle de l'UE ... Or le paradoxe de la situation tient au fait que ces deux revendications ... en grande partie justifiées demeurent difficilement conciliables c'estvrai avec les principes de la démocratie ... Ainsi la question de savoir comment résoudre à long terme le dilemme démocratique de l'UE ressemble de plus en plus à la quadrature du cercle ... Comment sortir de la crise sans élargir le fossé entre les besoins de l'UE d'un côté ... et ce que les sociétés européennes sont prêtes à accepter de l'autre ...

Alors si l'on remonte aux origines rappelle pour sa part le quotidien néerlandais du soir NRC HANDELSBLAD ... le projet d’intégration européenne a été fondé sur l’idée que le nationalisme et le principe de souveraineté nationale étaient à l’origine des guerres qui avaient secoué l’Europe ... Et à partir donc de ce constat fondateur ... l’intégration européenne a été conçue de façon unidimensionnelle ... comme un processus d’union qui ne cesserait de croître ... chapeauté par un commandement centralisé ... et selon lequel plus le pouvoir central gagnerait de pouvoir ... plus les puissances nationales auraient à en céder ... Sauf que cet objectif poursuit l'article n'a pas été choisi par les peuples européens ... qui à chaque fois qu’ils ont l’occasion de s’exprimer sur la question le rejettent ... Or le processus européen progresse pourtant lui inéluctablement vers plus de centralisation ... plus de contrôle imposé d’en haut ... plus de dictature des juges et des bureaucrates non élus ... plus d’abrogations de lois pourtant votées par des parlements élus ... plus de traités constitutionnels conçus sans la moindre contribution des peuples concernés ...

"L’Europe avance masquée" ... voilà ce qu'a dit un jour un certain Jacques Delors ... alors président de la Commission européenne ... Et pendant des années ... cette stratégie a fonctionné ... Sauf qu'aujourd’hui en plein chaos économique et monétaire ... cette méthode élitiste qui n’associe pas les citoyens aux processus décisionnels révèle toutes ses limites ... Pour la première fois depuis cinquante ans ... des mécanismes se mettent en marche qui font entrevoir aux citoyens une cascade de réactions ... de peurs ... et de nationalismes ... A tel point que bon nombre d’électeurs imputent aujourd'hui la crise à un excès d’Europe ... et non au manque d’instruments dont disposent les institutions de l’Union ...

Nous nous trouvons donc à la croisée des chemins écrit de son côté le chroniqueur de L'INTERNAZIONALE à Rome ... Aucun pays européen n’a le poids nécessaire pour peser seul dans les enjeux mondiaux ... pas même l’Allemagne ... Il n’y a pas de politique au sens de faculté de choisir son destin en dehors de l’Europe ... Mais on ne peut consolider l’Europe sans les peuples voire contre les peuples ... Autrement dit la seule approche envisageable est celle d’un transfert de souveraineté vers un pouvoir européen ... mais pourvu d’une légitimité démocratique ... Voilà pourquoi les nombreux sommets européens auxquels nous assistons depuis des mois ne peuvent apporter dans le meilleur des cas qu’une solution provisoire ... Et de ce point de vue d'ailleurs l’approche de la question grecque est emblématique ... Il apparaît désormais évident qu’Athènes ne pourra pas rembourser sa dette aussi énormes soient les sacrifices consentis ... L’option qui s’offre à la Grèce est donc l’annulation ou la mutualisation de sa dette ... en échange d’une surveillance étroite de la gestion future des comptes publics d’Athènes ... Et seule l’Union européenne pourra se charger d’une telle mission ... Sauf que dans le même temps le peuple grec lui ... comme les autres citoyens de l’Union ne pourra pas accepter la perte de souveraineté ... à moins ... à moins que l’autorité européenne chargée de contrôler ses comptes publics ne soit pas pourvue d’une plus grande légitimité démocratique ... Or pour ce faire il convient de rouvrir dès aujourd’hui la question des institutions ... et transformer l’Union en un espace de démocratie directe ... ce qui signifie par exemple : instituer l’élection directe du président de l’Union européenne au suffrage universel ... introduire le référendum d’initiative populaire à l’échelle européenne ... instaurer la prise de décisions à la double majorité simple : 51% des 27 États membres par le vote des ministres ... et 51% de la population par le vote de leurs représentants au parlement européen ...

Face à la crise ... l’Europe doit aujourd’hui choisir entre le courage et le déclin écrit le journal ... Et de conclure : d’aucuns soutiennent qu’il faut d’abord résoudre les problèmes économiques ... bancaires et financiers de l’Union avant d’ouvrir le chantier institutionnel ... En réalité ils veulent empêcher le transfert de pans entiers de leur souveraineté ... sous prétexte que les citoyens ne seraient pas prêts à faire le grand saut ... C’est donc aux citoyens européens de revendiquer un espace politique commun et fédéral... Et c’est aux politiques de démontrer qu’ils sont vraiment disposés à faire émerger une Europe forte ... souveraine... unie et démocratique.

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