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Sortie de crise en Syrie, où est le piège ? la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

S’agit-il de la porte de sortie que tout le monde cherchait en vain depuis deux semaines ? Toujours est-il, que de façon inattendue, précise ce matin le HERALD TRIBUNE, la Russie à demander hier à la Syrie de mettre sous contrôle international son arsenal d’armes chimiques. Une solution inespérée et qui permettrait à tout le monde, non seulement de sauver la face mais surtout, d'éviter une intervention militaire occidentale incertaine en Syrie.

Alors pourquoi un tel rebondissement ? Réponse ce matin du magazine d'information SLATE : Moscou a en réalité saisit au vol une proposition faite presque par inadvertance, par le Secrétaire d’Etat américain John Kerry. Interrogé hier lors d’une conférence de presse à Londres, pour savoir s’il existait un moyen pour le Président syrien d’éviter une attaque menée par les Etats-Unis, John Kerry a répondu : «bien sûr, il peut confier la totalité de ses armes chimiques à la communauté internationale cette semaine, tout rendre sans délai et permettre une totale et complète vérification». Sauf que le Secrétaire d’Etat américain mesurant, peut-être, qu'il donnait là une possibilité à Bachar el-Assad de s'en sortir a immédiatement fait part de son scepticisme en ajoutant : «mais il n’est pas prêt de le faire et cela ne peut pas être fait».

En clair, l’administration Obama a donc ainsi donnée en quelques sorte un ultimatum à Bachar el-Assad, que la Russie a aussitôt repris à son compte. Et d'ailleurs, commente LE TEMPS de Genève, la rapidité avec laquelle Damas a salué l’appel lancé par le chef de la diplomatie russe laisse peu de doute sur la nature concertée de l’initiative.

Quoi qu'il en soit, preuve qu’une sortie de crise semble désormais à portée de main et de la volonté surtout de la saisir, Paris et Berlin ont aussitôt indiqué hier soir leur intérêt pour la proposition russe. Le premier ministre britannique David Cameron et le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon ont eux aussi accueilli favorablement l’initiative.

Reste que l’acceptation de la proposition russe, si elle se confirmait, aurait en quelque sorte valeur de semi-aveu de reconnaissance de l'existence d'armes chimiques, ce que Bachar el-Assad avait toujours refusé de confirmer. Et ce, tout en permettant aux autorités syriennes de sauver néanmoins la face.

Autrement dit, avec cette proposition, c'est donc la deuxième fois en quelques jours seulement que Bachar el-Assad réussirait un coup international magistral. Au cours des trois semaines qui se sont écoulées depuis les attaques au gaz, qui ont tué plus de 1.000 personnes, beaucoup de gens se sont en effet demandé ce qui avait bien pu passer par la tête du dictateur. Et bien que le régime de Damas ait été à l'origine de ses attaques ou non, elles auront eu quoi qu'il en soit deux conséquences écrit le magazine américan SLATE : d'une part envoyer un signal fort de Bachar el-Assad à ses soutiens, à l'intérieur du pays mais aussi à ses alliés internationaux qu'ils feraient bien de rester avec lui, parce qu'il n’y aura pas de fin en douceur, parce qu'il est est là pour durer, qu'il n’a pas de porte de sortie facile et donc qu’il ne va pas les abandonner. Et d'autre part, ces crimes contre l’humanité signifient aussi clairement que la vie sera très dure pour les alaouites en cas de transition politique, ce qui les rend bien entendu encore plus loyaux envers lui.

Et l'article encore de préciser, la plupart des dirigeants sont aujourd'hui motivés quasi-uniquement par le désir de rester au pouvoir. Or les dictateurs perdent le pouvoir non pas quand leur peuple se soulève contre eux, mais quand leurs soutiens clés les abandonnent. Et voilà pourquoi, si l'on veut comprendre leur comportement, il faut d'abord et avant tout regarder leur coalition gagnante, la petite équipe de soutiens qui leur permet de rester à leur poste, en l'occurence, la Russie. Un coup international magistral donc, d'autant que si la proposition d'abord américaine puis russe se confirmait, elle signifierait que l’utilisation d’armes chimiques n’aura pas été suffisante pour que quiconque se décide à intervenir en Syrie.

D'où l'analyse ce matin du quotidien américain USA TODAY : Comme dans toute offre trop belle pour être vraie, une question demeure : Où est le piège ? Réponse, préserver un horrible statu quo. La Russie ne veut pas perdre son allié syrien or une attaque occidentale aurait inéluctablement affaibli l'emprise de Bachar el-Assad sur le pouvoir. Aux Etats-Unis, Barak Obama s'apprêtait à essuyer une grave crise politique qui de facto pourrait être évitée. Enfin la Syrie qui jusqu'à présent n'avait pas même encore admis posséder d'armes chimiques se dite prête désormais à les abandonner. Or cela prendra probablement des mois sinon des années pour obtenir le contrôle total par l'ONU du stock massif de produits chimiques en Syrie. Et pendant ce temps, et bien pendant ce temps conclue le quotidien américain, Bachar el-Assad pourra continuer son massacre qui a déjà coûté la vie à 100 000 Syriens, avec des armes dites conventionnelles et sans aucun type d’interférence.

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