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Silvio Berlusconi. En toute simplicité.

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La Cour de cassation a définitivement acquitté Silvio Berlusconi des charges "d'incitation de mineure à la prostitution" et "d'abus de pouvoir" qui pesaient contre lui, dans l’affaire dite du « Rubygate ».

Former Prime Minister Silvio Berlusconi
Former Prime Minister Silvio Berlusconi Crédits : Alessandro Bianchi - Reuters

S'il se déplace désormais en boitant, obligé de marcher avec une canne depuis qu’il s’est tordu la cheville en sortant de sa voiture, Silvio Berlusconi a tout de même réussit le tour de force, cette semaine, de se retirer une pierre de la poitrine. C'est en effet par ces mots, que l'ex président du conseil italien a accueilli la décision de la Cour de Cassation de l'acquitter définitivement dans l'affaire dite du Rubygate. Mardi soir, la Cour a confirmé la décision de la Cour d’appel, laquelle avait absous le Caïman de toutes les charges retenues contre lui un an plus tôt, lorsqu’il avait été condamné en première instance à 7 ans de prison et à l’interdiction à vie de tout mandat public, pour prostitution de mineure et abus de pouvoir. En clair, après dix heures de réunion, les juges ont tout simplement rejeté le recours du parquet général de Milan.

Enfin la vérité, s'est-il aussitôt exclamé devant les journalistes, avant d'ajouter : aujourd'hui est une belle journée pour la politique, pour la justice et pour l'Etat de droit.

Rappel des faits. La justice reprochait à Berlusconi ses relations tarifées avec la jeune Karima El-Mahroug, dite Ruby, qui était mineure au moment des faits, et son intervention auprès de la police en sa qualité de chef du gouvernement d'alors pour faire relâcher la même Ruby, arrêtée pour vol. Désormais et comme l'annoncent en titre plusieurs journaux italiens, Berlusconi est donc absous une absolution qu'il doit à l'audacieuse stratégie de ses avocats, laquelle a consisté à admettre que, oui, il y avait bien eu des faits de prostitution dans sa résidence d'Arcore et que, oui, Silvio Berlusconi avait bien profité de sa position pour intervenir auprès de la préfecture. Mais que, non, il n'avait pas connaissance de la minorité de Ruby et qu'il n'avait pas exercé de pression sur les policiers.

En d'autres termes, précise LE TEMPS de Genève, la justice n'est pas dupe, elle reconnaît que des orgies ont bien eu lieu dans la villa du Caïman. Et que l’ancien chef du gouvernement a bien eu des rapports sexuels avec «Ruby», 17 ans lors des faits. Mais elle l’a tout de même acquitté, car elle estime qu’il ne connaissait pas l’âge de son hôte. Aucune preuve en ce sens n’a pu être avancée. Selon les juges, l’homme chargé de trouver les jeunes filles n’avait aucun intérêt à révéler leur âge, pour que leur participation aux soirées ne soit pas compromise. Et par ailleurs, lorsqu'en mai 2010, Silvio Berlusconi alors président du Conseil avait appelé le siège de la police milanaise, il n’aurait utilisé ni menaces ni intimidations pour faire libérer la jeune Marocaine arrêtée, bien qu’il l’ait fait passer pour la nièce de l’ancien président égyptien, Hosni Moubarak.

Si la magistrature en a décidé ainsi, en appel et en cassation, alors qu'il en soit ainsi, commente résigné son confrère de L'ESPRESSO cité par le Courrier International, avant de récapituler tout de même, une dernière fois, comme pour se convaincre de la réalité de la situation : Berlusconi se faisait livrer à domicile et en toute connaissance de cause, des camions de jeunes filles tarifées et a débité, mais cela ne constitue pas un délit.

Reste, toutefois, comme le regrette d'ailleurs le journal LIBERO proche du Caïman, que le calvaire judiciaire de Silvio Berlusconi n'est pas pour autant terminé, puisqu'il doit encore faire face à d'autres accusations, pour corruption de sénateur, financement illicite de parti et achat de faux témoignage dans le cadre du Rubygate.

Et de fait, précise à nouveau LE TEMPS, si les charges les plus lourdes ne pèsent plus sur Berlusconi, l’affaire n’est pas terminée, car un troisième volet a été ouvert : le «Ruby ter», comme l’a baptisé la presse transalpine. L’ancien chef de gouvernement est soupçonné de corruption de témoins dans le procès du Rubygate. Il aurait, entre autres, acheté le silence de Ruby. Le parquet de Milan a en effet ouvert une instruction contre Berlusconi et 42 autres personnes pour corruption judiciaire et faux témoignage sous serment. Le ministère public affirme que les femmes ayant fréquenté les salons de la résidence de l'ex président du Conseil auraient été payées par Berlusconi, lui-même, pour faire des déclarations mensongères lors de ses procès. Et il en veut pour preuve, précise ce matin le correspondant à Rome du FIGARO, des aides financières et des compensations, quelques appartements et autres voyages dont elles auraient bénéficié.

Mais en attendant, plus rien ne fait désormais obstacle à son retour en politique. Berlusconi aperçoit de nouveau l'éligibilité à l'horizon, commentait d'ailleurs hier l'hebdomadaire L'ESPRESSO. Car l'acquittement change complètement la donne dans les rapports de force, renchérit le HUFFINGTON POST italien. Pour la première fois depuis un an, la politique revient au premier rang tandis que la justice, elle, est reléguée en arrière-plan.

Et puis, l'homme a également fait un retour fracassant sur la scène économique, cette fois-ci. Coup sur coup, ces dernières semaines, ses sociétés ont lancé deux vastes opérations de rachat. Son groupe Mediaset lorgne à présent sur la gestion des antennes de la Rai, le service public italien. Quant à sa maison d’édition, Mondadori, elle a fait savoir son intérêt pour son principal concurrent, RCS. Or si l’offre, estimée entre 120 et 150 millions d’euros, devait être acceptée, alors la nouvelle entité contrôlerait plus de 40% du marché de l’édition italienne et le magnat de la presse, déjà propriétaire de trois grandes chaînes de télévision, s’approprierait également l’un des principaux quotidiens de la Péninsule, Il Corriere della Sera.

Une bien belle semaine, quoi qu’il en soit, pour Silvio Berlusconi, débarrassé en partie du dossier Ruby et qui deux jours plus tôt, déjà, avait officiellement terminé de purger sa peine pour fraude fiscale (un an de travaux d'intérêt général à raison d'une matinée par semaine dans une maison de retraite). C'était dimanche dernier, un 8 mars, journée de la femme. Evidemment.

Par Thomas CLUZEL

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