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"Shutdown" aux Etats-Unis : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

« Shutdown », le mot barre la Une de très nombreux quotidiens, qu'il s'agisse du journal de Boston, de Philadelphie ou de Washington. Quand le gouvernement baisse le rideau sur fond d'impasse budgétaire, écrit le NEW YORK TIMES, son confrère du WALL STREET JOURNAL se montre lui légèrement plus aggressif et déplore une confrontation sinistre à Washington. Mais la palme du journal le plus scandalisé revient certainement auNEW YORK DAILY NEWS, remarque le site d’information en ligne SLATE. Le tabloïd américain a mis en Une un pastiche de l’affiche de la série House of Cards. Sauf, sauf qu’à la place du très retors membre du Congrès démocrate, interprété par Kevin Spacey et prêt à tout pour accéder au poste suprême, on y voit ici le leader républicain de la Chambre des représentants, les mains pleines de sang. Le tout retitré: «House of Turds», que l’on pourrait traduire par : La maison des cons. Dans un éditorial cinglant, intitulé : réduire la Chambre en cendres, le journal américain se paie les Républicains extrémistes qui ont pris les Etats-Unis en otage, dit-il et attaché son corps à la voie ferrée. Editorial cinglant et sanglant donc, même son confrère du NEW YORK POST, tabloïd conservateur, pourtant pas vraiment réputé pour sa modération a fait plus sobre, avec un simple : Pardon, nous sommes fermés.

Au total et depuis hier donc800 000 fonctionnaires sont au chômage technique. Et au vu de l’incapacité du Congrès de s’entendre sur le budget, les Américains, eux, s’interrogent. Hier, la capitale du monde libre, Washington, montrait un visage plutôt désolant, raconte ce matin l'envoyé spécial du TEMPS de Genève. Il faut dire qu'au sein de l’opinion publique, ce gel du gouvernement est plutôt mal vécu. Et pour cause, les Etats-Unis ont mis près de cinq ans à se remettre de la plus grave crise économique depuis la Grande Dépression. Or aujourd’hui, c'est le Congrès, lui-même, qui inflige une punition aux Américains. Autrement dit, quand le président russe Vladimir Poutine égratigne l’exceptionnalisme américain, dans une tribune publiée dans le NEW YORK TIMES, démocrates et républicains du Congrès réagissent à l’unisson y voyant tous deux une insulte à l’Amérique. Mais quand il s’agit des affaires intérieures américaines, cette unanimité vole en éclats, en même temps que l’exceptionnalisme.

Reste que ce n’est pas la première fois, en réalité, que le Congrès se fait ainsi l’auteur d’une telle paralysie de l’Etat fédéral. Jusqu’ici, les Etats-Unis ont connu au total 17 gels du gouvernement. Mais celui que le Capitole a causé hier pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves. Car si la fermeture des services de l’Etat dure davantage qu’une semaine, alors Washington risque de devoir traiter à la fois du budget mais aussi du plafond de la dette, lequel doit être relevé avant le 17 octobre prochain, sans quoi l’Amérique sera en défaut de paiement pour la première fois de son histoire, avec un risque majeur pour l’économie américaine et mondiale.

Cette fermeture de l’administration fédérale coûte à l’économie américaine au moins 300 millions de dollars par jour. Et si ceci ne représente, évidemment, qu’une goutte d’eau face un produit intérieur brut annuel atteignant 15 700 milliards de dollars, les spécialistes soulignent toutefois l’impact que cette situation chaotique pourrait avoir sur la confiance des milieux d’affaires. Une crainte qui explique, d'ailleurs, en partie pourquoi la Réserve fédérale a finalement refusé, il y a dix jours, de débrancher les soutiens artificiels prodigués à l’économie américaine depuis maintenant plus de quatre ans.

S'agissant des conséquences plus immédiates, le site de la chaîne de télévision CNN vous rappelle que votre randonnée d'aventuriers dans le parc de Yellowstone n'aura pas lieu. Le WASHINGTON POST note de son côté que près de trois quarts des employés de la Maison Blanche devraient se retrouver au chômage technique, le staff de Barack Obama, en particulier, sera réduit à 129 personnes. Et à ce titre, d'ailleurs, le magazine SLATE rappelle que lors du dernier shutdown, c'était en 1995, le staff du Président était lui passé de 430 à environ 90 employés. Et qui restait-il alors à la Maison Blanche ? Ceux, bien entendu, qui avaient un poste à haute responsabilité et ... les stagiaires. Car soudain, les stagiaires, qui remplissaient d’habitude des tâches de bas niveau se sont vues placées dans des positions d’autorité considérable. Et c'est ainsi, notamment, que deux jours après le début du shutdown, une certaine Monica Lewinsky a eu l’opportunité de rencontrer Bill Clinton.

Enfin le magazine THE ATLANTIC, s'amuse à son tour de ce que la journée d'hier coincidait avec le 55e anniversaire de la création de l'agence spatiale américaine. Or depuis hier la moitié des employés de l'agence, soit près de 18 000 personnes est au chômage technique. Et parmi les démobilisés figure notamment, le robot Curiosity : il ne collectera aucune information sur la planète Mars jusqu'à nouvel ordre. Mais après tout, nous n'en sommes plus ce matin à une curiosité de plus ou de moins.

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