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Revue de presse internationale par Claude Guibal. "Mon copain d'enfance, le jihadiste"

4 min

C'est une série de photos, au grain un peu éclaté, une série de photos qui sent la nostalgie... Elles ont une vingtaine d'années... On y voit des gouters d'enfants, des courses à vélo dans les rues, des gamins qui posent à côté de grosses peluches orange. L'un des gosses sur la photo s'appelle Amir. L'autre s'appelle Jakob. Et c'est lui qui signe ce terrifiant et triste article dans le journal danois Politiken... Article intitulé, "Mon ami d'enfance, le jihadiste de l'état islamique".

Jakob et Amir ont grandi ensemble... dans la banlieue ouest de Copenhague. Ils ont le même âge, 27 ans. Ils ont la même origine, leurs pères viennent tous les deux du Pakistan, de la même ville, Rawalpindi. Leurs mères sont danoises, l'une blonde, l'autre rousse, elles fument à la chaine, les mêmes cigarettes. Jakob et Amir sont nés dans le même quartier, ont fréquenté la même école primaire. A la maison, l'islam est une toile de fond, ni très présente, ni totalement absente. Ce n'est pas un sujet à discussion. A l'adolescence, chacun va dans un collège différent. Les chemins se séparent. Il y a quelques semaines, Jakob est tombé sur Amir dans la rue. Je reviens de Syrie, je reviens du Jihad, et j'y retourne, dès que possible. Jakob est sidéré, Jakob se demande comment deux gamins si semblables ont il pu devenir si différents, pourquoi son copain, si gentil, si soucieux des autres a pris un jour la route pour la Syrie, rejoint les rangs d'al Qaeda, et tué des hommes au nom d'Allah.

L'histoire d'Amir on la connaît, on la lit un peu partout dans la presse de tous les pays d'où sont originaires les jihadistes qui combattent aujourd'hui en Syrie et en Irak. Qu'ils soient français, danois, allemands, anglais, ces jihadistes se ressemblent souvent. Ils ne viennent pas nécessairement des classes les plus défavorisées, mais se radicalisent à l'occasion d'une rupture, scolaire, professionnelle, sociale. Sentiment de rejet, d'exclusion qui trouve un exutoire dans cette famille de substitution que proposent les recruteurs, sur internet, ou dans les mosquées. Sentiment d'appartenance, avec ses codes, sa solidarité, son "eux contre nous".

L'histoire de Jakob et Amir, on la retrouve aussi dans Newsweek sous la plume de Fariba Nawa, journaliste allemande d'origine afghane, qui raconte comment, au sein de sa famille, immigrée en Allemagne dans les années 1980, les parcours les plus divers cohabitent. Ceux qui ont été intégrés, réussissent dans leur emploi, ont cherché une place dans la société, mais aussi le cousin emprisonné en 2011 pour avoir recruté des jeunes, à Berlin, pour le compte d'Al Qaeda. Ou l'autre cousin, celui qui est mort combattant en Syrie, le mois dernier.

Fariba Nawa raconte comment l'Allemagne tente de gérer ses jihadistes. Des associations vont dans les mosquées, pour entrer en contact avec les jeunes, leur proposer une lecture alternative du Coran. Les autorités confisquent les passeports, et envisage de déchoir ces hommes de leur nationalité.

La question jihadiste est devenue l'obsession de nombreux pays occidentaux, qui semblent à peine la découvrir, et sont incapables de l'appréhender correctement. C'est ce qu'explique l'analyste Hugh Pope, dans un article publié par le Daily Star, au Liban. Hugh Pope le note : la résolution récemment consacrée par le conseil de sécurité des Nations Unies à la lutte contre le jihadisme ne consacre que 30 lignes sur 330 aux causes du problème. Tout le reste se concentre sur les moyens de renforcer l'arsenal répressif... Or dit il, l'approche policière ne suffit pas en occident, comme ailleurs. Au Nigeria, le gouvernement ne s'est jamais soucié de lutter contre la mauvaise gouvernance, contre le sous développement, contre la corruption rampante qui mène à la radicalisation.. A la place, il a misé sur l'action militaire, et cela au contraire a jeté les gens dans les bras des jihadistes.

Quelle est la bonne approche? Les spécialistes sont dubitatifs. Le modèle français, avec la laïcité érigée à son paroxysme ne protège pas du jihadisme, on l'a vu. Le modèle anglais, qui inclut la visibilité religieuse dans la vie publique, non plus. Ne parlons pas du modèle saoudien ultra religieux, qui ne préserve pas davantage le royaume wahhabite du terrorisme islamiste.

L'autre question, c'est que faire de ces hommes, qui reviennent? Au Danemark, en Arabie Saoudite, on crée des centres de réinsertion. L'Angleterre, elle, envisage de les empêcher de revenir au pays, ce qui soulève un large débat sur la légalité de la chose. Dans les colonnes du Belfast Times, un chercheur se montre très critique. Leur interdire de revenir, ce serait un désastre dit-il. Vous les criminalisez. Et vous déresponsabilisez la communauté musulmane britannique, en la déchargeant du problème.

Ceux qui partent reprend ils, sont mus par une sorte d'idéal romantique, et cet idéal peut au bout du compte les décevoir. Il faut donc leur offrir "quelque chose de mieux". Ca c'est Daniel Hannan qui l'écrit dans le Telegraph. Ces hommes, dit-il, sont moins motivés par la piété que par tout ce qui attire beaucoup de jeunes vers la violence. La vanité l'agressivité, le narcissisme... Et ce ne sont pas des arguments théologiques qui les feront reculer, explique l'auteur. Encore moins la condamnation de la communauté musulmane qu'ils méprisent totalement, parce qu'elle leur apparait comme vendue à la société dans laquelle ils évoluent. Il faut donc proposer un modèle positif. Contrer le nihilisme suicidaire d'une génération éperdue de violence plus que de religieux...

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