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Thaïlande ou quand le piège se referme sur la Premier Ministre.

5 min

Par Thomas CLUZEL

Tandis que les autorités cherchent toujours à minimiser, tant bien que mal, l'impact des manifestations, deux photos viennent illustrer la fronde à laquelle fait face aujourd'hui le gouvernement. A l'aide de quadricoptères, sorte de drones, THE NATION et son confrère du BANGKOK POST ont réalisé d'impressionnants clichés qui aident à se faire une idée de l'ampleur des manifestations qui se sont radicalisées ces derniers jours. Car en dépit des premières victimes et du chaos qui envahit désormais Bangkok, l’opposition, écrit la NEUE OSNABRÜCKER ZEITUNG, veut continuer jusqu’à ce que le régime de Thaksin soit éliminé. Une menace, précise toujours le journal, que l’on peut voir comme une véritable déclaration de guerre.

Les émeutiers réclament aujourd'hui la démission de la Premier Ministre, qu'ils accusent d'être un jouet dans les mains de son frère, l'ex Premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d'Etat en 2006 et aujourd'hui en exil volontaire pour échapper à une peine de 2 ans de prison pour fraude fiscale. Or depuis qu’elle a tenté, en vain, de faire voter une loi d’amnistie permettant le retour de son frère, la détestation dont elle est l’objet au sein d’une partie de l’élite et de la classe moyenne urbaine est devenue irrationnelle.

Et le problème, précise le correspondant du TEMPS de Genève, c’est que celle qui s'est vu offrir le pouvoir sur un plateau après la très nette victoire de son parti aux législatives de 2011, se retrouve désormais face à un dilemme sans réelle issue. En clair, soit elle décide de faire évacuer de force les opposants qui assiègent depuis plusieurs jours plusieurs ministères et encerclent le siège du gouvernement, au risque de voir la situation dégénérer et de donner des arguments à l’armée pour s’interposer. Soit elle donne sa démission, au risque de rendre furieux ses partisans et surtout, celui qui l’a installée au pouvoir par procuration, son frère. Car pour le reste, il paraît en effet impossible pour cette fille d’une riche famille, ayant fait fortune dans le commerce de la soie et complètement étrangère à la politique, d’espérer réunir aujour­d’hui autour d’elle un semblant de consensus.

Enfin de compte, cette séduisante quadragénaire s’est retrouvée piégée, en jouant le rôle qu’on attendait d’elle, c'est à dire celui de la première femme à la tête gouvernement, porte-parole affable, estimée certes des diplomates étrangers, mais totalement dépourvue d’ancrages dans le pays et au sein du système politique, dominé qui plus est par des clans provinciaux souvent semi-mafieux. Son handicap politique se traduit même presque physiquement, poursuit l'article. Charmante, souvent habillée avec style dans des tailleurs noirs ou sombres, comme à Genève en septembre dernier, la première ministre témoigne parfois lors des audiences ou de ses voyages à l’étranger d’une timidité d’adolescente. Habituée à lire les discours, elle n’improvise jamais. Et son anglais correct mais loin d’être parfait, limite son éloquence et surtout lui joue des mauvais tours. D'où l’un des slogans d'ailleurs utilisés contre elle, «Thank you three times!» en souvenir d’une intervention à l’étranger où, plutôt que de répéter «merci, merci, merci!», elle a tout simplement lut l’annotation du traducteur : «Dire merci trois fois!»

Mais sa difficulté principale demeure donc familiale. Cadette d’une fratrie de neuf enfants, âgée de 20 ans de moins que son frère, elle n’a au fond jamais eu l’occasion de faire ses preuves. Son aîné, après l’avoir désignée comme chef de proue de son parti, n’a d'ailleurs jamais véritablement cherché à dissiper le doute sur les compétences réelles de celle qu’il propulsa, pourtant lui-même. Pire, l’ex-homme fort du royaume aurait même, dans le passé, abondamment traité sa jeune sœur de «potiche». Otage d’un système politique siamois qu’elle n’était pas programmée pour intégrer, cette improbable première ministre paraît ainsi condamnée à payer au prix fort, d’une façon ou d’une autre, les règlements de comptes interminables entre son frère et les ennemis jurés de celui-ci.

Pour autant, la Premier Ministre a déjà plusieurs fois répété qu’elle désirait un règlement pacifique de la crise, mais sans offrir de concessions susceptibles de sauver la face de ses adversaires. Et puis surtout, ces adversaires semblent plus résolus que jamais à en finir avec son gouvernement, même si, en cas de nouveau scrutin, une reconduction de l’actuelle majorité paraît fort probable. Autrement dit les révoltés de Bangkok sont en réalité terrifiés à l’idée de voir l’implacable loi quantitative des urnes les balayer. D'où sans doute la détermination irrationnelle, d'ailleurs, de ce mouvement emmené par un ancien député du Parti démocrate, lequel en dépit de sa victoire contre la loi d’amnistie, puisque celle-ci a de toute façon déjà été rejetée par le Sénat n’a pas pour autant mis fin aux manifestations mais a persévéré en se fixant un nouveau but, précise le BANGKOK POST : renverser le gouvernement et viser le prétendu « régime Thaksin ».

Le pays du sourire va-t-il être happé par un engrenage de confrontations violentes ? La Thaïlande a connu une vingtaine de coups d’Etat militaires depuis les années 1950. Le problème, cette fois-ci, c'est le durcissement des positions. Les détracteurs de l’ex-Premier ministre n’ont jamais été aussi nombreux et n’ont jamais agi de manière aussi concertée que depuis les mois qui ont précédé le putsch de septembre 2006. Le tout qui plus est dans un contexte compliqué par la santé fragile du roi. Car la famille Shinawatra est aujourd'hui accusée d’avoir accumulé trop de pouvoirs, au point d’inquiéter l’entourage du souverain, âgé aujourd'hui de 86 ans et vers lequel beaucoup se tournent à la veille de son anniversaire. Ce sera jeudi prochain.

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