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Soudan du Sud : à qui profite la guerre ?

4 min

Par Thomas CLUZEL

Dire que le Soudan du Sud va à vau-l’eau, c’est bien sûr, ressasser une évidence. Reste tout de même qu’en moins d’un mois seulement, ce jeune Etat a basculé dans une violence à nulle autre pareille. Des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Or en dépit de la rencontre hier soir des représentants du gouvernement et des rebelles, force est de constater que les affrontements entre l’armée régulière et les éléments fidèles à l’ancien vice-président se poursuivent toujours sur le terrain.

On nous dira sans doute que c’est la loi de la guerre, commente aussitôt l'éditorialiste du PAYS et que chaque camp, bien entendu, veut aller au dialogue en ayant une avance sur l’autre, histoire de contraindre son vis-à-vis à faire suffisamment de concessions. Sauf que c’est le peuple sud-soudanais qui en paie aujourd’hui un lourd tribut, lui qui croyait pourtant se construire un avenir serein, après son accession à l’autodétermination en 2011.

Pour preuve, la situation sécuritaire mais aussi humanitaire est devenue à ce point catastrophique sur le terrain que les populations abandonnées à elles-mêmes ne savent plus à quel chef de guerre se vouer. Et comme signe d’une dégradation continue de la situation, en passe de devenir un véritable brasier, les Etats-Unis sont même en train d’évacuer tous leurs ressortissants.

D'où la question soulevée cette fois-ci par le journal en ligne SUDAN TRIBUNE : Est-ce bien ce même Soudan du Sud qui nous avait enthousiasmé, par l'heureuse célébration de son référendum pacifique et réussi en janvier 2011 ? Quand les choses ont-elles commencé à se détériorer ? Et combien de temps encore cela va-t-il durer ? Désormais, dit-il, il serait absurde de vouloir savoir qui a tué qui. Car plus on s'efforce de donner un sens à des tueries et des représailles aveugles et plus on ne peut que réclamer que davantage de sang et de larmes soient versés. Et le journal d'en conclure : il n'y a de place ni pour la moralité, ni pour les perspectives d'avenir, dit-il, tout est question de "maintenant", quel qu'en soit le prix.

Quoi qu'en pense l'éditorialiste et même s'il est vain, sans doute, de chercher à donner un sens à toutes ces tueries, un petit retour en arrière s'impose. Le Soudan du Sud, précise pour sa part le site JEUNE AFRIQUE est déchiré depuis le 15 décembre par d'intenses combats, alimentés par une rivalité entre le président, Salva Kiir et son ancien vice-président, Riek Machar, limogé en juillet dernier. Autrement dit, les deux hommes arrivés au pouvoir avec l’indépendance, sont tous deux d’anciens combattants de l’Armée populaire de libération du Soudan, la rébellion sudiste. Sauf que l'actuel président accuse à présent son ancien vice-président de tentative de coup d'État, lequel nie et reproche au chef de l'Etat de chercher à éliminer ses rivaux.

Toujours est-il que l'ex vice-président est parvenu à éviter de justesse l’arrestation et qu’il est parvenu à rassembler en quelques jours autour de lui deux types de troupes : des milices, dont la très redoutée «armée blanche» mais aussi des militaires qui pour des raisons diverses ont décidé de se retourner contre le gouvernement. Or les forces de l'ex vice-président ont aujourd’hui pris le contrôle de larges pans de trois des dix Etats qui composent le Soudan du Sud et qui se trouvent être les principales régions pétrolifères du pays.

En clair, précise LE TEMPS de Genève, on serait ici d’abord dans un conflit de clan, presque un conflit de mafieux. Même analyse pour son confrère de Ouagadougou, L'OBSERVATEUR PAALGA : si le Soudan du Sud sombre aujourd'hui inexorablement dans la guerre civile, c’est essentiellement, dit-il, du fait du choc des égo de deux personnalités.

Le problème, c'est que les rivalités entre le président et son ex vice- président se sont également déportées depuis sur le registre ethnique. Le Soudan du Sud est en effet une mosaïque de populations aux relations souvent tendues. Or tandis que le président appartient au peuple majoritaire, les Dinkas, son rival est lui issu du second peuple, le plus nombreux, les Nuers. Autrement dit, si la crise actuelle a certes pour origine le choc d’ambitions personnelles, elle se traduit à présent en massacres interethniques et pourrait ainsi glisser sur cette ­pente-là beaucoup plus loin encore.

Voilà pourquoi, reprend LE PAYS, sans jouer les Cassandre, on est tenté de dire que le Soudan du Sud est mal parti. Ce qui, d'ailleurs, est fort regrettable, dit-il, pour un pays qui pourtant disposait de suffisamment d’atouts pour se faire envier par bien des Etats de la sous-région, pour ne pas dire du continent. Mais au lieu d'utiliser les abondants revenus du pétrole pour construire le pays, l'un des moins développés au monde, le président a donc réussi à tolérer la corruption, à se lancer dans des conflits avec le Soudan au sujet de certains territoires frontaliers et à se brouiller qui plus est avec son ancien compagnon de guérilla.

Arrêter la guerre avant qu’elle ne se soit installée pour longtemps sur le terrain et dans les esprits, tel est donc aujourd'hui l’objectif des négociations. Et le WASHINGTON POST d'en conclure, faute de compromis, le pays risque de plonger dans un conflit ethnique sans fin. Or toutes les nations, anciennes et jeunes, peuvent témoigner que ce genre de bain de sang est ô combien difficile à arrêter.

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