LE DIRECT

Revue de presse internationale par Erwan Pastol

5 min

Ce matin, la presse internationale a les yeux rivés sur les indices boursiers et les cours obligataires :

Les marchés sont chamboulés alors que la crise de la dette s'aggrave, titre le Financial Times. La chute de l'Europe met à mal les places boursières mondiales, explique le FT. Pour le quotidien espagnol El Païs, l'Europe se montre impuissante face à l'attaque des marchés, l'Espagne et l'Italie sont au bord du gouffre. En Une de La Repubblica : l'attaque contre l'Italie, les marchés qui s'écroulent. L’International Herald Tribune complète : la péninsule va devenir le prochain maillon faible de l'Union Européenne.

Dans ce concert de Unes alarmistes, une petite voix réclame un peu d’attention sur un tout autre sujet, cette petite voix c’est celle de mamfakinch.com , le site internet du mouvement dit du 20 février au Maroc : les médias et les opinions publiques européennes nous ont oubliés. Il a suffi d’un référendum truqué et du vote d’une constitution prétendument démocratique. Plus la peine désormais de s’intéresser au printemps marocain, ils ont d’autres chats à fouetter.

Le bien-nommé angryarab.net s’arrache les cheveux à la lecture d’un article publié ce matin dans l’International Herald Tribune .

Le journal américain écrit : « Alors que le changement démocratique s’effectue dans la violence ailleurs au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la décision du Maroc de modifier sa Constitution est considérée par certains comme la solution alternative aux confrontations sanglantes qui ont marqué le printemps arabe. »

Mais qui pense cela ?!, s’énerve angryarab.net . Des observateurs occidentaux confortablement installés dans leurs bureaux ? Peut-être. Mais certainement pas le peuple marocain qui, lui, est dans la rue !

Mais le «mouvement du 20 Février» ce n’est pas LE peuple, c’est une minorité, lui répond ce matin Aujourd’hui-le Maroc . Une minorité qui a certes droit à la liberté d’expression mais qui a AUSSI des devoirs : respecter le verdict des urnes, respecter le choix de la majorité, martèle le quotidien casablancais.

La nouvelle Constitution a été approuvée par 98,5% des votants avec une participation de près de 73%. Point final.

Et le quotidien pro-régime Al-Bayane de s’enflammer : la nouvelle Constitution a été largement plébiscitée dans un climat de sérénité civique. Durant la campagne, les médias Zofficiels se sont Touverts à toutes les tendances. Aussi bien les adeptes de la Constitution que les boycotteurs, chacun a pu donner de la voix.

L’hebdomadaire Telquel n’est pas d’accord, mais alors pas du tout : la propagande qui a balayé le Maroc avait un parfum du passé, écrit Karim Boukhari. Cela ne sentait pas bon. Les cinémas ont affiché le Oui comme si c’était le film de la semaine. Les magasins ont dit Oui. Les boulangeries, les bus, les taxis, les anciens ceci ou cela, les habitants de tel ou tel quartier, même les clubs de foot et les journaux sportifs ont dit Oui. Oui comme un seul homme. Même les imams dans les mosquées ont prêché pour le Oui entre deux sourates : sont déclarés bons musulmans ceux qui auront dit Oui, les autres sont des kouffar – des mécréants.

Telquel s’interroge en Une : mais qui peut encore dire « Non » ? Le Maroc se cherche aujourd’hui une opposition. Maroc Hebdo , lui, se projette dans l’avenir : le jeu des alliances entre partis est ouvert, des législatives se tiendront le 7 octobre prochain. Un scrutin que la nouvelle Constitution dote d’un enjeu supplémentaire : elle prévoit en effet que le Premier ministre aux prérogatives élargies soit issu de la formation politique qui sortira en tête des urnes.

C’est pour ça que presque tous les partis politiques ont roulé pour le « Oui » explique l’hebdomadaire Actuel . La campagne référendaire avait un autre objectif : les prochaines législatives. La plupart des partis ne voulait pas manquer l’occasion historique d’arracher un peu de pouvoir à la monarchie.

Reste ceux que la nouvelle Constitution frustre, et que la prochaine échéance électorale indiffère. Ceux-là manifestent encore et toujours selon le site d’information demainonline . Dimanche dernier, ils étaient quelques milliers, des jeunes surtout, dans une dizaine de villes du royaume. Le camp du « 20 février » prépare encore une grande marche nationale pour dimanche prochain, croit savoir demainonline .

Nous sommes en train d’assister à la transformation du « vingt février » en « vain février », s’agace le journal Aujourd’hui – le Maroc .

Nombreux étaient ceux qui considéraient ces jeunes facebookers avec sympathie. Mais encore plus nombreux sont désormais ceux qui leur sont devenus carrément allergiques tant leurs revendications, leurs accusations de fraude – sans la moindre petite preuve- tant leurs protestations Zobsessionnelles sont contre-productives !

Sur demainonline la figure du journalisme d’opposition marocain, Ali Lmrabet, raille la volonté de ses confrères d’éteindre le feu révolutionnaire.

La boîte de Pandore a été ouverte quand un jeune Tunisien a décidé de s’immoler par le feu pour crier son désarroi et réclamer ses droits. Ce jour-là, le petit génie de la liberté est sorti.

Essayez donc de le faire rentrer dans la boîte!

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......