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Robert Mugabe, 90 ans, 34 ans au pouvoir

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Par Marine DE LA MOISSONNIERE

Un million de dollars, voilà ce que va coûter la fête d'anniversaire de Robert Mugabe, 90 ans aujourd'hui. Décompte fait par le Guardian. Les célébrations promettent d'être somptueuses, encore plus que l'an dernier, raconte le quotidien britannique. Le président avait alors soufflé ses bougies sur un gâteau de 89 kilos et des pièces en or avaient été frappées.

Problème : cette année, le Zimbabwe n'a pas les moyens d'offrir de telles célébrations à son Président, le plus vieux chef d'Etat d'Afrique. L'économie du pays tourne au ralenti et le Zimbabwe se dirige vers une crise semblable à celle qui l'a frappé il y a 5 ans, explique le Guardian.

Pour l'opposition, cet anniversaire, c'est donc une "dépense extravagante alors que tant de citoyens ont faim." Des citoyens qui auraient même été mis à contribution, rapporte le journal The Zimbabwean. Des villageois de la région de Gutu ont ainsi raconté avoir reçu la visite de militants du parti de Mugabe. Ils les auraient forcés à donner de l'argent ou du bétail pour financer les célébrations, sous peine de mort.

"Il n'y a pourtant rien à célébrer", dénonce Dewa Mavhingan, de l'ONG Human Rights Watch, dans les colonnes du Guardian. Ni son anniversaire, ni son bilan en matière des droits humains et encore moins son héritage. Le chercheur dénonce un culte de la personnalité outrancier sur fond de corruption. Il s'inquiète également de l'avenir du pays si Robert Mugabe venait à disparaître car l'homme n'a pas organisé sa succession.

Pas de cadeaux, donc, du côté des défenseurs des droits de l'Homme.

Pas de cadeau non plus de la part de l'Union européenne. En effet, si Bruxelles a annoncé lundi, avoir levé les sanctions qui pesaient depuis 2002, contre une partie de l'élite politique et militaire du Zimbabwe, le Président, lui, toujours interdit de séjour sur le territoire européen.

Pourtant "ces sanctions sont un échec total", estime le site Think Africa Press. Le but, c'était de faire partir Robert Mugabe. "Il n'y pas de salut pour le peuple du Zimbabwe tant que le régime n'aura pas changé", disait en 2004, Tony Blair, rappelle le site.

Mais 34 ans après l'indépendance de ce qui était alors la Rhodésie, Robert Mugabe est toujours à la tête de l'Etat et devrait le rester. Il aura 94 ans lors des prochaines élections fait remarquer le Guardian et absolument rien ne suggère qu'il ait envie de quitter la scène politique. Malgré des rumeurs - jamais confirmées - le disant malade d'un cancer de la prostate, le seul ennui de santé qu'on lui connaisse, ce sont des cataractes à répétition. Il est d'ailleurs en ce moment à Singapour pour se faire soigner. A moins, suppute le Guardian, que ce ne soit pour subir un "mystérieux traitement incluant des transfusions sanguines". Ce serait alors ça le fameux secret de sa longévité.

La BBC avance d'autres facteurs d'explications. Robert Mugabe dort peu, fait du sport tous les matins - la même série d'exercices qu'il faisait pendant les 11 années qu'il a passées en prison. Il mange de la nourriture traditionnelle, ne fume pas, mais ne refuse jamais un verre de vin. Il a décroché plusieurs diplômes, notamment quatre par correspondance dont deux pendant sa détention. Il se vante également d'avoir une très bonne connaissance des techniques de violences.

Voilà pour sa longévité physique. Mais comment expliquer sa longévité au pouvoir ? "L'occident le voit comme un dictateur mais en Afrique, il a toujours énormément de partisans", résume la Deutsche Welle, sur son site. Et de citer Baffour Ankomah, rédacteur en chef du magazine New African à Londres, qui connaît personnellement Mugabe : "A en croire les médias occidentaux, il mange son peuple au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner, mais en réalité, c'est quelqu'un d'extrêmement humain", témoigne-t-il. Pour le journaliste, Mugabe est un défenseur de la liberté. Une opinion partagée par bon nombre des lecteurs du magazine. Invités à désigner les personnalités africaines les plus importantes, en 2004, ils avaient choisi Nelson Mandela, suivi du premier président du Ghana. Et en 3e position, Robert Mugabe. Son discours anti-occident, anti-colonisation séduit au-delà des frontières de son pays. "Quand il appelle les Africains à prendre le contrôle de leurs pays et de leurs ressources, cela touche une corde sensible pour beaucoup", analyse la radio allemande qui souligne que c'est le seul dirigeant du continent à avoir vraiment rendu leurs terres aux Noirs.

Le chef de l'Etat bénéficie également du soutien des autres dirigeants de la région qui voient en lui "un homme politique aguerri aux multiples contacts". Des liens noués au moment où Robert Mugabe se battait contre la minorité blanche en Rhodésie. Des liens qui perdurent encore aujourd'hui. Les dirigeants africains l'ont ainsi élu vice-président de l'Union africaine au début de l'année et ont fait pression pour qu'il soit invité au prochain sommet avec l'Union européenne, en avril, détaille la Deutsche Welle.

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