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Sommet Etats-Unis / Chine : une photo presque parfaite

5 min

Par Thomas CLUZEL

Dans l’intérêt de la paix mondiale, il valait mieux que le courant passe entre ces deux là. Barack Obama d'un côté, à la tête de la première puissance mondiale, ébranlée certes, mais qui ne doute pas de sa destinée à rayonner sur l’univers. Et puis Xi Jinping de l'autre, le leader de la Chine, convaincu de mener à bien sa mission de résurrection nationale, dans la nostalgie d’avoir été en d’autres temps le centre du monde. Et pour s’assurer que le courant passe, les deux hommes avaient délibérément opté pour un cadre informel, une retraite dans le désert californien, loin du brouhaha de Washington, dans un luxueux domaine, répondant au doux nom de "Sunnylands". Tout un programme. Et de fait, même si, c'est vrai le président chinois, méfiant sans doute vis à vis des micros qui se font parfois trop indiscrets n'a pas souhaité loger sur place, pour autant, force est de constater qu'on ne pouvait rêver endroit plus approprié que ce lieu de villégiature pour organiser, non seulement une rencontre au sommet entre deux présidents, mais aussi et surtout une confrontation entre deux rêves : le "rêve américain" et le "rêve chinois".

Car voilà maintenant plusieurs mois, en effet, précise le LOS ANGELES TIMES, que le président chinois n’a plus qu’une idée en tête, un mot à la bouche : concrétiser le "rêve chinois" qui témoignera, non pas de l'aspiration de chacun à la prospérité individuelle mais de la renaissance de la Chine. Alors le fait de caresser en commun un rêve a-t-il rendu les deux hommes plus proches, interroge l'envoyé spécial de la LIBRE BELGIQUE ?

A en croire le communiqué de la Maison Blanche, la simple durée de ces échanges, en petit comité et dépourvus de protocole a été considérée en soi comme significative. Et d'ailleurs, les photos sont là pour en témoigner : deux présidents en bras de chemise, sans veste ni cravate, déambulant dans un écrin de verdure, seulement accompagnés d’interprètes. Barack Obama, nous dit on aurait même offert à Xi Jinping un banc en bois massif sur lequel les deux hommes se sont assis. En clair, la photo parfaite, loin des stéréotypes de l'image austère qu'on se fait habituellement des dirigeants chinois en costume sombre et terne et qui avait fait dire en son temps au FINANCIAL TIMES que Hu Jintao ressemblait à R2D2.

Et c'est ainsi donc que les deux gentlemen farmer ont pu balayer un grand nombre de thèmes. La Maison Blanche a vanté des convergences sur le climat mais aussi la Corée du Nord et affirmé également que Pékin avait pris acte de ses inquiétudes en matière de cyber sécurité. Une chance, se félicite pour sa part le quotidien de Stockholm DAGENS NYHETER, car qu'ils le veuillent ou non, les Etats-Unis et la Chine dépendent l'un de l'autre.

Et d'ailleurs, y avait-il seulement des raisons de s'inquiéter, interroge son confrère du TEMPS de Genève. L’état actuel des rapports entre Washington et Pékin est plutôt bon, dit-il. Il serait abusif de parler de guerre froide, comme le font les faucons de chaque camp pour nourrir leur budget militaire respectif. Rien de comparable avec l’ère de la confrontation permanente de l’époque soviétique. La conversion de la Chine au capitalisme s’est traduite par une interdépendance économique qui est désormais le meilleur garant de la paix. L'an dernier, le commerce entre les deux pays se chiffrait à 536 milliards de dollars. Autrement dit, Pékin n’a aucun intérêt à entrer en conflit avec le client le plus friand de ses produits d’exportation. Et Washington devra y réfléchir à deux fois avant de s’en prendre à son banquier le plus dévoué puisque la dette américaine, plus de 17 000 milliards de dollars est en grande partie détenue par la Chine.

Sauf que la raison économique ne dicte pas tout et il serait absurde d’ignorer le clivage idéologique persistant, entre les hérauts d’un capitalisme libéral et démocratique d'un côté et les tenants d’un capitalisme autoritaire de l'autre. Et la grande difficulté, justement, la voici : comment ajuster des forces entre une puissance jusqu’ici dominante, les Etats-Unis et l’affirmation d’une puissance émergente, la Chine ou dit autrement, comment ajuster une superpuissance en déclin relatif et une autre en devenir ? Or un tel rééquilibrage ne peut se faire sans frottements.

Voilà pourquoi, écrit THE GLOBAL TIMES, rien ne dit que l'accueil bienveillant offert ce week-end par Barak Obama au président Xi Jinping reflète véritablement l'ensemble des sentiments généralement partagés par les Américains à l'égard des Chinois. Et après tout, poursuit le journal, la Chine et les Etats-Unis doivent comprendre que même un mari et sa femme ne peuvent éviter les querelles.

Et de fait, ce week-end, la photo de famille n'était en réalité pas tout à fait complète et encore moins parfaite, puisque l’épouse du président américain avait choisi de rester à Washington, au lieu de rencontrer le couple présidentiel chinois. Michelle Obama a annoncé qu’elle préférait rester chez elle aux côtés de ses deux filles qui achevaient leur dernière semaine d’école. Les commentateurs politiques n’en ont pas cru leurs yeux. Comment la Première Dame des Etats-Unis, laquelle a montré un sens ô combien aigu de la politique au cours de la campagne électorale de 2012 a-t-elle pu ainsi snober un rendez-vous aussi important ? Dans ce contexte, aux yeux de nombreux éditorialistes, l’absence de la First Lady du sommet de Californie apparaît comme une grossière faute politique et de communication. Alors la «première dame» a tout de même envoyé une lettre à Mme Peng afin d’exprimer ses «regrets» pour ce rendez-vous manqué. Reste à savoir de quel rendez-vous manqué parle-t-on.

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