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Séisme en Europe

5 min

Par Thomas CLUZEL

Comme attendu et même si le Parti centre droit du PPE confirme sa position de premier parti européen, suivi du Parti Socialiste et des Libéraux, c'est évidemment la poussée prévisible des formations anti-Europe, de droite comme de gauche, qui retient la Une de toute la presse, à commencer, d'ailleurs, par le triomphe du Front National. Le visage éclatant de Marine Le Pen se retrouve absolument partout, ce matin, à la Une des médias et surclasse même, bien souvent, les résultats nationaux. Quand LA REPUBBLICA de Rome s'exclame ainsi, tremblement de terre en France, son confrère milanais d'IL CORRIERE parle lui d'élection choc. Idem pour la BILD en Allemagne ou bien encore LE TEMPS de Genève. Depuis des mois, le séisme était redouté. Mais sa magnitude est plus importante encore que ne l’avaient pressenti les sondeurs,constate à son tour LE SOIR de Bruxelles, le journal qui voit dans ce résultat, un véritable big bang pour la classe politique française.

Mais plus encore, Marine Le Pen apparait désormais comme la figure autour de laquelle tourne l'orbite antieuropéenne et radicale de la droite, analyse EL MUNDO, avant de détailler la montée des extrêmes sur le Vieux continent, en France donc, mais aussi au Danemark, en Finlande, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie et en Grèce. Ainsi c'est donc toute l'Europe qui vire à droite, prévient encore ce matin l'hebdomadaire DIE ZEIT, ce que son confrère britannique THE GUARDIAN résume lui d'une phrase : une suite de résultats sensationnels, dit-il, qui heurte l'Union Européenne.

Unes de la presse européenne après la victoire du Front national aux européennes de 2014
Unes de la presse européenne après la victoire du Front national aux européennes de 2014 Crédits : DR - Radio France

Assistons-nous, pour autant, au début de la fin du projet européen ? Une fois passé le choc, les analyses sur les causes de cette poussée prévisible des formations anti-Europe sont évidemment connues. Nombre d'Européens ont notamment le sentiment aujourd'hui qu'il existe un monde parallèle anonyme, qui s'appelle Bruxelles, un monde qui les menace à la fois dans leur identité, leur langue et leur culture, écrit la REPUBBLICA. Et puis, il ne s'agit plus seulement de la critique qui s'exprime habituellement contre la bureaucratie bruxelloise et cette démocratie supranationale, création artificielle venue d'en haut, non, l'aversion suscitée cette fois-ci par le libéralisme et la politique économique actuelle s'en trouve également renforcée, précise son confrère slovène DELO. De façon croissante, dit-il, les citoyens européens voient dans la politique dominante les intérêts des grands groupes et des centres financiers. Le secteur public est démantelé et l'Etat-providence en voie de disparition.

Autrement dit, il s'agissait là avant tout d'un scrutin de crise, rappelle à son tour le journal de Copenhague POLITIKEN. Et pour la première fois, les électeurs européens avaient l’occasion, justement, de réagir aux politiques d'austérité et à la hausse significative du chômage. Or plutôt que de répondre clairement aux inquiétudes des citoyens, les politiciens traditionnels les ont soigneusement esquivées. En revanche, les partis dits marginaux ont eux joué un autre jeu, poursuit THE GUARDIAN, en proposant des politiques simples, voire simplistes, comme celle visant à mettre un terme à l’immigration. Des sornettes d’un côté et de l’indignation de l’autre. Il ne pouvait que s’ensuivre une déliquescence du débat politique, une perte de nuances et d’intelligence. Même analyse pour EL PAIS, alors que les socialistes et la droitedétournaient le regard du débat, le Front National, notamment a davantage contribué que ses concurrents, dit-il, à souligner l'importance de voter aux élections européennes.

Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle, la véritable menace pour l’Europe n’est finalement pas l’extrême droite radicale, comme Aube Dorée en Grèce ou le Jobbik en Hongrie, mais une force plus subtile, connue comme la nouvelle extrême droite, écrit THE DAILY TELEGRAPH, des partis dont le FN de Marine Le Pen est aujourd'hui le plus proéminent, des partis qui se sont donnés beaucoup de peine, dit-il, afin de lisser leurs messages et leur communication. En clair, les bottes noires, les skinheads et les slogans ont été relégués au passé, remplacés par des costumes-cravates bien taillées, qui donneraient à leurs dirigeants une apparence presque respectable.

Même analyse pour THE GUARIDAN, si une ou deux de ces formations sont franchement néofascistes, d’autres en revanche, ont renié avec plus ou moins de conviction, leurs origines d’extrême droite. Et même si toutes sont hostiles à l’immigration et pour certaines même, ouvertement islamophobes, en revanche précise THE IRISH TIMES, ce serait une erreur, dit-il, que de mettre dans le même sac, tous les types de populismes et d'euroscepticismes. Et puis surtout, reprend son confrère de Londres, bien que les partis d'extrême droite aient amélioré, c'est vrai, leur score dans plusieurs pays européens, on ne peut toutefois pas parler de péril fasciste sur le continent, puisque dans la plupart des pays, les électeurs continuent de privilégier les partis politiques traditionnels et non les nouveaux.

Mais attention, car une coalition à présent des grands groupes parlementaires pour endiguer l'influence des populistes ne serait toutefois d'aucun secours, prévient aussitôt, le site de la radio publique irlandaise. La poussée des partis extrémistes pourrait, en effet, contraindre les grandes familles politiques européennes à collaborer. Sauf que si certains y voient une solution de fortune acceptable, pour empêcher un blocage de l'hémicycle, ce serait tout aussi préjudiciable à l'image de l'UE, dit-il, car cela conforterait l'idée eurosceptique d'un complot de l'establishment contre le peuple.

Et le journal de Bucarest DILEMA VECHE, cité par le Courrier International de conclure : pour la promotion de ces élections, le Parlement européen avait choisi une affiche, sur laquelle on pouvait voir des centaines de points lumineux, des taches blanches indiquant clairement les zones les plus développées. Et bien à présent, la question est de savoir si les taches sombres des réalités politiques ne risquent pas d'estomper un peu plus encore la crédibilité du projet européen.

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