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Roulette coréenne, suite et pas fin

5 min

Par Thomas CLUZEL

Roulette coréenne, suite et pas fin, du moins espérons le. Kim Jung Un osera-t-il appuyer sur le bouton rouge, celui de l'arme nucléaire, comme le suggère le dernier photo montage à la Une de l'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST. Quoi qu'il en soit, la presse sud-coréenne l'affirme ce matin, le régime de Pyongyang s'apprêterait à effectuer un 4ème test nucléaire. Selon LE QUOTIDIEN DU CENTRE, les mouvements inhabituels de personnels et de véhicules observés autour du principal site d'exploitation seraient de même nature que ceux observés avant le troisième essai atomique, daté du 12 février dernier. Deux missiles auraient également été positionné sur les côtes, des missiles d'une portée de 3000 kilomètres chacun, ce qui leur permettrait d’atteindre, au choix, la Corée du Sud, le Japon, ou bien encore l’île américaine de Guam, où sont actuellement stationnés pas moins de 6000 soldats américains.

Peut-être Kim Jung Un aime-t-il l’idée d’être lui même à l’origine du chaos, comme s'il jouait à un jeu vidéo, écrit l'hebdomadaire britannique. C'est juste un garçon. Et les garçons seront toujours des garçons, ironise de son côté le dessinateur du NEW YORKTIMES.

La question n'en demeure pas moins de savoir si ces menaces doivent être prises ou non au sérieux. Aux Etats-Unis, par exemple, il règne en ce moment un sentiment étrange, à mi-chemin entre le sarcasme et la moquerie. Un phénomène que le magazine THE ATLANTIC, repris par le site d'information SLATE a cherché à analyser. Selon le journal, la sérénité des Etats-Unis vis-à-vis de la Corée du Nord s'expliquerait tout d'abord par une forme de lassitude. La menace de la dynastie des Kim existe depuis des décennies. Ils s’y sont habitués. Et comme on dit, la familiarité engendre le mépris. Mais ce n’est pas tout, le magazine cite également des événements qui ont prêté à sourire et donc à rendre moins légitime la dictature : que ce soit la visite, récemment, du basketteur Dennis Rodman ; ou bien encore des images de propagande d’un autre temps, à l'instar de cette vidéo de la télévision d’Etat montrant des soldats mimant l’euphorie face à leur leader.

Autrement dit, Washington se rend bien compte qu'avec ses déclarations, la Corée du Nord ne cherche pas tant à effrayer qu'à dissuader. Contrairement à l'Iran, par exemple, qui affiche de grandes ambitions, la Corée du Nord, elle, est en permanence sur la défensive en usant d'agressivité. Et la rhétorique de Pyongyang, qui menace régulièrement de transformer le territoire des "pantins" qui l'entourent en un "océan de feu", ne surprend plus grand monde.

Le problème, renchérit le quotidien de Moscou ROSSIISKAÏA GAZETA, cité ce matin par le courrier international, c'est que la situation reste encore susceptible d'échapper à tout contrôle. Car lorsqu'on choisit comme tactique de dissuader ses voisins, en mettant en avant son irrationalité, on se condamne à la surenchère perpétuelle, afin de rester crédible et de ne pas être traité comme un vulgaire affabulateur. Ainsi, au bout du compte, on risque de se voir contraint de mettre ses menaces à exécution, pour éviter de perdre la face et prouver qu'on ne faisait pas semblant. Et cette logique est assez pernicieuse, d'autant que la Corée du Nord exaspère maintenant tout le monde, y compris la Chine, son principal partenaire et bailleur de fonds. Pékin ne cache plus en effet son irritation face aux gesticulations de la dynastie des Kim, qui fournissent aux Etats-Unis d'excellentes raisons d'intensifier leur présence militaire dans la région.

Même analyse pour le quotidien de Prague, MLADA FRONTA DNES : Pour Pékin, dit-il, la Corée du Nord est synonyme de complications diplomatiques à long terme, car non seulement la Chine perd partiellement son influence sur ce qui se passe à Pyongyang mais elle doit en outre observer en serrant les dents la manière dont les Etats-Unis profitent de la situation pour renforcer leur présence militaire dans la région.

En somme, reprend le journal de Moscou, personne ne sait aujourd'hui comment exercer une influence sur la Corée du Nord. Impossible de la soumettre à des sanctions, car celles-ci ne sauraient modifier la politique d'un pays, qui s'inflige des sanctions de lui-même, en cultivant son isolationnisme et son système autarcique. Bien sûr, si tout le monde s'entendait sur un boycott total de la Corée du Nord, une isolation complète avec la coupure de toutes les liaisons, opérations commerciales et aide humanitaire, cela pourrait avoir un impact. Mais cela est hautement improbable. Tout d'abord, la Chine a beau être atterrée par les excès de sa voisine, elle préfère le statut quo actuel à n'importe quelle autre situation. Ensuite, une catastrophe humanitaire qui dévasterait le pays si les aides étaient coupées obligerait de toute façon le monde civilisé à venir à la rescousse. Enfin, si Pyongyang se sentait acculé, cela pourrait le pousser à un geste désespéré.

Voilà pourquoi, précise LE TEMPS de Genève, alors que la Corée du Nord continue à promettre d’envoyer le feu nucléaire sur ses «ennemis», tout le monde préfère aujourd'hui jouer la carte de la prudence. Les Etats-Unis ont notamment décidé de reporter l’essai d’un missile balistique intercontinental à ogives nucléaires, qui devait avoir lieu cette semaine depuis une base aérienne en Californie. Et voilà pourquoi, aussi, Washington et Séoul ont annulé de conserve une réunion prévue le 16 avril entre les chefs d’état-major interarmées des deux pays.

En clair, alors que les interventions contre des "pays voyous" se multiplient à travers la planète, et même si tous les spécialistes s’accordent à dire que Kim Jong-Un n’a pas les moyens de mettre ses menaces de guerre à exécution, avoir aujourd'hui une réputation de "fou furieux" au visage de poupon vous confère désormais à coup sûr des chances de survie.

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