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Soutien résolu à l'Afghanistan ?

4 min

Par Thomas CLUZEL

Son nom ne vous dit peut-être rien, Bamiyan, et pourtant cette ville du centre de l’Afghanistan, capitale de la province du même nom est connue dans le monde entier comme la ville martyre des islamistes. C’est là, en effet, qu’en 2001, parce qu’ils les jugeaient idolâtres, les talibans ont fait exploser les plus grands bouddhas du monde, gigantesques statues de plusieurs dizaines de mètres et vieilles de mille cinq cents ans.

Leur destruction est devenue depuis l’un des symboles de la barbarie talibane, sauf que dans ce pays de poussière, la vallée de Bamiyan fait encore figure de véritable joyau verdoyant. Dans les années 1970, plus de 100 000 touristes se rendaient chaque année sur place. Et voilà pourquoi, c’est à ce site emblématique qu’une nouvelle route en construction doit à présent relier Kaboul. Une route vers nulle part, écrit l’hebdomadaire DER SPIEGEL cité par le Courrier International, mais une route à l’image du pays, un parcours semé d’embûches et auquel quelques optimistes invétérés croient encore.

A terme, il est prévu que les voitures filent à au moins 100 km/h sur un impeccable ruban d’asphalte, jalonné d’échoppes et de sites touristiques. Sauf qu’on en est encore loin, puisque depuis que ce chantier a commencé, c’était en 2006, seul le premier tronçon a été achevé, soit une 50aine de kilomètres sur les 240 km qui séparent les deux villes. Au-delà, plus d’asphalte, la route goudronnée redevient un chemin de terre. Et du bas-côté de cette route, ce sont ainsi toutes les dernières années que l’on contemple et en particulier les efforts titanesques entrepris pour reconstruire le pays.

Tout a commencé en 2002, précise toujours l’hebdomadaire allemand, lorsque le ministère italien des Affaires étrangères a demandé au nouveau gouvernement afghan ce qu’il pouvait faire pour aider le pays. Les plaies du 11 septembre étaient encore béantes l’armée américaine venait d’envahir Kaboul et à l’époque le monde entier proposait son aide, pour construire des écoles, creuser des puits, créer des hôpitaux et rétablir la démocratie. Et c’est ainsi que l’Etat afghan a demandé à l’Italie une route qui relierait la capitale aux régions isolées de l’intérieur. Au départ, l’inauguration de cette route était prévue pour cette année. Mais c’était sans compter les attaques et les enlèvements.

A présent, Vittorio, 59 ans, a l’air épuisé. Depuis le complexe qui abrite les autorités italiennes à Kaboul, il surveille le chantier à la façon d’un chien de garde de l’Occident, dans une cage de haute sécurité, dont il a rarement l’autorisation de sortir. Voilà des lustres, d’ailleurs, qu’il ne s’est pas rendu sur le chantier. Trop dangereux. Il lit les rapports qu’on lui envoie de là-bas et qu’il reçoit à l’abri derrière les murs de son bunker devenus sans cesse plus épais. Et pourtant de là où il est, il est très difficile de comprendre l’Afghanistan, dit-il. Avant d’ajouter, quant à le comprendre depuis l’Europe ou les Etats-Unis, n’en parlons pas.

En d’autres termes, ce projet de route, si modeste soit-il, en dit long sur l’évolution récente de l’Afghanistan : ses espoirs, ses difficultés, sa folie et plus encore ses échecs. Il fut un temps, où 26 organisations des Nations unies étaient présentes ici et où des milliards de dollars y étaient injectés. Aujourd’hui, alors que la mission "Soutien résolu" doit prendre ce 1er janvier le relais de la mission de combat de l'OTAN, la route de l’Afghanistan, elle, semble toujours menée vers nulle part.

Quand LE JOURNAL DE MONTREAL parle de fin de mission sans triomphe, THE WASHINGTON POST rappelle que loin de toucher à sa fin, au contraire, le conflit en Afghanistan s'intensifie. C’est d’ailleurs, sans doute, la raison pour laquelle Barack Obama a finalement fait une entorse à son plan, précise le journal américain. Le chef de la maison blanche s'est en effet résolu à augmenter le contingent de soldats qui resteront dans le pays en 2015. Une erreur, selon son confrère du NEW YORK TIMES pour qui, la leçon des treize dernières années est claire : aucune aide étrangère, si importante soit-elle, ne pourra faire de vraie différence si les Afghans ne peuvent pas ou ne veulent pas prendre eux-mêmes, la responsabilité de leur pays. C’est également peu ou prou l’analyse défendue dans les colonnes du TEMPS de Genève, pour qui l’idée de «nation building», comprenez l’ambition de reconstruire des Etats depuis l’extérieur, relève de l’illusion. Et il est temps, écrit le journal, que l’Occident s’en rende compte.

D’où ce commentaire, signé cette fois-ci du journal de Berlin TAGESZEITUNG. Ce retrait de l’OTAN, loin d’acter la fin de la guerre est finalement davantage un désengagement, dit-il, dû à ce que de nombreux médias qualifient aujourd'hui de "fatigue" vis-à-vis de l'Afghanistan. Un mot qui illustre l'idée que ce pays serait un cas désespéré et que nous, les Occidentaux, sommes aujourd’hui lassés d'un problème dont depuis le début, nous n'avons jamais compris la complexité. Et de fait, l’Afghanistan est devenu une espèce d’enfant à problèmes qu’on préfère oublier une préoccupation qui s’évanouit dans les brumes de l’Histoire. Treize ans se sont écoulés depuis l’invasion par les troupes de l’Otan et tout le monde est à présent fatigué, désabusé. Hier, une roquette tirée lors de combats entre les forces gouvernementales afghanes et les talibans est tombée sur une fête de mariage. Bilan : au moins 15 morts et 45 blessés.

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