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Syrie : 3ème jour de l'Interzone. La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Il y a encore peu, souvenez-vous, c'était juste avant le week-end, l'affaire semblait entendue. Qu'importe la défection surprise de la Grande Bretagne, les Etats-Unis et la France devaient lancer conjointement une attaque éclaire contre le régime de Damas. Tous les détails de cette future attaque aérienne, qu'il s'agisse de la source (des navires de guerre), des armes (des missiles de croisière), de la durée (deux ou trois jours) et de l'objectif (punir et non changer de régime), tous ces détails étaient connus du monde entier et donc aussi du président Bachar el-Assad lui même. Ce qui avait d'ailleurs poussé un chroniqueur du WASHINGTON POST cité par le Courrier International à se demander si après tout, nous ne devrions pas aussi indiquer l'heure exacte des bombardements, histoire de ne pas déranger Damas à l'heure du souper. En clair et aussi paradoxal que cela puisse paraître en terme de stratégie militaire, pour l'effet de surprise c'était plutôt raté. D'où la conclusion de ce même chroniqueur, toujours dans le WASHINGTON POST, conclusion adressée à Barak Obama lui-même, Monsieur le Président, si vous vous décidez à agir, faites-le au moins sérieusement. Ou sinon, envoyez simplement un texto à Bachar el-Assad. Il vous coûtera peut-être cher mais ce sera toujours moins que trois jours de bombardements pour la forme.

Sauf que l'effet de surprise a tout de même eu lieu, puisque samedi Barak Obama a résussit à surprendre jusqu'à ses propres conseillers en annonçant qu'il demandait finalement un vote du Congrès pour autoriser les frappes contre la Syrie. Et depuis, bien entendu, la question est récurrente dans toute la presse : après David Cameron au Royaume-Uni, Barack Obama risque-t-il, à son tour, de perdre le soutien de son Parlement ? Comme l'explique le WALL STREET JOURNAL, cité ce matin par le magazine d'information Slate, le président des Etats-Unis va en effet faire face à une situation complexe, où l'aile libertarienne du parti républicain mais aussi les démocrates les plus progressistes risquent de s'allier pour lui compliquer la tâche. Le NEW YORK TIMES note lui aussi les difficultés que le président va rencontrer face à un Congrès profondément sceptique, d'autant que les élus vont passer beaucoup de temps dans leur circonscription, où leurs électeurs sont peu enthousiasmés par l'idée d'une intervention.

Si l'on en croit le dernier sondage, réalisé par NBC sur cette question, 50% des Américains interrogés estiment que les Etats-Unis n’ont pas à intervenir militairement, en réponse aux attaques chimiques du gouvernement syrien. Mais surtout 79% d'entre eux, autrement dit une écrasante majorité d'américains se disaient alors favorable à ce qu'en cas d'intervention, Barack Obama demande l’accord préalable du Congrès. En clair et en attendant de voir ce que donnera son pari, le président américain peut donc d'ores et déjà faire valoir qu’il a bien écouté son peuple.

Mais c'est vrai que le pari est aujourd'hui risqué, car précise la correspondante à Washington du journal suisse LE TEMPS, au sanglant imbroglio syrien, Barack Obama a donc choisi de rajouter un pétrin de politique intérieure. Pari risqué et même monumental mais qui vaut toutefois d'être tenté, analyse pour sa part le chroniqueur de "War Stories" pour le site d'information en ligne SLATE, car dit-il, peut-être que contrairement à ce qui s'est passé ces dernières années, nous allons enfin apprendre qu'une démocratie peut partir en guerre, grâce à un vote ouvert et informé et sans tromperie.

En guise de tromperie, d'ailleurs, le FOREIGN POLICY nous apprend lui que trois jours avant les faits, les agences de renseignement américaines disposaient d'informations montrant que le régime syrien préparait une attaque chimique imminente. Pourquoi dès-lors n'ont-ils pas averti l'opposition syrienne ? La question reste encore ce matin sans réponses mais d'ores et déjà certains membres de l'opposition syrienne commencent à tirer à boulets rouges contre le gouvernement américain, pour n'avoir pas su agir à temps et éviter, peut-être, la pire attaque chimique depuis un quart de siècle.

Quoi qu'il en soit, cette nouvelle illustre une fois de plus le brouillamini dans lequel se trouve aujourd'hui plongé le conflit syrien, brouillamini duquel une certitude toutefois émerge conclue ce matin L'ORIENT LE JOUR. Entre valses-hésitations, propos lénifiants et menaces réitérées, écrit l'éditorialiste libanais, le peuple syrien va lui continuer de souffrir et de payer de sa vie la peur des puissances dites libres d’aller jusqu’au bout de leurs convictions, près de 2 ans et demi après le début du conflit et au troisième jour de l'Interzone.

MUSIQUE

"3ème jour", du duo Interzone, formé par Serge Teyssot Gay et le oudiste syrien Khaled Al-Jaramani.

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