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Sous le soleil de l'austérité exactement.

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17 milliards d’euros d’économies. Voilà ce qui devrait résulter des coupes prévues dans le budget de la Sécurité sociale britannique en 2016. Tous les détails de ce nouveau plan d’économie seront révélés aujourd'hui, à l'occasion de la présentation du premier budget 100 % conservateur, depuis les élections du printemps dernier.

A demonstrator wears a face mask of Britain's Chancellor George Osborne during an anti-austerity protest in central London.
A demonstrator wears a face mask of Britain's Chancellor George Osborne during an anti-austerity protest in central London. Crédits : Suzanne Plunkett - Reuters

En réalité, ça n'est pas une surprise puisque ces coupes figuraient parmi les promesses électorales des conservateurs, lesquels souhaitent notamment que la sécurité sociale soit un système juste, c'est à dire non seulement à l’égard de ceux qui en ont besoin, mais aussi et surtout à l’égard de ceux qui le paient, précise THE INDEPENDENT. Et les députés d'ailleurs ne s'en cachent même pas. Ils ont d'ores et déjà reconnu que ce budget risquait de faire mal, note THE TIMES, cité par le Courrier International. De son côté, THE GUARDIAN précise que ces coupes concerneront essentiellement le système de crédits d’impôts, crédits qui représentent une aide aux familles les plus pauvres, notamment pour acheter des produits de base, comme une nourriture saine et des uniformes pour l’école. Au final, plus de sept millions d’enfants seraient touchés par cette mesure d’austérité.

Pas franchement de quoi faire rêver. Et pourtant, il y en a pour qui le Royaume de sa Majesté reste encore aujourd’hui un Eldorado. Et c’est parce qu’il voulait justement le toucher du doigt, qu’un homme est mort hier. Un homme dont l’identité reste encore inconnu ce matin et que la presse se contente de qualifier de migrant. Hier, accident rarissime, un migrant est décédé dans le tunnel sous la Manche, peut-on lire dans les colonnes du journal de Londres THE INDEPENDENT. Un accident qui intervient alors que les tentatives pour traverser la Manche se sont multipliées ces dernières semaines. Il s'agit là, en effet, du deuxième décès enregistré en à peine 10 jours.

A barbed wire is seen in front of a European Union flag at an immigration reception centre.
A barbed wire is seen in front of a European Union flag at an immigration reception centre. Crédits : Laszlo Balogh - Reuters

D’où cette enquête, d’ailleurs, à lire cette fois-ci sur le site de la BBC et intitulée : la vie des migrants de Calais serait-elle vraiment meilleure en Grande Bretagne ? Les scènes de migrants essayant coûte que coûte de prendre d'assaut le tunnel sous la Manche montrent bien, dans quelle situation désespérée se trouvent aujourd’hui ces hommes et ces femmes, qui ont fui leur pays à destination de l'Europe, avec l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni depuis la France. Et pourquoi le Royaume-Uni ? Parce que nombre d’entre eux pensent qu'ici la vie sera meilleure que dans n’importe quel autre pays de l’Union. Et voilà comment le site de la BBC s'est retrouvé donc à dresser une liste comparative, des coûts et des avantages. Tout y passe : du montant des aides de l’Etat à la répartition par pays d’origine, en passant par les modes d’hébergement, le remboursement des soins de santé, la scolarisation des enfants et la proportion de travail au noir.

Non moins cynique, nombre de journaux se demandent également s'il est toujours avantageux de passer ses vacances en Grèce. Quand le site de FOX NEWS s'interroge : est-il temps de réserver ou d'annuler, le magazine Slate rapporte pour sa part une enquête du site d'information américain VOCATIV, lequel a remarqué que les recherches Google pour des vacances en Grèce sont au plus haut depuis dix ans, ce qui laisserait suggérer que des vacanciers malins, autrichiens en tête devant les Allemands cherchent à tirer avantage des difficultés financières de la Grèce. À moins, à moins bien sûr que ces vacanciers n’envisagent leur séjour comme une aide au pays.

A woman protects herself from the sun under an umbrella at the top of the Acropolis.
A woman protects herself from the sun under an umbrella at the top of the Acropolis. Crédits : Pascal Rossignol - Reuters

Plus sérieusement, la crise grecque fait évidemment encore largement la Une de la presse internationale ce matin. Avec cette question, notamment, toujours la même : Est-il préférable pour la Grèce de rester dans l'euro, ou d'en sortir ? Question qui se pose bien évidemment, aussi, pour l'Europe ? Ainsi, quand le quotidien DIE WELT plaide pour un Grexit provisoire, autrement dit une sortie temporaire de la zone euro, son confrère de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG rappelle pour sa part, à toutes fins utiles, que la véritable tragédie, c'est en Grèce qu'elle se joue, avec les retraités, les faibles et les malades.

Et d'ailleurs, sont-ce vraiment les réformes qui sont en jeu, interroge pour sa part le quotidien de Bruxelles LE SOIR. Aujourd’hui, dit-il, ce n’est plus un taux de TVA ou les modalités d’une réforme des retraites qui sont en jeu. Ce n’est plus la dette ou la religion de la rigueur budgétaire. Ce n’est même plus la morale, selon laquelle qui a trop dépensé doit rembourser. Non, la Grèce est au bord d’un effondrement financier, qui si on n'y prend garde générera des troubles graves et portera à un niveau irrémédiable, le ressentiment des Grecs envers les Européens. Or en Europe, plus qu’ailleurs, on a le devoir de se souvenir que des guerres sont nées de petites causes, sur fond de grandes incompréhensions mal endiguées. Voilà pourquoi tous les dirigeants européens doivent à présent se hisser à un niveau, où il ne comptera plus de savoir qui a raison, mais où se situe la parole juste qui rende à nouveau évident le bien commun.

Enfin quelque soit la destination que vous choisirez pour vos prochaines vacances, sachez que le Parlement européen prévoit de soumettre au vote aujourd'hui un rapport sur la réforme du droit d'auteur, qui limiterait le droit de photographier des édifices dans l'espace public et de diffuser ces photos. Cela signifie que nous ne serions plus autorisés à publier sur notre compte Facebook ou tout autre album en ligne, des photos d'édifices dont l'architecte n'est pas décédé il y a plus de 70 ans. Une aberration, selon le journal estonien OHTULEHT pour qui, à une époque où il est quotidiennement question de liberté, il est inconcevable que l'on essaie subrepticement d'imposer une loi aussi rétrograde et qui ne servirait que les intérêts personnels d'un cercle restreint de personnes. Et d’en conclure, sa place est tout simplement à la poubelle de l'Histoire.

Par Thomas CLUZEL

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