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Stress tests

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Le rapport était accablant ... mais à présent ... la lumière est au bout du tunnel ... Ainsi s'exprime ce matin l'éditorialiste de THE INDEPENDENT ... Son confrère suisse du journal LE TEMPS ... lui ... serait du genre plus circonspect ... Une idée de génie ... un tour de passe-passe ... ou bien un simple coup d'épée dans l'eau ... Quoi qu'il en soit ... toute la presse s'impatiente donc ce matin ... et non sans une certaine nervosité ... avant l'annonce des résultats des fameux tests de stress ... Ce soir ... après la fermeture de Wall Street ... le gouvernement américain doit en effet révéler les conclusions de l'audit qu'il a fait subir aux banques américaines. Alors bien sûr ... confesse l'éditorialiste du FINANCIAL TIMES ... cette impatience à connaître les résultats d'une chose ainsi nommée ... test de stress ... peut sembler bien curieuse ... D'aucuns y verront même peut-être une forme de masochisme ... Sauf ... sauf que de cet exercice de transparence sur l'état de santé des établissements écrit le journal LE TEMPS ... de cet exercice là donc dépend le début ou non de la reconquête. Alors de quoi s'agit-il exactement ... l'idée avait été lancée par le secrétaire au Trésor américain en février dernier ... Il s'agissait d'éprouver la résistance des 19 principaux établissements bancaires du pays ... comme on testerait en quelque sorte la solidité d'un fauteuil dans une usine de meubles ... pour ainsi offrir une vision plus claire de la situation. Ce genre de tests est d'ailleurs relativement courant dans le secteur ... mais ... en l'espèce ... le niveau de nervosité donc qui n'a cessé de monter ces derniers jours montre bien combien l'exercice est dans ... ce cas précis ... inhabituel ... D'ordinaire ... c'est là le rôle des instituts de notation plutôt que de l'Etat ... Habituellement ... il est entrepris à petite échelle ... et non pour l'ensemble des banques qui soutiennent la première puissance financière de la planète ... Et puis surtout ... les résultats sont volontiers tenus secrets ... pas question ... comme c'est le cas ici ... de courir le risque de semer la panique sur les marchés. Alors l'annonce de ces résultats était d'abord prévue pour le début de la semaine dernière ... elle a finalement été repoussée ... Faut-il y voir une dernière occasion laissée aux établissements de se présenter sous leur meilleur jour s'interroge le journaliste suisse ? La volonté ... peut-être ... d'attendre le moment le plus adéquat en profitant ... jusqu'au dernier instant ... du répit gagné ces trois derniers mois équivalent à un effet anesthésiant ? Quoi qu'il en soit et selon les fuites qui se sont multipliées ... il manquerait aujourd'hui aux banques américaines un total de 75 milliards de dollars pour être convenablement capitalisées ... et parer ainsi à la dégradation de la situation économique ... Parmi ces banques ... c'est Bank of America qui manquerait le plus de fonds propres ... Selon le NEW YORK TIMES et le WALL STREET JOURNAL ... la première banque du pays par ses actifs va devoir trouver jusqu'à 35 milliards de dollars pour répondre aux exigences du régulateur ... Et bien entendu ... lorsqu'on sait que l'Etat avait déjà injecter 45 milliards de billets verts pour maintenir à flot ce seul établissement ... et bien on se dit que ces évaluations sont plutôt sombres ... Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter disait l'écrivain et philosophe George Santayana ... D'où ... cette question soulevée ce matin par le journaliste du FINANCIAL TIMES ... Pourquoi garder à flot des banques en faillite ? ... Nous pensons dit-il qu'il n'y a aucune réponse convaincante ... nous devrions au lieu de cela trouver des façons de gérer le risque systémique des échecs bancaires. Et le journaliste d'invoquer pour cela le célèbre économiste Joseph Schumpeter ... connu pour ses théories sur la destruction créatrice et auteur d'une Histoire de l'analyse économique ... qui un demi-siècle plus tard ... fait encore référence ... La plus grande crainte de Schumpeter dit-il ... était que la destruction créatrice pousserait le capitalisme à s'effondrer de l'intérieur ... parce que la société ne serait pas capable de gérer le chaos ... Et il avait raison d'avoir peur ... La réponse des gouvernements face à la crise financière aura été partout la même ... entretenir la prise de bénéfices privées ... par la socialisation des risques ... Et l'article de poursuivre ... pourquoi les créanciers ne devraient-ils pas après tout porter et assumer eux-mêmes leurs pertes ? Autrement-dit ... écrit le journaliste ... les gouvernements devraient en effet protéger les établissements en difficulté ... mais uniquement les établissements solvables ... et non ceux en faillite ... Ainsi le risque des institutions en faillite serait-il transféré du public au privé ... du contribuable aux créanciers ... Du coup ... et bien la réforme des risques systémiques dans le système financier n'exigerait plus l'intervention lourde et coûteuse de l'Etat ... Sans compter que cette discipline forcerait les banques restantes à changer de comportement. Car c'est vrai ... qu'à lire LA LIBRE BELGIQUE ce matin ... et bien on se dit que décidément les banques n'ont aucune morale ... Les banques savaient pour les subprimes ... et n'ont rien fait ... peut-on lire ce matin en une du quotidien bruxellois ... La plupart des organismes de crédits étaient détenus par des banques américaines et européennes ... en clair ... ils n'ont pas pu consentir leurs prêts à risque ... les fameux "subprimes" ... sans la complaisance de ces mêmes banques ... Et l'article de citer une étude publiée par une organisation américaine de journalisme d'investigation ... The Center for Public Integrity ... Etude d'où il ressort que "les méga banques qui ont financé l'industrie des subprimes n'auraient pas été victimes d'un effondrement imprévu du secteur de la finance ... comme elles l'ont parfois dit" ... mais qu'elles auraient elles-mêmes ... et de manière délibérée ... facilité le financement de ces prêts qui menacent à présent l'ensemble du système financier ... D'où la conclusion du journal espagnol EL MUNDO ce matin ... La vraie raison de la crise va beaucoup plus loin en réalité que de simples motifs économiques ... associés à la théorie des cycles ... cette crise là s'inscrit dans le domaine de la morale ... Tous les politiques et les banquiers qui ont dirigé l'économie de ces 20 dernières années l'ont fait conformément à une échelle perverse de valeurs ... dans laquelle primait la rentabilité à court terme et la spéculation ... Celui qui ne s'acquittait pas de cette règle était expulsé du système ... Tout cette culture nous a conduit à la débâcle ... parce que le marché s'est transformé en un monstre qui a dévoré tous ceux qui encensaient ses vertus.

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