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Sepp Blatter quitte le terrain

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Par Eric Biegala

La démission de Sepp Blatter, quatre jours à peine, après sa réelection pour un cinquième mandat à la tête de la FIFA, la Fédération Internationale de Football Association fait les gros titres de la presse mondiale ce matin... A commencer par la presse américaine puisque c'est des Etats-Unis - où pourtant le football, le soccer comme on dit là-bas est très loin d'être le sport le plus populaire) mais c'est bien des Etats-Unis que sont partis les enquêtes et les accusations de corruption qui ont entraîné successivement la mise en examen de 14 personnes dont 7 officiels haut-placés de la FIFA, apréhendés dans leur hôtel de Zürich mercredi dernier sur demande du FBI americain, puis, hier soir, la démission du président de la fédération mondiale... Le New York Times est particulièrement en pointe dans l'histoire. C'est le quotidien en effet qui avait porté une première touche en direction du patron de la FIFA, en révélant lundi que les enquêtes de la justice américaine visaient non seulement la fédération nord-Américaine de football mais aussi le principal bras droit de Sepp Blatter, le Français Jérôme Valcke, liant ce dernier à une série de paiements soupçonnés d'être des pots de vins ayant servi a obtenir la sélection de l'Afrique du Sud comme pays hôte de la Coupe du Monde en 2010.Le quotidien revèle par ailleurs ce matin que la justice américaine cherche à mettre en cause directement Sepp Blatter ; citant des fonctionnaires du ministère de la justice, le New York Times écrit que la justice américaine "entend obtenir la coopération de certains des officiels de la FIFA déjà mis en examen aux Etats-Unis de manière à monter un dossier d'accusation complet" contre Sepp Blatter lui-même.Le principal interressé a annoncé sa prochaine démission de la FIFA dans un point presse inopiné hier en fin d'après-midi, sans donner d'autre explication que celle d'avoir "perdu la confiance du milieu du football" , alors même qu'il venait d'être réélu à la tête de son instance dirigeante, rapporte l'agence Reuters ... Mais les scandales et affaires de corruption ne s'arrêteront probablement pas aux mises en examen de la semaine dernière. A vrai dire cela fait des années que les soupçons de corruption généralisée hantent le monde du football International, notamment concernant les droits de restransmission télévisés (c'est la FIFA qui les gère) ou l'organisation des principaux événements comme la Coupe du Monde. "Le moment le plus controversé des présidences successives de Sepp Blatter c'est sans doute la période de décembre 2010, quand le patron de la fédération internationale a annoncé que la Russie et le Quatar avaient été sélectionnés pour accueillir les coupes du Monde 2018 et 2022" , écrit sur son site web CNN ; des allégations de corruption dans le vote du comité exécutif de la FIFA qui avaient aboutis à ces désignations avaient déjà largement plombé la réputation de la fédération écrit CNN ; et puis il y a le soupçon récurrent selon lequel le Quatar, fort de sa gigantesque manne gazière avait largement arrosé les membres de ce comité pour pouvoir accueillir une coupe du Monde sur son sol, alors même que la température régnant dans l'émirat - autour de 50 degrés en été - n'en fait pas précisément l'endroit le plus adéquat pour organiser des rencontres sportives de ce niveau.Si Sepp Blatter a réussi, jusqu'à présent, a éviter les accusation directes contre lui, "les questions autour des coupes 2018 et 2022 restent pendantes" écrit encore sur son site la chaine d'information américaine, qui rappelle que quelques heures à peine après la descente de police dans l'hôtel zürichois sur demande du FBI mercredi dernier, "les procureurs fédéraux suisses annonçaient qu'une enquête criminelle distincte avait été lancée autour du processus de désignation des pays hôtes pour ces coupes du monde 2018 et 2022" .Et puis au delà de ces deux événements, "dans le monde du football, personne n’est dupe des stratégies politiques dont a usé Sepp Blatter pendant sa longue carrière à la tête de la Fifa pour garder le pouvoir entre ses mains , souligne pour sa part Slate Afrique . "Et si la majorité des dirigeants de l’organisation arrêtés mercredi dernier sont originaires d’Amérique centrale et latine, c’est en Afrique que pèsent les plus forts soupçons sur les pratiques du Suisse, avec notamment le cas du programme Goal, créé par Blatter lui-même pour développer les infrastructures liées au football dans les pays en développement . Entre 2015 et 2018, 900 millions de dollars seront consacrés par la Fifa à des programmes de développement locaux du football, dont la majorité en Afrique" , précise encore Slate ."On est inamovible jusqu’à un certain point. Sepp Blatter a eu l’intelligence de le comprendre" . écrit de son côté Le Temps , dans son éditorial ; "Il a fini par réaliser qu’il ne serait pas de taille, lui, le seigneur du football mondial, à affronter la justice américaine et ses enquêtes sur le système de corruption qui a gangrené jusqu’à la tête de son organisation.La mise en cause directe de son bras droit à la FIFA, Jérôme Valcke, pour un versement suspect de 10 millions de dollars, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Sepp Blatter savait que cette affaire allait empoisonner son cinquième mandat à la tête de l’organe dirigeant du football" , poursuit le quotidien de Genève, pour qui ce départ "est d’abord un aveu d’échec" . Et d'expliquer : "Depuis son accession à la présidence en 1998, le Haut-Valaisan avait piloté l’extraordinaire expansion commerciale de la FIFA, devenue une machine à générer des profits – 10 milliards de dollars depuis 2007. Mais il n’a pas su freiner ceux qui, selon les mots de Domenico Scala, président du comité d’audit de la FIFA, «ont cherché à s’enrichir aux dépens du sport». Les hiérarques mis en cause par l’enquête judiciaire américaine occupaient des postes élevés à la FIFA. Ils côtoyaient Blatter lors des sommets où se prenaient les décisions; ils orientaient avec lui le destin du football mondial. Il n’a pas su les écarter à temps, il n’a pas su combattre avec assez de force les dérives nées du système lucratif qu’il avait créé. Comme président, il était responsable de ces défaillances, et sa démission est juste ", conclu l'éditorial du quotidien genevois.

Blatter "responsable", donc, mais pas forcément coupable... au moins tant que la justice américaine ne l'aura pas rattrapé.

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