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Revue de presse internationale par Erwan Pastol

4 min

Le Premier ministre François Fillon est -depuis hier et jusqu’à ce soir- en visite diplomatique en Côte d’Ivoire.

Et dans la presse ivoirienne ce matin, nombreux sont ceux à lui donner l’habit de VRP de la République, d’autres encore, plus virulents, l’affublent du casque blanc de néo colonisateur.

Le quotidien pro-Gbagbo Notre Voie s’agace de cette « visite des popotes » auprès d’Alassane Ouattara.

François Fillon n’est pas venu seul. Il est accompagné d’une vingtaine de chefs d’entreprise français. Comme pour dire clairement que les velléités d’indépendance économique ne sont plus qu’un « mauvais souvenir » pour les intérêts français, comme pour dire que la diversification des partenaires commerciaux, c’est fini !!!

Et l’organe des partisans du président déchu de conclure : Paris reprend la main sur sa « sous-préfecture » et réactive ses pratiques françafricaines.

Ne soyons pas naïfs !, prévient encore afreekelection.com . La France a dégagé de force Laurent Gbagbo qui s'accrochait à un pouvoir perdu dans les urnes. Cette opération n'était en fait qu’un investissement pour l’avenir. Au bout des canons, le grisbi. Il Lurge maintenant pour la France de toucher les dividendes du risque, du risque de son engagement militaire pour aider Ouattara.

Car les affaires vont désormais bon train à Abidjan, relève le journal Le Patriote . Les multinationales se bousculent Tau portillon, attirées qu’elles sont par les opportunités liées à la reconstruction du pays.

Un pont à Abidjan et le chantier de l’aéroport de San Pedro, ça, c’est pour Bouygues.

Alstom pourrait quant à lui se voir confier la construction d’un gigantesque barrage hydroélectrique à Soubré, au Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire.

Et Bolloré dans tout ça ?! Eh bien Bolloré est toujours là mais joue profil bas avec Ouattara, tant il a fait d’affaires avec Gbagbo.

Les entreprises françaises ne sont pas seules sur le coup, remarque L’Intelligent d’Abidjan . Dans le BTP, dans l’exploitation minière et pétrolière, on retrouve de plus en plus de groupes américains, anglais, indiens Zet chinois.

Mais l’Hexagone reste le principal partenaire économique de la Côte d’Ivoire intervient le quotidien Nord-Sud , chiffres à l’appui.

L’année dernière, un tiers des IDE sur le sol ivoirien, les investissements directs à l’étranger, étaient d’origine française. Et il y a encore 500 PME tricolores et 140 filiales de grandes entreprises hexagonales dans le pays. Une présence qui pèse pour près d’un quart du PIB ivoirien.

Alors le gouvernement de Guillaume Soro multiplie les gestes de « francophilie économique », comme les qualifie le site legriot.info .

A l’occasion de la visite de François Fillon, le ministre ivoirien de l’Economie, Charles Koffi Diby, va officialiser une décision qui irrite une partie de la rue abidjanaise ces jours-ci.

Son gouvernement va indemniser à hauteur de 10 millions d’euros 44 entreprises françaises victimes de pillages en 2004, lors d’un épisode de haine anti-française particulièrement violent.

C’est finalement un échange de bons procédés, explique journaldumali.com qui titre ce matin sur le renforcement de la coopération économique franco-ivoirienne.

Il y a deux mois la France a accordé à la Côte d’Ivoire un prêt de 400 millions d’euros pour faire face aux besoins d’urgence, notamment le paiement des fonctionnaires.

François Fillon est arrivé à Abidjan avec une autre proposition : réviser les conditions de remboursement de la dette ivoirienne envers la France.

Le Nouveau Réveil d’Abidjan rapporte des extraits du discours du Premier ministre hier soir à l’ambassade de France.

« Nous allons lancer un grand contrat de désendettement-développement pour près de 2 milliards d’euros -déclare François Fillon. A l’échéance de ce contrat, nous allons annuler la dette publique de la Côte d’Ivoire à hauteur d’un milliard d’euros »

Ivoire Gazette décrypte : la Côte d’Ivoire accorde des contrats aux entreprises françaises, et en échange Paris renonce à une partie de l’argent prêté à Abidjan.

Ivoire Gazette qui souligne le caractère très commercial de la tournée africaine de François Fillon qui passera ensuite par le Ghana puis le Gabon. Le Gabon, ce « pré carré » historique de la France en Afrique -explique le quotidien, au contraire du Ghana : l’ancienne colonie britannique est une terre vierge, une terre de conquête pour les investisseurs français.

On comprend le récent intérêt de la France pour ce pays écrit journaldumali.com . C’est la plus grosse croissance du continent - 12% cette année- et Accra vient de se découvrir de nouveaux gisements pétroliers.

L’Observateur burkinabé prédit que François Fillon tiendra le même discours à la république dynastique gabonaise et à la transparente démocratie ghanéenne.

Il parlera le langage des affaires.

Pour le quotidien de Ouagadougou, ce sont ces deux faces de Janus de l’Hexagone que le locataire de Matignon va promener le long du Golfe de Guinée :

d’un côté, cette France qui défend la démocratie et les droits de l’Homme, fût-ce à coups de baïonnette et de l’autre, celle qui ferme les yeux quand elle n’encourage pas carrément la dévolution du pouvoir pour préserver ses intérêts économiques.

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